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DEUXIÈME PARTIE

La médication arsénicale de nos jours

Il va nous falloir atteindre le xvme siècle pour voir réellement les arsenicaux prendre place dans la thérapeutique : ce ne sera pas du reste sans de longues et vives discussions de la part des auteurs.

Déjà en 1693 Frish vantait l’arsenic à l’égal du quinquina dans les fièvres intermittentes : « Expe rientia nos docebit, arsenicum in febribns intermit tentibus adhibitum eas dotes possidere quibus optima remedia prœdita esse debent. Lemery, bien qu’ayant horreur de l’arsenic à l’intérieur, nous dit l’avoir prescrit dans la fièvre quarte à la dose d’un grain jusqu’à quatre grains, dose qui provoquait de violents vomissements.

Wepfer prescrivait une boisson fébrifuge contenant de l’arsenic, mais il avouait que de ses expériences il ressortait qu’avec ce médicament on avait plus de dommages que de bons résultats et qu’il valait mieux éviter son emploi.

Devant ces opinions autorisées on l’abandonna pendant de longues années, du moins dans le traitement des fièvres.

En 1774 parut un ouvrage assez considérable de Lefébure de Saint-Hildefont ayant pour titre : D'un remède éprouvé pour guérir radicalement le cancer.

« Melin s ut ariceps eligere remedium , quam nullum. » Tel est le mot de Celse inscrit au début de l’ouvrage. L’auteur vient tout de suite nous avertir qu’il n’entend pas par anceps , un remède dont les succès sont douteux. « Je prends ici ce mot dans une autre acceptation ; je veux dire qu’il vaut mieux se servir d’un remède dont l’expérience de tous n’a pas confirmé les bons effets, que de n’en prendre aucun ». Après ce préambule Lefébure nous donne quelques indications sur la nature du cancer tel que lui-même la concevait et enfin il fait son plaidoyer en faveur de la médication arsenicale. Pourquoi bannir l’arsenic à l’intérieur ? N’employait-on pas des poisons plus violents puisque c’était là le seul argument des contradicteurs ? La jusquiame, l’opium et l’émétique n’étaient-ils pas d’utiles médicaments entre les mains des médecins? Il nous dit avoir plus de deux cents observations où l’effet salutaire de la médica- * tion apparaît nettement.

Nous avouons que c’est en vain que nous avons recherché ces observations qui eussent pu être inléressantes aujourd'hui où le traitement de cette redou-

table affection est plus que jamais recherché par les savants du monde entier.

Nous arrivons enfin à la manière de prescrire le remède intas et extra. Nous citons les paroles mômes de l’auteur:

« Arsenic blanc, beau, luisant en dehors et en dedans, en morceaux cristallins et qui ne sont pas d’un blanc mat, quatre grains. Faites-les dissoudre dans une pinte d’eau distillée.

« On en donnera au malade plein une cuiller à bouche, avec autant de lait et un demi gros de sirop diacode tous les matins à jeun. Il ne prendra rien, qu’une heure après. On continuera cette dose pendant huit jours. Ensuite on prendra de la même manière, deux fois par jour, la seconde fois vers huit heures du soir.

« Au bout de quinze jours on donnera trois doses par jour. Cette troisième se prendra à midi, et toujours de la même manière.

« Une femme, une personne faible, continueront de cette sorte jusqu’à parfaite guérison.

« Un adulte en bonne constitution augmentera la dose par degrés, jusqu’à prendre six cuillerées de la solution arsénicale par jour, c’est-à-dire deux cuille- ' rées à chaque fois, avec autant de lait et un demi gros de sirop diacode.

« Nous avons remarqué jusqu’ici qu'il ne faut pas plus de dix bouteilles de solution pour guérir un cancer ouvert.

« On purgera tous les huit à douze jours avec un minoratif composé avec la mauve, la rhubarbe et le

sel de Seignette. La boisson ordinaire sera du petit lait avec douze grains de sel de nitre par bouteille, ou une légère décoction de racines d’althea avec le même poids de sel de nitre ».

Suit un régime plutôt végétarien, mais ne présentant rien de très particulier.

