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ORFÈVRERIE

Benvenulo Cellini. — Ballin. - Germain.

En tout temps et dans tous les pays, on a cherché à ajouter à la valeur de l'or et de l'argent par l'élégance et le bon goût des formes données aux objets pour la fabrication des-

quels on employait ces précieux métaux. Les livres saints et les historiens profanes nous ont transmis des détails merveilleux sur les richesses d'orfèvrerie répandues dans l'Asie , l'Egypte, la Judée , la Grèce et l'Italie ; on sait combien d'ouvrages magnifiques en or éblouirent les premiers conquérants de l'Amérique. Au quinzième et au seizième siècle , l'Italie et l'Allemagne firent les plus rapides progrès dans l'art de l'orfèvrerie et de la ciselure sur or et sur argent. Aucun artiste n'a obtenu plus de gloire dans ce genre que celui dont nous allons esquisser la vie agitée et aventureuse.

Bekvenuïo Celliki, né à Florence en 1 500, fut tour à tour ou en même temps, suivant son caprice, écrivain, peintre, sculpteur, orfèvre et graveur; toutefois ce sont surtout les ornements pleins de délicatesse dont il enrichit les vases , les aiguières et les armes sorties de son atelier, qui ont établi sa réputation. Il a laissé les mémoires de sa vie , où l'on trouve beaucoup de grâce et de naïveté , mêlées à un excès prodigieux de vanité. Son père, qui était un pauvre musicien attaché à la cour , fut

tellement enchanté de se Toir enfin un fils qu'il souhaitait depuis longtemps, qu'illui donna le nom de Benvenuto, c'est-à-dire le bienvenu; si l'on en croit les mémoires de Cellini, sa naissance et sa jeunesse furent marquées par des prodiges, du genre de ceux que l'on croyait alors devoir toujours accompagner la venue des hommes prédestinés.

On voulut d'abord lui faire étudier la musique, mais le jeune artiste, qui montrait déjà l'esprit ardent et la volonté opiniâtre qui le caractérisèrent durant toute sa vie , manifesta une répugnance invincible pour cet art; plus lard, cependant, par un de ces retours capricieux auxquels il était sujet, il revint tellement sur cette première impression , qu'il quittait les travaux les plius urgents pour passer des journées entières à jouer de la flûte. Quoi qu'il en soit, les premières leçons que lui donna son père lui parurent tellement insupportables , qu'il abandonna sa famille et s'enfuit à Pise , où il fut admis chez un orfèvre qui ne tarda pas à reconnaître les dispositions étonnantes de son apprenti-

Devenu l'un des plus habiles ciseleurs de son siècle, Benvenuto revint à Florence, puis se rendit à Rome , où il se vit bientôt à la mode ; le pape lui-même ne crut pas pouvoir confier à des mains plus habiles la direction de sa monnaie et l'exécution de nombreuses médailles.

C'est à cette époque de la vie du célèbre artiste que se rapportent de nombreuses aventures qu'il n'entre pas dans notre plan de raconter ici^ plein d'énergie, indépendant et fantasque, Benvenuto s'abandonnait sans retenue à toutes ses passions ; il se riait de tous les pouvoirs , de toutes les convenances sociales , et souvent son poignard se teignait du sang de ceux dont il croyait avoir à se plaindre; il lui arriva même de soutenir un siège dans sa maison contre les gardes envoyés pour le saisir. Après ces traits d'audace qui passeraient aujourd'hui pour des crimes , et qu'il se plaît à représenter dans ses mémoires comme les actes qui lui font le plus d'honneur , Cellini se cachait quelque temps , et enfin son talent lui faisait obtenir grâce pour des méfaits qui d'ailleurs n'étaient que trop ordinaires dans les temps d'agitation où il vi-

vait. Son courage fut un jour employé plus utilement : le pape Clément YII , assiégé par le connétable de Bourbon, confia à Benvenuto la défense du château Saint- Ange, où il s'était réfugié, et l'artiste s'acquitta de cette mission comme s'il eût été élevé au milieu des armes.

