‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 2 sur 452 · ESSAI SUR SES ORIGINES · texte numérisé non relu

ESSAI SUR SES ORIGINES

BT SLR SON DÉVELOPPEMENT EN FRANCK

MOYEN ACE

Ce n’est pas un fait nouveau dans les Annales de la France que de trouver de grands artistes naître sur notre sol, puis aller dans les pays étrangers pour y produire quelque œuvre considérable. Il y a dix -huit siècles, Néron ordonnait à un Gaulois, déjà célèbre par le colosse de Mercure qu’il avait exécuté dans sa [«trie, de venir à Rome, où ce sculpteur, appelé Zénodork , fit le colosse du César. Cent ans après la conquête de la Gaule , les descendants des compatriotes du grand Vercingétorix ornaient de leurs œuvres la capitale du vainqueur*.

Plus tard, quand l’architecture romaine, répandue par toute rEurope, se fut partout aussi transformée, sous l’influence du christianisme, en architecture romane , nos arclütectes et nos sculpteurs, principalement ceux de Normandie, allèrent en Angleterre, en Italie et en Espagne et y élevèrent de nombreux édifices. Mais nous ne voulons ici que dire un mot de ce qui touche à la période romane dans l'histoire des arts au moyen âge, parce que l'art de ce moment n'est pas une création française et n’est pas spécial à la France1 * 3.

1 Pline, I. 34, ch. 7. — Tiraboschi, l. 4, p. 259-61 ; cl la noie p. 261-9; éd. de Flo-

rence, 1805, in-8°.

* Bien que le* caractères généraux de l’art roman aient été adopté* dans toute l'Europe occidentale, on doit remarquer que le* grandes province* de France eurent

L’A R T FRANÇAIS

La France se forme alors , et ce n’est que sous le rtsgne de Philippe- Auguste que la nationalité française l’emporte définitivement sur les races du midi et sur les Anglo- Normands. La grande victoire de Bouvines (1214) constitue la France moderne et c'est bien l’épée de Philippe-Auguste qui a tracé la première carte de France. Au triple point de vue du pouvoir, du territoire et de la nationalité, la France n’existe complètement qu'à partir du xm* siècle, et l’époque de la formation politique de la nation française coïncide avec le développement d’une langue, d'une littérature, d'une société et d’un art absolument français , nouveaux dans leurs formes , et n’ayant du passé que la tradition et les racines nécessaires à toute création qui est appelée à vivre.

Aussitôt que la France eut trouvé et manifesté les formes de son développement social , toute l'Europe se prit à l’imiter, à adopter sa littérature , à penser et à parler comme elle , à bâtir comme elle bâtissait; l’Europe encore à moitié barbare se fit française autant qu’elle le put. A l’exception de quelques moments pendant lesquels

chacune une école se distinguant par quelques caractères spéciaux. Le style roman du midi, celui du Périgord, qui est tout byzantin, celui de l'Auvergne, de la Normandie, et de la France du nord, forment autant de styles particuliers.

Les monuments romans sont très-nombreux en France ; les plus célèbres sont : les cryptes et les parties inférieures de 1a cathédrale de Chartres; les portails de Saint— Trophime d’Arles et de Notre-Dame de Poitiers; les églises Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Gilles, Saint-Etienne de Caen, Saint-Etienne de Beauvais, Saint-Paul d'Issoire, la cathédrale du Puy, Saint-Bcnoit-sur-Loire, l’abbaye de Yézelai, la cathédrale de ChAlons-sur-Marnc, Saint-George de Boschenrille, etc.

Pendant que l'architecture romane prenait un grand essor dans la France méridionale, une nouvelle architecture la remplaçait dans la France du nord. Dès la seconde moitié du douzième siècle , on commença & remplacer l’arcade romane en plein cintre par l’arcade gothique ou ogive; puis, peu à peu, on modifia le système entier de l’architecture romane, qui, d'abord conservée en partie et mêlée A l’architecture ogivale, finit par disparaître tout à fait dans la France du Nord, tandis quelle fut conservée au sud de la Loire, où l’art gothique éleva peu de monuments.

Un savant architecte, M. L. Vaudoyer, a dit à ce sujet : « Les deux grandes divisions qu’on a établies en France pour le langage, la langue d’oil et la langue d oc, pourraient presque être admises dans l’architecture du moyen Age : en effet, les pays au midi do la Loire sont ceux dans lesquels domine le style roman; ceux au nord, au contraire, sont ceux dans lesquels le style ogival a atteint son plus grand développement. Il faut donc, d'après cela, reconnaître que les mêmes influences qui avaient maintenu dans la langue romane ou langue d'oc les éléments plus nombreux de l’idiome latin, avaient fait prévaloir et conservei dans l’architecture romane certaines formes de l’architecture antique. » (Comme à la laçade de N.-D. des Doms, à Avignon.)

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la Frauce a subi une influence extérieure, l’influence française s’est exercée sur l’Europe et elle dure encore.

Bien que le génie des populations soit la principale cause de ce fait universel , une autre cause doit être encore signalée , la situation géographique du pays. Les avantages de cette position sont tels que Strabon, il y a 1800 ans, n’hésitait pas à dire que « personne ne pourrait douter en contemplant cette œuvre de la Providence 1 quelle n’ait disposé ainsi ce pays avec intention et non pas au hasard 7 » .