Un peu plus loin il ajoute : « J’ai été quelquefois obligé de donner le quinquina et d’établir un cautère dans un endroit inférieur à celui de l’ulcère quand les humeurs tournaient à l’alcalescence et qu’elles étaient en trop grande abondance. Je regarde même le cautère comme fort utile dans tous les cas :

A l’extérieur on applique le remède suivant.

Si la tumeur n’est point ulcérée on fait dessus de simples lotions avec la solution arsenicale à la dose de 8 grains par pintç d’eau et l’on y applique le cataplasme suivant :

Jus de carottes, i livre.

Sucre de saturne, demi once.

Arsenic dissout dans le vinaigre distillé, demi once.

Laudanum liquide, un gros et demi.

Ciguë séchée et pulvérisée Q. S. pour faire, avec ces drogues, une masse consistante.

Si le cancer est ulcéré on pompe d’abord toute la sérosité ichoreuse, on étuve ensuite la plaie avec la solution arsenicale que l’on fait dégourdir et à laquelle on ajoute un tiers de vin rouge. Enfin on applique le cataplasme indiqué ci-dessus. »

Lefébure termine son opuscule enjious disant merveilles de son remède et en nous faisant remarquer qu'il y a d’autant plus de chances de succès que les malades sont moins cachectiques. « C’est discréditer « à plaisir un remède qui ne fait que naître que « de le donner à des malades qui n’ont plus qu’un <( souffle de vie ».

Certes il y avait là une tentative contre le cancer qui semblait assez heureuse, et aujourd’hui encore dans le sarcome le traitement arsenical donne souvent d’appréciables résultats. Néanmoins Lefébure ne paraît pas avoir fait école ; cependant en 1778 Roum fît paraître un mémoire sur l’efficacité de l’arsenie dans les cancers ( Mémoires de V Académie des sciences de Stokolhm) dans lequel il nous dit avoir guéri 20 malades sur 5o, traités par l’arsenic à petites doses, mais il oublie de nous dire de quelle façon il opérait pour obtenir des résultats aussi remarquables.

A ce moment dans les cancers ulcérés c’était la pâte du frère Côme qui représentait la grande panacée.

En i^3o, Jean Baseilhac, alias frère Côme, apprit qu’un particulier avait acheté 2.000 livres du chirurgien Chouet la recette d’une pâte pour un ulcère cancéreux de la face. Cet individu regrettait fort son marché et le frère Côme se trouva là pour lui rembourser les 2.000 livres en échange de la recette de la fameuse pâte à laquelle il attacha son nom. Elle était ainsi composée :

Cinabre .

Sang dragon . . .

Cendre de savates Arsenic blanc . . .

. g XL

Cette pâte, qui est inscrite actuellement encore dans les formules, ne représente qu’un caustique ayant pour but, la seule action locale quoique élective, semble-t-il, sur les tissus cancéreux.

Les arsenicaux dans les fièvres intermittentes .

Mais c’est pour les fièvres intermittentes que l’on va voir s’ouvrir de longs débats, et la médication arsenicale en fut l’objet pendant près d’un siècle, tantôt chaudement défendue, et tantôt ardemment combattue.

En i58o, Georges Wirthius, médecin du roi, employait déjà un électuaire composé d’une demi once d’arsenic (que Gmelin prétendait être de l’orpiment) fondu avec deux onces d’orties mêlées à du miel rosat. Après lui, Joannus Garracus, médecin de Louis XIII, le prescrivait dans les fièvres, ainsi que contre les ulcères. Gohl au xvne siècle parle de médecins allemands qui donnaient de faibles doses d’arsenic mêlé à du sel de nitre pour combattre les fièvres intermittentes. PuisFrish en 1698, Lemery, Wepfer, préconisèrent l’arsenic dans les fièvres mais sans ardente conviction il est vrai, quoique voulant chacun être l’instigateur du traitement. Mais en France et en Allemagne de nombreux et célèbres médecins se mirent à étudier cette nouvelle médication ; nous

citerons parmi eux Buchner, Molitor, qui donnèrent l’arsenic à la dose d’un à deux grains, mélangé avec un scrupule de crème de tartre, dans des bouillons de farines faits avec du vinaigre.

