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LA BOULANGÈRE

Catherine Chenat, femme de Jean Degris, maître boulanger, rue de la Corderie, a des beaux habits et des bijoux que n'a pas la boulangère de la rue de la Petite-Tannerie. Elle pouvait étaler sur elle des ornements de tout genre : une croix et un cœur de cristal, avec un carcan de corail, « un petit chappeau de semences de perles garni de grains jaulnes et marques rouges, » sans compter des croix, des bagues d'argent doré ou d'argent, des crochets et une clercellière d'argent, huit paires de chapelets, l'un de grains de jayet noir, les autres de cristal et « naque de perles. » Tous ces bijoux n'étaient pas réservés pour les jours de fête; il est à supposer que Catherine

Chenat en portait quelques-uns, lorsqu'elle siégeait dans sa boutique, entre ses balances et ses corbeilles pleines de pains.

On aurait pu la voir, le dimanche, avec sa cotte de serge de Beauvais passementée de deux passements de velours noir et doublée de serge bleue, avec son manchon de velours cramoisi à ramages et son chaperon de serge noire à carreaux de velours. C'est alors qu'elle faisait porter à son fils un « ceinturon à enfant couvert de velours rouge, où il y a dix-huit coquilles d'argent, avec des agraphes d'argent. » Ce luxueux ceinturon, destiné sans doute à soutenir des lisières pour faire marcher un enfant de deux ans, ne devait-il pas éblouir les passants et faire l'envie des voisines?

Catherine, qui a quatre enfants, n'a rien épargné pour eux; elle couvre le berceau de l'un d'eux d'un drap vert; elle a deux « biberaux à enfants, » sans doute des biberons; enfin, elle possède une « haulte chaise à mettre enfant à table. »

Ce ménage, qui jouit de quelque superflu, a du reste des goûts relativement artistiques. La chambre de famille est garnie de tableaux, d'images de bois et de plâtre, de gravures. A côté d'une croix de cuivre, on peut remarquer un petit tableau « à huile » peint sur bois, entouré d'un cadre de bois, et sur lequel « est représentée la Vierge tenant son enfant. » Plus loin est un crucifix et un « Christ au jardin d'olives », peint à la destrempe ; cinq autres petits tableaux à l'huile, dont l'un a une chasse pour sujet, enfin « huit images en carton sur taille dousse. » Sans doute sur un dressoir, on peut aussi remarquer quatre plats, deux petits vases et un « chandelier de fayance. »

Quant au mari , son orgueil était à coup sûr dans ses armes : une arquebuse à mèche, un demi-mousquet et deux épées à fourreau de cuir. Avec quelle fierté ne devait-il pas passer, pardessus ses vêtements de couleur sombre, son baudrier de cuir couvert de serge grise passementée, auquel était suspendue une de ses épées! Ainsi équipé, un bourgeois ne pouvait-il pas se croire l'égal d'un noble?

Les tableaux, les faïences indiquent une aisance relative. Le total de l'inventaire du mobilier, qui fut fait à la mort de

Catherine Chenat, s'élève à 739 1. 15 c, somme relativement importante pour les ménages d'artisans de cette époque.

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