‹ Les arsénicaux en thérapeutiqueChapitre 9 sur 18 · I. Berlhelot. Les alchimistes anciens et du moyen âge · texte numérisé non relu

I. Berlhelot. Les alchimistes anciens et du moyen âge

dites, qu’encore que l’on sauve la vie aux patients par prompts et souverains remèdes, si demeurentils toutefois perclus de leurs membres par vehemente ressication et contraction de toutes les jointures : son alexilère est l’huile de pignolat, donné promptement jusqu’à demie livre et puis vomir ; après, donner à boire du lait et en faire clystères et nourrir le malade de bouillon gras... »

Plus loin dans le chapitre consacré aux moyens de se préserver de la peste, il nous donne comme bon, celui qui consiste à porter de l’arsenic sur la région du cœur « afin qu’il accoustume le cœur au venin et qui par ainsi il en soit moins offensé, d’autant que tous venins cherchent le cœur ».

Ne soyons pas trop étonnés de voir peu prescrit l’arsenic à l’intérieur à ce moment car YAntidotaire Nicolas réglementait les prescriptions de toxiques. En effet, en août 1 353 les « Apothéeaires et espiciers » reçurent du roi des statuts où il était spécifié que « nul ne vendra médecines venimeuses ou périlleuses » il fut créé un chef de corporation sous le nom de « maistre du métier d’apothécaires qui sera sur tous les apothéeaires de Paris et suburbes». Assisté de deux médecins désignés par le Doyen de la Faculté, il devait faire au moins deux fois l’an la visite de chaque officine, et examiner avec soin toutes les substances qui s’y trouvaient. 11 devait s’assurer en outre que chaque apothicaire possédait bien Y Antidotaire Nicolas , pharmacopée de Nicolas Myrepse, médecin grec du xme siècle, qui avait

exercé à Alexandrie. Dans ce codex du xive siècle nous ne trouvons que deux ou trois formules où entre l’arsenic, sans originalité du reste.

Nous terminerons cette première partie en citant quelques préparations où entre l’arsenic.

Trochisque de Guy de Chauliac (i34o)

« Arsenic sublimé, suc desséché d’opium, de morelle ou de chaux. Mettez en poudre et faites des trochisques à employer sur du coton mouillé avec de la salive. »

Guilleman, chirurgien de Charles IX, contemporain d’Ambroise Paré, nous donne quelques formules cathérétiques dont il vante la puissance. C’est d’abord la poudre de Fushius (i5oi) qui valut à ce dernier le surnom de guérisseur des cancers. Cette poudre était encore appelée poudre céleste, poudre bénite : c’était tout simplement de l’arsenic mêlé à des poudres inertes.

Liniment de Valesco de Tarente

Orpiment bien pulvérisé, demi-once. Suc de solanum et de plantain bien pulvérisé. Q. S.

Imbiber l’exlrémilé d’un pinceau et en toucher les ulcères. Valesco prétend par ce moyen avoir guéri plusieurs cancers ulcérés du sein.

Poudre de Rodriguez de Castro

Arsenic et laitue sauvage cueillie au mois de juin

et desséchée, à parties égales. Réduire en poudre et conserver pour l’usage.

Guillernan nous indique comment employer cette poudre qui d’après Castro donnait d’excellents résultats.

« Préparez le malade par des saignées et des purgations ; entamez légèrement le chancre s’il n’est pas ouvert, mettez de cette poudre sur la partie cutanée ; recouvrez d’un papier brouillard maintenu avec la main jusqu’à ce qu’il soit adhérent. Laissez l'appareil pendant trente jours sans toucher à l’ulcère. Vers la fin des trente jours l’escharre sera ôtée avec la main petit à petit. Si la chair ne se trouve belle et vermeille, mais si elle est noirâtre il faudra derechef mettre de la susdite poudre et faire comme ci-dessus ».

Guillernan, à la fin de son livre Du chancre des mamelles , nous cite la formule de Craton qu’il nous assure lui avoir donné de bons résultats. -

Poudre de Craton (i5i'9)

Poudre de racines de serpentaire séchée à l’ombre, une once, arsenic non brillant trois grains, suie de cheminée, petite quantité. Mêlez.

Grattez le cancer avec un couteau fait de canne de roseau jusqu’à ce qu’il saigne, répandez-y la poudre, couvrez le tout de plumasseaux mouillés de salive ; annoncez au malade qu’il aura pour vingtquatre heures de douleurs et que la partie enflera. Il

en résulte une eschare qui tombe dans] la huitaine on panse ensuite l’ulcère comme une plaie sim

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