Keil préconisait la préparation suivante, toujours comme un remède contre le paludisme :

« On réduit en poudre très fine, une demi once d’arsenic blanc, on verse dessus une demi once de vinaigre dans un vase que l’on met dans un bain de sable ou sur des braises chaudes, et l’on fait évaporer peu à peu en agitant continuellement avec une baguette de bois ; puis on verse de nouveau une demi once de vinaigre et l’on évapore de nouveau en recommençant six fois cette opération. Puis on fait en les mesurant avec soin des pilules du poids d’un grain ».

Keil nous affirme qu’il a traité de cette façon et avec succès, ainsi que des médecins qui suivaient sa méthode, de deux à trois cents hommes, traités sans succès par d’autres moyens, et il ne restait aucune trace du mal. Absque ullo rémanente vel insignente incommodo .

En 1^34 Gmelin employa dans le paludisme l’arsenic mêlé au sel de nitre. Voici sa préparation :

« Une drachme d'arsenic avec deux drachmes de sel de nitre, que l’on fait cuire dans sept onces d’eau de fontaine jusqu’à réduction à deux onces. La liqueur liltrée se prend à lu dose de quinze à vingt gouttes ».

En 1^83 Plencitz père et fils donnèrent une nouvelle formule pour l’emploi de l’arsenic.

Lefèvre

Arsenic blanc . )

Myrrhe choisie .... ? ââ 2 drachmes

Poivre long . )

Fleur de soufre . 1/2 once

Poudre de Bezoar . t drachme

M F. poudre fine.

Six à huit grains de cette poudre par jour pris en une ou deux fois, un moment avant le début de l’accès dans une infusion de camomille, ou de sureau. Le soufre avait pour but d'atténuer l’action corrosive de l’arsenic ; quant aux aromates ils étaient là pour rendre le médicament plus acceptable. Sur plus de mille cas qu’ils nous disent avoir traité, les Plencitz eurent à peine quelques insuccès.

Malgré ces brillants résultats, il s’éleva en Autriche et en Allemagne une véritable « arsénicophobie », entretenue par un médecin célèbre, Stœrk, qui rejeta la médication après deux expériences malheureuses faites selon la méthode de Jacob qui se formulait ainsi :

« On prend une partie d’arsenic avec deux parties de sel de tartre que l’on mêle à 120 parties d’eau distillée, on fait cuire jusqu’à réduction de moitié, on laisse refroidir et l’on y ajoute une petite quantité d’esprit de vin. Vingt-cinq gouttes pour les adultes et six à dix pour les enfants, en trois ou quatre fois par jour. Stœrk, dans les deux cas traités, observa ce qui suit. Dans le premier cas la fièvre cessa, mais il lui succéda une ardeur sous le sternum, une toux sèche fort désagréable, anorexie, soif vive, cachexie et autres symptômes d’un état grave.

Dans l’antre cas la fièvre avait diminué sans disparaître complètement, et en continuant la médica¬

tion, apparurent la même toux sèche, la douleur rétrosternale et l'anorexie. »

Il en conclut après ces deux observations que le remède était pire que le mal. On peut s’étonner que Stœrk ait pu baser sur deux observations une opinion aussi arretée. Il est bien probable qu’à cette conviction scientifique devait se mêler un peu d’envieuse animosité, et que le rang qu'il occupait à la cour et dans les écoles donnait une grande puissance à son opposition ; ce qui tend à expliquer pourquoi ce traitement ne prévalut pas en Autriche à cette époque. Même en France l’opinion de Stœrk s’imposa et ce fut une véritable levée de boucliers contre l'administration de l’arsenic à l’intérieur, et nous trouvons parmi ses adversaires Thilenius, Deidier, Peyrilhe et le plus violent, Thiébault, qui supportait encore l’arsenic à l’extérieur, mais qui fulminait contre son emploi à l’intérieur (r). Ce membre influent de la Société médicale des Vosges fit paraître dans le Journal général de médecine , un article

qui commence par ces mots : « L’arsenic qui n'aurait

peut-être jamais dû figurer dans les livres que pour parler de son antidote... » Il entasse des histoires d’intoxication pour conclure en ces termes : « Si après tout ce que Ton vient de lire, on juge encore que

i. Recueil périodique de la Société médicale de Paris, février 1808.

l’arsenic est un bon remède, il faudra convenir qu’il n’en est aucun de mauvais. »

« Il est cependant conseillé non seulement pour les fièvres d’accès, les cancers et l’angine de poitrine, mais, dit-on, encore utilisé avec fruit contre la gale, la lèpre, les dartres, les ulcères, les phtisies, l'asthme, l’épilepsie, l’hystérie, et même la dysenterie ! Ne voilà-t-il pas un beau champ ouvert au charlatanisme, quand il saura surtout qu’il peut s’appuyer sur l’autorité de médecins respectables, en débitant un médicament si vanté et d’un prix au-dessous du médiocre. » Si Thiébault pousse à l’exagération, il semble bien qu’à cette époque il y ait eu une sorte d’engouement pour l'arsenic, comme souvent de nos jours pour un médicament nouveau.

