SCÈNE PREMIÈRE
DE FRADETTES, GHRISTIANE, BERTHIER
(Berthier, concierge- gardien de l'hôtel, petit vieux au visage hypocrite, aux regards fuyants, introduit dans le salon Christiane suivie deFradettes, très pâle, concentré, souffrant visiblement.)
CHRISTIANE, duvemcnt à Berthier.
C'est à moi que vous devez rendre compte de tout ce qui s'est passé et de tout ce qui se passera
BERTHIER, obséquicux .
Je suis aux ordres de Madame. Par son amie, Madame a été si bonne pour moi!... On n'est pas riche, n'est-ce pas ?. .. j'ai des^enfanls à élever.
CHRISTIANE
Ne cherchez pas d'excuses... Je paie des services. . . rendez-les, voilà tout! Vous pouvez parler devant Monsieur comme devant moi, et répondre aux questions qu'il vous posera. Depuis quand cet hôtel est-il loué ?
BERTHIER
Il y a juste un mois.
CHRISTIANE
Sous quel nom ?
BERTmER.
Je sais pas si c'est le vrai... Monsieur a signé baron de Montpaze.
GHRISTEANE.
C'est lui qui vous a donné l'ordre de tout préparer aujourd'hui avec ces fleurs?
BERTHIER
Oui, Madame.
CHRISTIANE
Gomment?
BERTHIER
Par une dépêche.
CHRISTIANK.
Datée de Paris?. . .
BERTHIKR.
Non, d'une gare... (Cherchant.) Gare de, . . de...
DE FRADETTES, qui suit V interrogatoire avec anxiété. De Cernay ?
BERTHIER
Oui, Monsieur, c'est ça... Cernay.
CHRISTIANE
Et pour cet après-midi? On ne vous a pas indiqué d'iieure?
BERTHIER
Non, Madame.
DE FRADETTES.
M. de Montpaze est-il déjà venu plusieurs fois ici?
BERTHIER
Trois OU quatre fois.
CHRISTIANE
Avec une autre personne?. . une femme ?
BERTHIER
Je ne peux pas répondre exactement.
CHRISTIANE, agrcssive.
Parce que?
BERTHIER
Il y a deux entrées à l'hôtel. Une par la grande porte, et une par le jardin... Monsieur, qui a les clés, peut donc très bien, sans que je le sache, amener d'autres personnes, {Montrant la baie.) en les faisant passer par ici... il y a là un petit escalier qui descend au jardin.
DE FRADETTES.
Alors vous n'avez pas vu?
BERTHIER
11 aurait fallu pour cela que je reste tous les jours en observation... On a son travail, n'est-ce pas, Monsieur?
CHRISTIANE
Mais ici, dans l'appartement, vous n'avez pas eu d'indice pouvant vous prouver que Monsieur de Montpaze s'était déjà rencontré avec quelqu'un?
BERTHIER, apvès uu peu d'hésitation.
Non, Madame !
CHRISTIANE
Vous hésitez .. . prenez garde!
BERTHIER
C'est le mot prouver... je ne peux pas dire que j'aie eu de preuve !
DE FRADETTEs, soulagé par ce doute.
Ah!
CHRisTiANE, insistaut .
M. de Montpaze ne vous a jamais donné l'ordre de préparer l'appartement, par exemple. . . comme au jour-d'hui?
BERTHIER
Si, une fois, il y a une dizaine de jours.
CHRISTIANE, Satisfaite, regardant Fradettes. Ah!
DE FRADETTES.
Tout cela est bien vague!
CHRISTIANE
Combien M. de Montpaze a-t-il de clés du jardin?
BERTHIER
Deux.
CHRISTIANE
Et d'où pourriez-vous voir les personnes qui entreraient par là ?
BERTHIER
D'une petite fenêtre, derrière ma loge, qui donne de ce côté...
GHRISTIANE.
Avez-vous une sonnette, de votre loge à ce salon?
BERTHIER
Non, madame; mais de ma loge à rantichambre, il y en a une... On l'entend parfaitement d'ici.
Alors, VOUS allez descendre chez vous et surveiller attentivement la porte du jardin. Si une femme vient par là, vous sonnerez une fois et si c'est Monsieur, deux fois... (A de Fradettes.) Vous n'avez pas d'autres questions? (// fait un signe de dénégation. — A Ber^thier.) C'est bien. .. Allez !
(// sort en sHnclinant.)