IT. — OBSERVATIONS ANTÉRIEUREMENT PUBLIÉES
Les observations d’arthropathies tabétiques. suppurées sont rares. En compulsant la littérature médicale, nous n'avons pu en réunir que douze. Nous pouvons y ajouter trois cas qui ont été simplement cités par leurs auteurs.
Première observalion. — Bourcerel.
Arthropathie dans un cas d’alaxie locomotrice (1)
(Sociélé analomique, séance du 14 mai 1875)
J... Honorine, âgée de 46 ans, femme de chambre, entrée le 8 avril à la Charité, salle Saint-Joseph, n° 5, Service de M. Bernutz.
(1) Progrès médical, 1875, page 573.
age
Antécédents. — Pas de renseignements précis sur les parents; pas de maladies sérieuses dans la jeunesse; pas des syphilis, pas de scrofule, pas de rhumatismes. Menstruation assez régulière, pas de leucorrhée.
Cette malade s’est assez bien portée jusqu'à il y a 8 à 19 mois environ. À cette époque les membres inférieurs (la jambe gauche surtout) ont commencé à s’affaiblir; la malade à pu, pendant les premiers mois, continuer son travail; elle avait” surtout de la peine à se levér et de Ja difficulté à se mettre en marche. (Auparavant la malade affirme n'avoir eu aucun trouble dans les membres inférieurs.)
Elle’ accuse aussi une sensation de coton, de caoutchouc en marchant; cette sensation, qui existait il y a 5 ou 6 mois, n'a pas persisté.
8 avril — La malade nous dit que trois jours avant son entrée, en voulant se lever, elle s’aperçut que sa jambe gauche ne pouvait plus la soutenir; elle fut forcée de se retenir après un fauteuil pour ne pas tomber. Elle dit avoir, à ce moment, senti un craquement dans la jambe. L'état général est bon; elle n’est pas anémique; on ne trouve sur le corps aucune trace de scrofule ou de syphilis; appétit conservé; apyrexie. “
Le 11. — Après la première électrisation (nous ne disons pas à cause), il est survenu, presque subitement dans la journée, un gonflement de la fessé et de la cuisse qui est arrivé à son maximum en quelques heures.
Ce gonflement présente les caractères suivants : la fesse et la cuisse ont un volume presque double des parties du côté opposé; cette intumescence s'arrête brusquement au genou. Ce gonfiement est dur, résistant, sans œdème véritable; il y a une très forte dilatation des capillaires; pas de douleurs à la pression et à la percussion sur les extrémités osseuses.
Quelques-unes des personnes qui voient cette malade croient
qu'il existe un épanchement sanguin dans le grand fessier, mais il n’y a pas de fluctuation ni de crépitation sanguine. Il y a un raccourcissement apparent et une légère rotation du pied en dehors. On constate aussi une certaine résistance dans la fosse iliaque gauche, sans douleur à la pression.
Le 13. — M. Gosselin, appelé en consultation, pense à une fracture spontanée du col du fémur, basant son diagnostic sur le raccourcissement du membre, la rotation en dehors et une ecchymose qu'il constate à la partie externe de la fesse.
Le 15. — L'’ecchymose ne se prononce pas. Nous croyons que nous n'avons pas affaire à une véritable ecchymose, mais à une dilatation capillaire donnant à la peau une teinte noiràtre. Le raccourcissement n’augmente pas; tous les mouvements sont toujours possibles.
Le 16. — M. Gosselin, qui voit de nouveau la malade le matin, maintient son diagnostic. Diminution plus accentuée du gonfiement.
Le 18. — Le gonflement a disparu presque entièrement, cependant la fesse reste un peu plus grosse.
Le 19. — La malade est prise de vomissements avec diarrhée: sans fièvre. Glace, opium. ;
Le 20. — Les vomissements continuent, un peu de fièvre le soir, pas de frissons, un peu de douleurs dans les reins.
Le 23. — La fièvre augmente brusquement dans la nuit, la température arrive le matin à 41°5 dans le vagin. Les vomissements persistent; pas de douleurs à la pression de l’abdomen, pas de céphalalgie, rien dans les membres; intelligence très nette, un peu d’angine. Le-soir, embarras de la parole. T'A8,
Le 24. — Mêmes symptômes le matin; la fièvre baisse un peu. T. 40°6. Le soir la malade est très faible, la langue se sèche.