Mais malgré ces opinions violemment exprimées la médication arsenicale fut âprement défendue et avec succès par Thomas Fowler en Angleterre. Après plusieurs articles parus dans diverses revues, il publia un ouvrage intitulé Medical reports on the effects of Arsenic in the cure oj agues , rémittent fevers and periodic headaches ; le livre eut un grand retentissement.

Un médecin de Leieester employa la solution de Fowler dans quatre-vingts cas de fièvre tierces ou quartes et sans aucun échec.

Après Fowler, deux célèbres médecins anglais étudièrent la médication arsenicale : Robert Willan, directeur du Finsburg Hospital et Richard Pearson,

directeur de l’Hôpital Georges en 1806. Voici la préparation de Wiilan :

« On fait cuire lentement jusqu’à solution complète à feu doux, sur un bain de sable soixante-quatre grains de sel tartare et arsenic blanc versés dans une demi-livre d’eau distillée. Dans la liqueur refroidie on ajoute une demi-once d’esprit de lavande et on complète le poids d’une livre avec de l’eau ordinaire. »

« Quatre-vingts gouttes contiennent un grain d’arsenic. »

Ap rès de nombreuses observations, R. Wiilan conclut en disant qu’il n’y avait pas de remède plus sûr ni plus efficace, ni d’absorption plus facile contre la fièvre intermittente que la liqueur de Fowler si elle était administrée avec méthode et précaution. Il nous dit n’avoir jamais constaté ni diarrhées ni coliques, bien qu’il ait traité des malades de tous les âges et de tous les tempéraments.

Pearson se servit d’abord de la liqueur de Fowler, mais par la suite il fit par voie humide une autre préparation qui porte son nom ; la notoriété du médicament de son auteur grandit après un événement médical retentissant. Le duc d’York souffrait de fièvres intermittentes qui avaient résisté au traitement par l’écorce de quinquina ; Pearson le guérit en peu de temps au moyen de sa liqueur arsenicale. Cet événement fit plus pour le succès de la méthode que tous les résultats antérieurs.

Stokes, professeur à Dublin, donnait dans ses

leçons thérapeutiques la première place à l’arsenic à côté du quinquina dans le traitement des fièvres d’accès, « et l’on a fait, dit-il, celte remarque intéressante que ces mêmes fièvres qui exerçaient autretois d’énormes ravages dans le district de Cornouailles, en avaient complètement disparu depuis l’établissement d’une fonderie de cuivre. On sait en effet que le minerai de ce métal contient de l’arsenic. » L’arsenic bénéficia en outre à cette époque du blocus continental, qui rendait le quinquina hors de prix et même introuvable. Heim, en Allemagne, l’employa dans les fièvres paludéennes et en retira de très bons effets et le professeur Sehœnlein, de Berlin, en 1840, s’exprimait ainsi: « Nous avons employé avec succès les préparations arsénicales dans les cas les plus désespérés et lorsque le quinquina avait complètement échoué. »

Mais la France était sans doute encore sous le coup des imprécations de Thiébault contre l’arsenic, car jusqu’à 1842 où Boudin publia son Traité des fièvres intermittentes , il n’y eut que de rares voix pour défendre la médication arsénical'e. Gendrin publia quelques cas en sa faveur. En 1807, Niel, médecin de l’hôpital de Marseille, avait publié une notice dans laquelle il avouait qu’il n’est pas de fébrifuge aussi puissant que l’arsenic et dont les effets soient aussi prompts.

Enfin en i833 Cazenave, dans son Dictionnaire de médecine fit de louables efforts pour arracher ce médicament à l’oubli. Il s’est résume en ces termes .

