‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 16 sur 452 · LX XVIII · texte numérisé non relu

LX XVIII

L’A R T FRANÇAIS

Deux grandes œuvres inaugurent cette période : la coupole du Val de Grèce peinte par Mignard, et la galerie d’Apollon, au Louvre, décorée sous la direction de Le Brun. La fresque de la coupole du Val-de-Grâce, pleine d’ordonnance et d'harmonie, « se compose de quatre rangs de figures , qui s’élèvent en cercle depuis le bas jusqu'au haut de la voûte. Dans la partie supérieure est la Trinité, au-dessus de laquelle s’élève un ciel resplendissant. Au-dessous de la Trinité sont les Puissances célestes. En descendant d’un degré, on voit la Vierge et les saints personnages du Nouveau et de l’Ancien Testament. Enfin, à l’extrémité inferieure est Anne d’Autriche, présentée dans le paradis par sainte Anne et saint Louis, et ces trois figures sont accompagnées d’une foule de personnages appartenant à l’histoire de France, parmi lesquels on distingue Jeanne d’Arc, Charlemagne, etc. 1 »

La galerie d’Apollon est le premier grand ouvrage que Louis XIV ait ordonné. L’ancienne galerie avait été détruite par un incendie, en lfitil ; aussitôt Louis XIV la fit reconstruire et chargea Le Brun d’en diriger toute la décoration. Le plafond de la galerie d’Apollon, est le plus riche et le plus beau de tous ces plafonds qui ont été faits pendant le xvu* siècle ; la royauté , jusqu’alors écrasée par le luxe de la décoration des hôtels particuliers, reprenait sur ce point une éclatante supériorité qu’elle était décidée à maintenir en toutes choses. On ne peut qu’admirer dans ce grand ouvrage la richesse de l’invention , la lieauté de l'exécution et la splendeur de l’ensemble.

Les peintures de la galerie d’Apollon 2 représentent l’histoire d’Apollon : l’Aurore, l’Étoile du matin, Apollon triomphant, le Soir et la Nuit; les Saisons, les Mois, le Triomphe de la Terre, le Triomphe d’Amphitrite s’ajoutent au poème principal; une élégante ornementation sculpturale se mêle partout aux peintures, et des Captifs, les Muses, des Fleuves et des Cariatides en stuc, encadrent de tous côtés les voussures et les cartouches du plafond. Les sculpteurs :

1 Coujin, loc. cit. p. 236-37. « Aujourd’hui, ajoute-t-il, faute de soin et d’un entretien nécessaire, la belle fresque est dégradée et les figures supérieures sont à peine visibles. » — La fresque du Val-dc-Grâce a été gravée par G. Audran. — « Cet éclatant morceau de savante peinture, u comme dit Molière, rappelle sans cesse les Bolonais; mais le goût particulier que l’on retrouve dans toutes les œuvres de Mignard lui maintient un caractère très-français.

* Quelques-unes ont été faites sous Louis XVI.

XVir, XVIII-, XIX- SIÈCLES. lx x i x

Gaspard et Balthazar Marsy, Girardon et Regnauldin ; les peintres d’ornements : Léonard Gontier, Jacques Gervaise , Baptiste Monnoyer et Jean Lemoine, travaillèrent sous la direction de Le Brun.

La galerie d’Apollon resta inachevée lorsque Louis XIV abandonna le Louvre pour Versailles; elle était dans le plus déplorable état, lorsqu’en 1848, la République en ordonna la restauration; M. Félix Duban l’exécuta avec le succès le plus complet; alors M. Eugène Delacroix peignit son beau plafond d’Apollon triomphant '.

C’est à Versailles qu’il faut nous transporter maintenant [mur suivre l’histoire de la grande peinture officielle. Le beau Versailles de Louis XIV est au salon d’Apollon; la décoration du plafond, la disposition des sculptures, l’Apollon de De la Fosse, tout y est excellent et, comme à la galerie d'Apollon, absolument français. Les salons de Mercure, de Mars, de Diane et de Vénus sont dans le même goût et presque aussi beaux.

La grande galerie de Versailles, inférieure à la galerie d’Apollon et aux salons que nous venons de désigner, a un aspect de magnificence et de pompe qui est imposant, toute la décoration en est bien composée, l’ensemble est bien entendu, et cependant on ne peut s'empêcher de dire que ce « fastueux travail » est plus majestueux que beau et qu’il a moins de style que de splendeur 3.

