DEUXIÈME OBSERVATION
Arthropathie tabétique des deux hanches avec suppuraltion de l’une d’elles. — Présence de pneumocoques dans
le pus articulaire
Mme T..., âgée de 38 ans, entre à l'Hôpital Boucicaut en mai 1923 pour une inflammation aiguë de l’articulation de la hanche droite.
L’interrogatoire nous apprend que sa mère est morte à 39 ans d’hémorragie à la naissance de son 9° enfant. Son père est mort d’une infection urinaire. Elle a quatre frères et sœurs actuellement bien portants.
La malade se rappelle qu’elle a eu la rougeole à 14 ans.
C’est la seule maladie infantile qu’elle ait eue.
À 99 anselle se marie. Quatre ans après elle a un enfant né à terme, mais asphyxié. Elle n’a jamais eu de faussecouche. $
Son mari, atteint de tuberculose pulmonaire, tomba malade et mourut en avril 1917. À cette époque, elle s’aperçut que sa jambe gauche devenait faible et qu'elle se fatiguait rapidement. Un jour, la malade fit un effort, et Le lendemain elle remarqua que la cuisse était enflée depuis le genou jusqu’au bassin; Ja peau était blanche et lisse; l’impotence fonctionnelle complète; maïs il n’y avait pas de douleurs. Elle garda le lit une quinzaine de jours, puis
recommença de marcher.
Histoire de la maladie, — En janvier 1923, à l’occasion d’un mouvement banal, la malade ressent une impression de dérobement de la jambe droite. Cette sensation est analogue à celle qu’elle a éprouvé au niveau de la jambe gauche ,et est accompagnée de perte de forces. Au bout d’une huitaine de jours, elle constate, un matin au réveil, que la hanche droite est atteinte d’un œdème blanc et indolore : elle est alors immobilisée au lit, impotente des deux jambes. Après un court séjour à l'hôpital, elle est envoyée en convalescence à l'asile du Vésinet. Elle en revient, après trois semaines, avec une température de 4o° et des phénomènes locaux: qui nécessitent une nouvelle hospitalisation. (Mai 1923.)
Examen de la malade. — La température est élevée et oscille entre 39 et 40.
La hanche droite est le siège d’une tuméfaction accen-
tuée mais limitée à la région articulaire; la peau est rouge,
chaude et tendue; la palpation de la région est douloureuse et donne une sensation de fluctuence. On à nettement l'impression d’une collection purulente. On ponctionne et il s'écoule, en grande quantité, un pus jaunâtre et épais où l'examen bactériologique révèle la présence de pneumocoques. On fait alors localement, une injection de sérum antipneumococcique.
La suppuration cesse peu à peu et un mois après, la malade est apyrétique. Mais en juillet, la température s'élève de nouveau, la hanche droite redevient douloureuse ,chaude et rouge. Trois ponctions sont successivement pratiquées, qui ramènent chaque fois du pus. Après la dernière s'installe une fistule qui donne pendant quelque temps du pus de plus en plus grumeleux. La fistule fermée, la température ne tombe pas et Continüe à osciller autour de 38.
Un an après, en août 1924, nouveaux phénomènes inflammatoires, fièvre à 39, et formation d’une collection purulente qu’on poncetionne. La température, après guérison de l’état local, présente de grandes oscillations entre 38 et 39 et persiste ainsi pendant quatre mois.
L'examen complet de la malade décèle des signes manifestes de tabès: les reflexes tendineux sont abolis aux membres supérieurs et inférieurs. Il n’y a pas de signes de Babinski.
L'étude de la sénsibilité objective révèle une hypoesthésie assez marquée aux deux membres inférieurs.
La malade n’a jamais ressenti de douleurs fulgurantes.
L'examen de l’ataxie est impossible aux membres inférieurs, à cause de la double arthropathie des hanches qui
permet à peine quelques mouvements. Aux membres su-