Après plusieurs voyages à Naples , à Florence , à Venise et enfin à Paris, où les offres du roi François P'' ne purent le fixer, Benvenuto , de retour à Bome , et toujours mécontent de ses protecteurs, lassa, par ses bizarreries , la patience du pape Paul 111, qui le fit enfermer. La peinture de son désespoir en se voyant privé de sa liberté , et le récit de ses tentatives d'évasion , forment une; des parties les plus intéressantes de ses méraoiires. Il sortit enfin de prison sur les instances de François P"" , qui l'appela auprès de lui et lui donna le château de Nesle pour sa demeure. Benvenuto ne tarda pas à se faire de nombreux ennemis par ses manières hautaines et fantasques ; en 1545 il revint à Florence, où il fondit pour le duc Côme sa fameuse statue de Persée.

La vieillesse de Cellini ne fut pas heureuse :

ses rivaux l'accablèrent de persécutions ; il mourut enfin en 1571, laissant la réputation d'un des artistes les plus éminents de son siècle.

Dans des temps plus rapprochés de nous, l'orfèvrerie se perfectionna en France , et de nos jours elle s'est emparée du premier rang. Au dix-septième siècle, Claude Balliin se fit une grande réputation dans cet art. Né à Paris, en 1615, d'un père orfèvre lui-même, il consacra sa jeunesse à l'étude sérieuse du dessin , et il se plaisait surtout à reproduire les compositions du Poussin. A peine âgé de dix-neuf ans, il fit quatre bassins d'argent , de 60 marcs chacun, où il avait admirablement représenté les quatre âges du monde. Le cardinal de Richelieu, qui ne pouvait se lasser de contempler ces chefsd'œuvre de ciselure , dont il avait fait l'acquisition, lui fit faire quatre vases antiques pour assortir les bassins.

A partir de ce moment , Ballin , prenant cou-

fiance en ses forces , porta son art an plus haut point. 11 fit , d'or émaillé, la première épée et le premier hausse-col que Louis XIV ait portés; le même prince lui commanda le chef de saint Eemy , qu'il donna à l'église de Reims , lors de son sacre; un miroir d'or de quarante marcs pour Anne d'Autriche ; de grands guéridons de huit à neuf pieds de hauteur, pour porter des flambeaux et des girandoles; des tables, des vases, des candélabres, etc. Malheureusement tous ces magnifiques objets furent fondus pour fournir aux dépenses de la guerre qui finit par la paix de Riswick.

Lorsque , après la mort de Warin , Ballin eut la direction du balancier des médailles et des jetons , il montra, dans ces petits ouvrages, le même goût qu'il avait fait paraître dans les grands. 11 mourut, en 1678, à l'âge de soixantetrois ans.

Pierre Germain , qui fut orfèvre du roi à peu près dans le même temps, n'excella pas moins dans le dessin el dans la gravure. Colbert le chargea de ciseler les dessins allégoriqu€s sur les planches d'or qui devaient servir de couverture aux livres contenant le récit des conquêtes du roi. Ce travail précieux fut justement admiré et dignement récompensé. On a encore de lui des médailles et des jetons où il avait représenté les événements les plus remarquables du règne célèbre sous lequel il vivait. On doit déplorer que la plus grande partie des chefs-d'œuYre de cet artiste aient aussi été fondus comme ressource dans des temps calamiteux. Si l'on avait conservé les modèles en cuivre des plus belles pièces, cette collection serait très-précieuse pour les artistes. Cette idée n'a pas échappé à notre célèbre orfèvre Odiot père , qui a déposé au Luxembourg ses modèles, des-

tinés à constater dans tous les temps le goût de l'orfèvrerie sous Napoléon .

Germain, né à Paris en 1647 , mourut en

Les orfèvres modernes dont la France peut se glorifier aujourd'hui soutiennent dignement la réputation que leurs prédécesseurs avaient faite à notre industrie nationale. Parmi les œuvres modernes les plus célèbres , on cite : le berceau du roi de Rome , exécuté en 1811, par Thomire et Odiot , d'après les dessins de Prudhon ; la statue de la Paix, exécutée au marteau par M. Chéret, et que l'on voit aux Tuileries ; la châsse de saint Yincent de Paul , qui décore la chapelle des Pères Lazaristes de Paris, et qui est due à M. Ch. Odiot; une statue de Henri lY enfant , exécutée , par le même , d'après Bosio ; le service de table de l'empereur ottoman , qui a été payé trois cent mille francs à Odiot père ;

enfin un grand nombre de pièces remarquables dues à Fauconnier, Philidor, Faussin , Le Franc , etc.

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