‹ Les arsénicaux en thérapeutiqueChapitre 4 sur 18 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Arsenicaux depuis l’antiquité jusqu'au

XVIIIe siècle

Si Ton recherche l’étymologie du mot arsenic il nous faut considérer les idées que l’on retrouve non seulement dans la philosophie indoue, mais que se partageaient les premiers philosophes de l’antiquité et qui donnèrent de grandes espérances aux disciples de l’art sacré. D’après eux, en effet, deux principes composent le monde, l’un mâle, l’autre femelle, ou par analogie, l’un principe actif, l’autre principe passif. Le premier est représenté par l’arsenic (appsvtxov mâle). Pour les alchimistes qui ont vraisemblablement les premiers employé ce terme, c’est lui le principe actif du monde minéral. Pour eux il se combine avec le principe passif qui est représenté par le cuivre, et de la fusion de ces deux corps sort un alliage ressemblant à l’argent et que des adeptes du moyen âge n’auront pas de scrupule à vendre pour ce métal. N’y avait-il pas déjà dans ces conceptions

primitives l’amorce d’une philosophie moderne : de ' la fusion de deux principes, matière et mouvement, naît la vie. Peut-être était-ce là le symbole que les alchimistes, en quête de résultats pratiques avant tout, ont pris pour la réalité et qui les a plongé pendant de longs siècles dans les profondeurs de leurs mystérieux laboratoires !

Quoi qu’il en soit, il semble bien que ce soit dans l’antiquité la plus reculée qu’il faille rechercher l’origine du mot arsenic. Mais pour les temps cjue nous connaissons ce terme, du moins au début, ne désigne en aucun cas le corps simple ; mais il désigne, soit le sulfure rouge, soit le sulfure jaune, soit encore l’arsenic blanc que l’antiquité connaissait, quoiqu’en aient dit certains auteurs. On l’appelait alors sandaraque ou orpiment. On le rencontrait principalement dans l’Hellespont sous forme de morceaux compacts, jaunes, lourds et écailleux, c’était le sulfure jaune. Nous ne trouvons nulle part, des détails plus complets sur ce corps, et il faudra arriver jusqu’à Pline pour apprendre que pour leur donner plus de propriétés, il fallait le torréfier dans un vase de terre neuf jusqu’à ce qu’il change de couleur. « Torretur ut vcilidius prosit in nova testa donec mutet colorem » (lib. XXXIV, ch. XVII1I). Dioscoride lui-même nous dit que calcinée avec des charbons la sandaraque change de couleur.

Nous allons rechercher à quelle époque les arsenicaux étaient employés, soit en thérapeutique, soit pour tout autre usage.

L’Egypte, berceau de l’Alchimie et de l’Astrologie, nous a peu dévoilé l’antique science des Hernies. Les traditions, enfouies dans la profondeur des temples, se transmettaient de génération en génération par les prêtres, mais n’étaient en aucun cas divulguées aux profanes, et s’il y eut des documents écrits ils ont disparu. Toutefois, vers 1820, un Egyptologue, Passalaquo, lors de fouilles qu’il exécutait en Egypte, découvrit aux environs de Memphis, près des mines de Sakarah, un manuscrit représenté par un long rouleau de Papyrus couvert d’hiéroglyphes écrits en rouge et en noir. Il était enfermé dans un vase de terre cuite enfoui à une profondeur de dix pieds. Il devait probablement faire partie de la bibliothèque médicale du temple de Memphis, que Galien, le fameux médecin grec a mentionnée dans son Traité de matière médicale et dont les livres devaient diriger les médecins égyptiens de cette époque dans le traitement de leurs malades; sinon ils étaient coupables, quand ces derniers mouraient malgré leurs soins, d’avoir causé par leur faute, la mort d’un homme traité autrement que par les prescriptions variées. D’après Passalaquo ce manuscrit remonterait au xive siècle avant notre ère à l’époque du roi Ramsès IL II est conservé parmi les richesses du musée de Berlin, sous lé nom de papyrus médical de Berlin. Il a 16 pieds de long et est divisé en trois parties et plusieurs fois il y est question de certaines pierres « sopds » appliquées au traitement d’alïèc lions externes. Ces pierres, qui ne sont que mentionnées, pourraient bien

n’être autre chose que les composés arsenicaux employés par Galien et Dioscoride.

Ce n’est là qu’une simple hypothèse qui, serait assez fondée du reste, puisque la médecine grecque a vraisemblablement puisé ses origines dans les traditions de la vieille Egypte.

M. Maspero, notre Egyptologue national, a, lui aussi, découvert des fragments de papyrus traitant de l’art médical, et par ses recherches sur le papyrus Ebers, il nous apprend qu’un dés six livres médicaux de Toth traitait de la pharmacologie égyptienne. Y est-il question d’arsenicaux ? Ce qui est bien certain, c’est que, dans l’antiquité, et surtout à ce moment de l’antiquité, la toxicologie et la thérapeutique gardaient un caractère occulte, et que nous ne devons pas nous étonner de ne pas trouver d’écrits relatant les usages possibles d’un poison. On avait même des rigueurs pour les hommes de l’art qui employaient les toxiques. Platon en effet, dans le livre XII de ses Lois nous apprend qu’il était interdit à tout médecin, sous peine de mort, de parler de poisons et surtout d’en ordonner l’emploi. Hippocrate* dans son Serment , ne fait-il pas jurer à ses disciples de ne jamais remettre de substance mortelle à personne. Et cependant nous savons qu’il prescrivait l’arsenic dans la phtisie et l’emphysème.

Malgré le silence prescrit par la loi, qui était cependant outrepassée par les maîtres de la médecine, les poètes médecins se permettaient des indiscrétions sous la forme séduisante de la poésie, et donnaient

des détails sur les poisons le plus souvent employés. Parmi ceux-ci nous pourrons citer Orphée, médecin et poète, qui est le premier auteur qui se soit occupé de toxicologie. Dans son poème des Pierres il parle de differents poisons, mais il ne parle pas de l’arsenic. Après lui Nicandre de Colophon traite aussi des poisons dans le De theriaca et alexi pharmacis , mais si nous ne voyons pas mentionné Tarse* nie, c’est que ces auteurs avaient surtout en vue les animaux et les végétaux (i).

Dans Homère nous voyons de nombreux empoisonnements, mais quel était l’agent employé ? Probablement des plantes : en tous cas nous retrouvons toujours de la part de l’auteur un silence prudent.

Les rois de Pergamequi commencèrent à régner en l’an 283 avant-l’ère chrétienne, plus connus sous le nom d’Attale, ont fait l’étude approfondie des poisons ; ils en étudiaient les effets sur des criminels, cherchant à en trouver l’antidote. Galien qui relate ces faits ne nous en dit pas davantage ( De anticlotis , 1. I, p. 2).

Chez les Mèdes et chez les Perses l’usage du poison ne devait pas être inconnu, ainsi qu’en témoigne la coutume suivante que Xénophon dit très vieille : « Une coutume fort ancienne veut qu’un esclave goûte les breuvages et les aliments avant le prince » (Xénophon, Cyropèdie , liv. I, ch. III).

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