‹ Les artisans et les domestiques d'autrefois: 2e édChapitre 12 sur 35 · LE ROLE ET L'AVENIR DES DOMESTIQUES. Z · texte numérisé non relu

LE ROLE ET L'AVENIR DES DOMESTIQUES. Z

chanoine qui Tont calomniée dans un libelle diffamatoire ^ Les servantes sont très nombreuses dans certaines villes, où elles ne se font pas toujours remarquer par leur modestie et leur bonne tenue. A Lyon, particulièrement, on signale leur effronterie dans le maintien et dans le costume 2. D'ordinaire, plus réservées et généralement pieuses, elles forment dans leur église une confrérie spéciale, qui figure dans les processions et qui a sa fête patronale. On les voit même dans certaines circonstances se livrer à des manifestations quasi politiques. Celles de Troyesfont célébrer en 1687 un service solennel pour le rétablissement de la santé de Louis XIV 3. Lorsqu'en 1762, trente membres du parlement de Besançon furent rappelés de rexil,les servantes de plusieurs paroisses de cette ville firent chanter un Te Deum en leur honneur; les servantes de TégUse Sainte-Madeleine, qui avaient sacrifié une partie de leurs gages dans ce but , envoyèrent pour cette cérémonie des billets d'invitation, au bas desquels on pouvait lire ces vers étonnants :

Ces vierges viennent tard présenter leurs honneurs ;

Ainsi que celles-là dont parle l'Évangile.

Sages sont celles-ci : pour leurs trente seigneurs,

Leurs cœurs, quoique enflammés , seront toujours plei^i d'huile *.

1 Insti-ucHon pour Jeanne Desportes.,, à Toulouse, in-fol. de 10 p.

2 Marlin, Voyages en France, III, 173.

3 Les Fêtes delà paix à Troyes sous Louis XIV, p. 19.

* Lettres d'un négociant de Besançon à un de ses correspondans de Lyon.., Lyon, 1762, p. 72.

Il n'est pas interdit de croire que ces détestables vers aient été composés par une servante. Des laquais, comme Mascarille, se piquaient de littérature. Au temps de M"*deScudéry, des valets se seraient escrimés à rimer dans les antichambres ^ ; ils y occupaient leurs loisirs à lire les romans et les livres nouveaux ^. Au milieu des loisirs de la vie de château, on faisait jouer des rôles aux valets et aux femmes de chambre dans les pastorales et les pièces de circonstance qu'on organisait ; ils récitaient des vers et s'en acquittaient parfois à merveille 3. Des laquais jouaient du violon dans des bals*. Quelques-uns s'instruisaient sérieusement : c'est ainsi que le domestique du père de Lareveillère-Lépeaux apprit le latin, la géométrie et Talgèbre; et comme son maître voulait l'engager à chercher une situation plus en rapport avec les connaissances qu'il avait acquises, il refusa pour ne pas quitter la famille à laquelle il était attaché ^. D'autres arrivaient à savoir assez bien rédiger et mettre l'orthographe pour devenir les secrétaires de

* Louiâ de Loménie^ Beawnarchais et son temps, II, 354. ^ Le bel honneur pour vous, en voyant vos ouvrages

Occuper les loisirs des laquais et des pages. (Boile4u, Satire ix.) 3 M""* de Genlis, Mémoires, I, 62, 865.

* Berlin du Rocheret, Œuvres choisies, p. 100. L'auteur de ce livre, magistrat distingué, raconte l'histoire romanesque, quoique véridique, d'un comte italien , que les circonstances avaient forcé de s'engager comme laquais chez l'intendant de Champagne.

^ Lareveillère-Lépeaux, Mémoires, I, 7 à 9.

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