Ces grandes peintures monumentales, la Famille de Darius, les Batailles d’Alexandre et une foule de tableaux, attestent quelle était la fécondité de Le Brun ; cependant ce n’est là qu'une partie de son œuvre. En 1660, la manufacture des Gobelins avait été créée par Colbert , qui en avait nommé Le Brun directeur. Toute une armée d’artistes travaillait aux Gobelins sous ses ordres1 *; la manufacture était chargée de la fabrication des tapisseries et des grandes pièces

1 La galerie d'Apollon a été gravie par Saint-André, en 4-4 plancher ; — par Bérain, Chauveau et Lemoine, en 29 planches, plus 1 1 planches de Bérain. — Le Louvre possède

plusieurs des dessins de Le Brun relatifs à cette galerie. — Voyez Notice hist. et deseript. sur la gai. d'Apollon, par Pb. de Chennevières.

3 La galerie de Versailles a été gravée par plusieurs graveurs d'après les dessins de Massé ;J.-B.), et publiée en 1 vol. gr. in-fol., 1752. L'no des plus belles œuvres de Le Brun, était le grand escalier de Versailles, démoli en 1750; il a été gravé par Etienne Bande!.

3 Voyez Laeordaire , Notice hiator. sur les manufactures impér. de tapisseries des Gobelins, etc., 1853, p. 58 et suiv.

L'A HT FIlANÇAlS.

d'orfèvrerie, de mosaïque, d’ornements sculptés et d’ébènisterie , destinées à l'ameublement des palais royaux. Le brun donnait les dessins pour tous ces travaux.

il me semble en vérité bien inutile de dire que, au moment où nous sommes arrivés, l'art est purement français; nous devons savoir gré à Le brun d’avoir fait triompher dans l’art officiel, et comme conséquence partout ailleurs, le goût français , dont il est un des plus éminents représentants.

Pendant ce temps, le rival de Lebrun, Mignard travaillait )>our le public, décorait l'hcHel d’Épernon et faisait une immense quantité de portraits. Sa réputation impatientait Louis XIV mécontent qu’on osât le préférer à son premier peintre : « Ces Messieurs les Mignards sont difficiles, disait-il , ils n’out d’éloge que pour leur héros ». Cependant le frère du roi, le duc d’Orléans, fit de Mignard son premier peintre; il lui lit peindre à Saint-Cloud, une galerie d’Apollon, le cabinet de Diane, et une Descente de Croix pour la chapelle du château '. Le prince de Condé employait aussi à Chantilly le pinceau de Mignard. Enfin, à la mort de Colbert (1083), Louvois décida Louis XIV â se servir de Mignard, qui peignit en effet la petite galerie de Versailles a et le plafond du cabinet de Monseigneur le Dauphin ’ et remplaça Le brun , mort en 1(190, comme premier peintre ; mais alors il était vieux et ne fit plus de grande peinture. Mignard , formé à l’école du Guide , de l’Albane et des Carraches, est plus italien que Le brun; il a cependant, comme nous le disions précédemment, les qualités les plus françaises, surtout dans ses portraits de femmes4.

En même temps que Lebrun et Mignard vécurent les portraitistes: Claude Lefèvre, François Detroy, Hyacinthe Higaud, Largillière et Vivien le pastelliste; — le peintre de Heurs Monnoyer dit baptiste, et Meusnier, peintre d’architecture, qui ont beaucoup travaillé à Ver-

1 Toute? ces peintures ont été gravées par N. et i.-it. de Poilly.

* En IG84; elle est actuellement détruite ; elle a été gravée par G. Audran ; c'est une des plus belles estampes du maitre. Ces peintures représentaient Apollon distribuant des récompenses aux Sciences et aux Arts, et Minerve couronnant le Génie de la France ; — la Prévoyance et le Secret ; — la Vigilance et Mercure.

* Gelte fresque a été détruite en 1728; elle a été gravée par G. Audran.

4 Qui malheureusement sont restés dans les collections particulières; il est regrettable que le Louvre ne possède pas un seul de ecs portraits qui caractérisent si particulièrement le talent du maitre.

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