Le 25. — Langue raccornie, vomissements répétés dans la
nuit; un peu de balottement du ventre, un peu de délire. T. 40°6. Rétention d'urine. Traitement : lavements portés le plus haut possible avec une sonde.
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Le 26. — On sent dans la fosse iliaque une résistance plus
considérable, à peu près indolente à la pression. La rétention d'urine persiste. T. 40°1. Traitement : vésicatoire sur cette région. . ;
Le 27. — On perçoit, par le toucher vaginal, la tumeur que l'on sentait dans la fosse iliaque gauche. Cette tumeur est arrondie, lisse, dure, indépendante de l'utérus, non mobile; elle paraît venir de Los du bassin. La malade va un peu mieux. MLSSNS:
Les 8-29. — L'intelligence est un peu plus nette; il n'y à plus de rétention d'urine.
Le 30. — Nouveau vésicatoire.
Le 1* mai. — On constate du pus dans la gaine du psoas, au-dessus et au-dessous de l’arcadg crurale.
Le 3. — Le genou gauche est le siège d'un épanchement.
Le 4, — Le gonflement du genou gauche est plus marqué. La malade est dans une prostration extrême depuis la veille.
Le 6. — Mort à 3 heures du matin.
Autopsie. — Le 7 mai 1875.
Articulation coxo-fémorale gauche. Il existe un vaste épanchement purulent dans l'articulation; ia capsule est perforé en arrière et en avant, et l'épanchement a fusé dans les interstices musculaires; il a même pénétré dans la plupart des gaines. Il est surtout abondant en arrière et en dehors, sous les muscles fessiers, dont il a dissocié les fibres. En avant le pus a pénétré dans la gaine du psoas, est arrivé dans le bassin,
et s’est infiltré entre les fibres du muscle iliaque. Cet épanche-
ment a dû se faire avec une rapidité extrême, car les fibres sont dissociées et non altérées; elles présentent leur coloration normale et ne sont pas friables. La capsule présente, comme nous l'avons dit, deux ouvertures, l'une en arrière, l’autre en avant. Elle ne forme qu’une masse avec le tissu cellulaire et le tissu fibreux avoisinant. En arrière et en dehors, près du rebord de la cavité catyloïde, on trouve des concrétions cal-
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caires, les unes superficielles, les 'autrés profondes, c'est-à-dire dans l’épaisseur de la éapgule. Le bord de la cavité cotyloide est érodé. en arrière, en dehors et en bas.
Fémur. 5 La'tète et 1és" déux tiers du col ont disparu. ‘ün dirait que l’on a fait une section du col à son tiers extérne, perpendiculaire à son axe; l'extrémité interne du col est, en effet, plane et légèrement éburnée à $a surface. Aucun ostéophyte sur le reste du col du fémur, ou sur le grand trochanter. Au contraire, il y a, par places, raréfaction de l'os.
Il y a, au moment où nous cuvrons l'articulation, luxation du fémur en arrière (luxation ilio-ischiatique). La capsule très élargie permet à la luxation de se reproduire avec la plus grande facilité et de se réduire de même. À
L’articulation du genou est assez fortement distendue par du pus. Les cartilages et surtout le cartilage de la rotule sont par places fortement érodés (il est important de noter que c’est trois jours seulement avant la mort que le gonflement s'est montré). L'articulation caxo-fémorale droite est saine.
Deuxième obServation. — Raymond
Arthropathies labétiques suppurées du genou gauche (1)
el du coude gauche.
(L'observation de cette malade avait été prise par Bourneville et publiée dans la thèse de Forestier et dans la thèse d'agrégation de ‘Blum, 1875).
La malade entre à l’infirmerie en août avec des phénomènes inflimmatoires très accusés dans le genou et l'épaule, sièges des arthropathies; en même temps, l’état général devient mauvais; au bout de deux jours, elle mourut.
(1) Bullelin de la Société Analomique, 1875, yage 825.