« i° Les préparations arsenicales doivent prendre

rang parmi les agents les plus précieux de la théra-

peutique ;

« 2° On s’est trompé en les considérant comme essentiellement dangereuses, et l’on a pris pour les symptômes du médicament des phénomènes qu’on ne doit attribuer qu’à l’imprudence et à l’inhabileté;

« 3° Elles ont une propriété antifébrile et une puissance de résolution bien remarquable ;

« 4° Elles constituent un des moyens les plus efficaces pour combattre les fièvres intermittentes ;

« 5° Les préparations arsenicales sont des médicaments vraiment héroïques pour la cure de certaines maladies de peau et notamment des affections squameuses, des eczémas et des impétigos chroniques. » 6° L’expérience ne s’est pas encore assez prononcée sur leur efficacité pour combattre certaines maladies, telles que le rhumatisme, la rage, etc., mais il est raisonnable de penser que dans le traitement de certaines affections spasmodiques et intermittentes et surtout de l’épilepsie, mieux étudiées et mieux connues, elles pourront devenir un jour un moyen puissant de guérison;

7° Leur usage externe se borne aujourd’hui à certains caustiques dont l’utilité est incontestable dans la pratique de la chirurgie. »

Sans doute Cazenave venait d’indiquer les applications de l’arsenic en thérapeutique, mais ce n’est que plusieurs années plus tard que Boudin fut réellement le vulgarisateur de la médication, en France.

En 1842, Boudin, ancien médecin chef de l'hôpital

militaire du Roule fit paraître son Traité des Fièvres intermittentes dans lequel il fixa une méthode d'application du traitement dans les fièvres intermittentes. « Après m'être soumis moi même, dit-il au début, et à plusieures reprises à l'administration de plusieurs préparations arsenicales, je me décidai, non sans conserver sur leur efficacité médicale, quelques doutes trop justifiés par l’insuccès ordinaire des autres prétendus succédanés du quinquina, à les administrer à un certain nombre de malades atteints de fièvres d’accès, jusqu’alors rebelles au sulfate de quinine. Eh bien ! quoique je me sois, dans l’immense majorité des cas, abstenu avec intention de toute médication auxiliaire dont l’expérience recommande la combinaison (vomitifs, purgatifs), avec la médication arsenicale, les résultats ont dépassé toutes mes espérances. »

Boudin a obtenu souvent avec une seule dose de 1 0/0 de grain (1/2 milligr .) la disparition radicale des fièvres contractées soit en Algérie, soit au Sénégal, et qui avaient alors résisté même au sulfate de quinine.

Voici les règles auxquelles s’est arrêté Boudin après une expérimentation de plusieurs années :

i°Ouvrir le traitement par un vomitif (ipéca 1 gr.5o, tartre stibié 10 centigrammes) si la fièvre s’accompagne d’embarras gastrique ;

20 Donner l’acide arsenieux à doses fractionnées dont la dernière doit être administrée au moins deux heures avant le moment présumé de l’accès ;

3° Profiter de la tolérance au début du traitement pour augmenter la dose d’acide arsenieux autant que possible jusqu’à 5 centigrammes par jour ;

4° A mesure que la tolérance baisse, diminuer graduellement la dose et insister sur le fractionnement ;

5° Prendre le médicament aux jours d’apyrexie, aussi bien qu’aux jours d’accès ;

6° Le continuer pendant un temps proportionné à l’ancienneté de la maladie, ainsi qu’à son caractère plus ou moins rebelle ; dans les fièvres de première invasion, le continuer au moins pendant huit jours après la cessation de l’accès ; contre les fièvres anciennes et rebelles en prolonger l’usage pendant trente jours ou quarante jours et plus s’il le faut ;

y Faire usage d’une alimentation substancielle et abondante ; boire un vin généreux, s’abstenir autant que possible de boissons aqueuses. »

Boudin proposait également l’administration de l’arsenic comme préservatif de la fièvre dans les localités marécageuses.

Mais malgré ses résultats concluants de nombreuses voix s’élevèrent contre lui, et nous citerons celles deBally, Desportes, Jacquot, Champouillin, etc... Mais malgré les critiques, qui quoique bruyantes restaient isolées, d’innombrables observations vinrent corroborer les résultats de Boudin et parmi les plus ardents défenseurs nous citerons Guéneau de Mussy, Bernard, Massart, Saurel, Bailly, Trapenard. Les travaux se multiplièrent à l’étranger et surtout en Espagne sous l’instigation de Fernandez Trelles,

médecin de l’hôpital général de Madrid. Millet nous rapporta les observations de cet auteur. Sur 39^ fibricitants ainsi composés :

Fièvres quotidiennes 286

— tierces 91

— quartes 17

Dans le premier cas il y eut 25 1 guérisons et i4 rechutes rapidement vaincues par de nouvelles doses d’arsenic.

Dans le deuxième et le troisième cas, résultats identiques ; bref sur les 394 malades traités il y eut 349 guérisons et 52 insuccès ; soit un résultat de 84 0/0.

Depuis les travaux de Boudin, d’autres se sont succédés sur le même sujet et nous avons dès cette époque un médicament de choix pour le paludisme. Actuellement les sels de quinine l’emportent, néanmoins les arsenicaux sont d’un grand secours dans les cachexies paludéennes où il est plus nécessaire de régénérer les éléments du sang que de lutter contre les hématozoaires.

Quelque chose doit nous étonner aujourd’hui, c’est de voir des opinions aussi contraires sur la médication arsenicale et à côté de détracteurs irréductibles, des défenseurs convaincus. Cela tient probablement à ce que la teneur en médicament actif des produits employés variait trop souvent.

Baumé dans sa Chimie expérimentale dit avoir trouvé sur quarante livres d’arsenic, trente livres

de craie. Il n’est pas invraisemblable dès lors que dans ces conditions on ait pu donner plusieurs grains par jour.

Nous allons trouver de nouvelles discussions au sujet de maladies fort diverses, car l’arsenic fut employé dans la plupart des maladies et souvent non sans succès.

L arsenic dans la chorée

C’est dans cette affection, rebelle à tout traitement, que l’arsenic fut employé avec un certain succès.

Dès la fin du xvme siècle, Alexander l’employa, puis Girdlestone en 1806, mais l’usage se répandit surtout après la publication du docteur Martin en 181 3, dans les Transactions médico-chirurgicales de Londres qui relatent aussi' des observations de Salter en 1819 et de Gregory en 1820. En 1846 Romberg publia quelques observations, dont voici les conclusions: « Je considère l’arsenic comme un des meilleurs moyens de combattre la chorée; ce médicament semble se montrer plus efficace contre les récidives que contre les premières attaques, et ce sont surtout des chorées opiniâtres et rebelles, contre lesquelles on a tenté des traitements les plus divers, qui sont le plus heureusement modifiés. » Et dans un traité publié plus tard, ce dernier auteur nous dit : « De tous les moyens employés pour combattre la chorée, ceux-là seuls sont dignes de notre confiance qui peuvent arrêter un peu de temps la maladie, même quand elle, est le plus invétérée.

Parmi ces moyens là celui qui d’après mes recherches occupe le premier rang, c’est l’arsenic. »

Au même moment, en Amérique, Recs dit avoir administré ce médicament dans plus de deux cents cas, et considérer la liqueur de Fowler dans la chorée comme un agent aussi sûr que la quinine dans les fièvres palustres; la guérison survenant en deux à six semaines au maximum (Boston- Journal, 1859).

En France, en i854, G. Sée publia quelques articles dans la Revue thérapeutique médico-chirurgicale, mais seulement pour dire qu’il n’avait jamais obtenu de résultats appréciables.

Cette opinion quoique émise par un homme aussi autorisé n’arrêta pas les recherches sur ce point et en i856 Aran publia plusieurs cas de chorée où l’arsenic avait été employé avec succès (1). Après avoir fait remarquer que les cas traités par l’arsenic l’avaient été en désespoir de cause, il nous dit : « En résumé la médication arsenicale est d’une efficacité incontestable dans un certain nombre de cas de chorée ; elle paraît être surtout applicable aux cas rebelles et opiniâtres, aux formes anormales de cette maladie ; rien ne prouve qu’elle ne puisse être appliquée avec avantage au traitement des chorées simples et récentes employée avec prudence et précaution, elle n’expose à aucun accident sérieux ; la guérison, lorsqu’elle a lieu, est obtenue dans un temps très court. »

En 1860 Lorry publie une thèse intitulée : Valeur

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