Lorsqu’au un' siècle la littérature et l’art français débordèrent sur l’Europe, il semble en vérité que la France soit trop petite pour contenir toute sa grandeur; et à ce moment la politique française avec saint Louis, avait autant de gloire et d’influence à l’extérieur que nos architectes et nos poètes. Alors aussi des dynasties françaises régnaient sur presque toute l’Europe, en Portugal, en Castille, en Hongrie , en Pologne , à Constantinople , en Morée , à Athènes , en Chypre, en Syrie, à Naples, c’est-à-dire, dans presque tous les États du bassin de la Méditerranée, qui fut vraiment alors un lac français. Ces dynasties répandaient dans leurs royaumes les usages, les arts et la langue de la mère-patrie.

Parmi les causes si diverses qui ont contribué à augmenter l’influence de la France, il faut mentionner la renommée des grandes abbayes et des écoles de Cluny, de Clairvaux, de Prémontré , etc., où les étrangers venaient s’instruire dans les sciences sacrées et puiser le goût de l’art gothique : la célébrité de l’Université de Paris *, école suprême de toute l’Europe , où affluaient de tous les pays des milliers d’étudiants qui remportaient ensuite chez eux la connaissance de notre littérature , de nos poèmes de chevalerie et de notre langue, qu’on appelait au temps de saint Louis la par/eure commune à tous.

1 Epycv "psvvix;,

* Oix enta; i, au.’ taa aiv LUT* Xcyiofaco tivcç.

* Le chevaleresque Jean , roi de Bohème, mort si glorieusement h Créey (1346), avait envoyé à Paris son Gis, Charles, depuis empereur sous le nom de Charles IV, et eel enfant avait été élevé à la cour du roi de France, Charles le Bel, bcau-frére de Jean. En 1347, Charles IV établit l'université de Prague sur le modèle de celle de Paris ; tous lés savants qui en furent les premiers professeurs avaient fait leurs études h Paris. — Schœll, Cours d'hist. des Etats européens, t. VIII, p. 79.

Los universités de Vienne (1365), de Heidelberg (1386) et de Cologne (1389) furent également établies et organisées sur le modèle de l'université de Paris. (Schœll.)

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Le français , la langue d'oil , était en effet , parlé dans toute l’Europe et dans tout l'Orient, où il s’est conservé sous le nom de langue franque1. Au xui* siècle, les seigneurs allemands avaient autour d’eux « gent françoise pour apprendre françois leurs fils et leurs filles2». lirunetto Latini, le maître du Dante, qui avait étudié à Paris, composa en français son «Trésor», espèce d’encyclopédie du xm* siècle , parce que cette langue, disait-il, était plus commune à toutes gens que les autres 5.

Dante pensa d’abord à écrire la Divine Comédie en français, afin qu’elle fût plus universellement connue. 11 avait longtemps résidé à Paris ; il avait lu nos poésies nationales , et s’en était fort inspiré. M. Rathery * , après une patiente comparaison des poèmes de Dante et du Roman de la Rose , de Jean de Meung , établit que le poète florentin a souvent imité et traduit quelquefois les vers du poète français.

« Une longue insouciance pour notre vieille gloire littéraire nous a laissé beaucoup d’erreurs à combattre et de droits à revendiquer. On ne saurait croire avec quelle légèreté des écrivains du dernier siècle et même du nôtre , qui avaient cependant à leur disposition les travaux de Fauchet, de Rarbazan, et les admirables recueils de copies manuscrites formés pendant plus de cinquante ans par la Curne Sainte -Palaye, ont abandonné et trahi la cause de l’originalité nationale dans un genre où il est si rare de créer. Peut-être s’imaginaient-ils avoir tout dit quand ils avaient répété sans examen quelque dicton puéril contre la stérilité française; et ils oubliaient

1 Le français se répandit en Syrie pendant les croisades. Un grand nombre de Syriens apprirent cette langue « parleure plus délitable et plus commune de tos laugaeges». Schœll, ouvrage cité, 1. 111, p. 348.

* Témoin ces vers cités par M. Génin, dans son livre Des variations du langage français :

Tout droit à celui temps que je ci vous devis,

Avoit uoe coustume cas (ou) Tyois pays Allemagne)

Que tons les grant seigneur, les conte et les marquis

Avoient entour en* gent frauçoise tos dis

Pour apprendre françois lenrs filles et leurs fils.

3 Le traducteur italien du Trésor, Buono Giamboni, a supprimé ce passage dans l’espoir d’aueanlir un témoignage qui blessait sa vanité nationale. — Rathery , influence de l'Italie sur les lettres françaises depuis le xme siècle jusqu’au siècle de Louis XIV, i vol. in *8°, 1853.

4 Ouvrage cité, p. 25 à 28.

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que la France avait fourni de sujets d’épopées l’Italie 1 , l'Espagne, l’Allemagne , l’Angleterre, sans compter les versions de nos poèmes dans presque toutes les langues du nord 2 3 et de l’orieat de l’Europe. De prétendus critiques, moins justes en France pour nos poètes qu’on ne l’était hors de France, nous donnaient pour des traducteurs, tandis que c’est nous qui étions traduits ’.

« Cet ingénieux poème de Partonopeus de Blois , où quelques souvenirs de la Psyché d’Apulée sont renouvelés avec grâce, et que l’on ne connaissait que par une mauvaise analyse de la Bibliothèque des romans d’après une rédaction espagnole, était regardé, sur la foi d’une note qu’une main moderne avait jointe au manuscrit de l'Arsenal, comme la traduction d’un roman en vieux langage catalan, publié en 1488 à Tarragone; et les réclamations n’auraient peut-être pas été entendues si, en 1834, Crapelet n’eùt imprimé l’original d’après cette copie française du xn* siècle.

a 11 n’y a pas longtemps qu'on redisait encore, avec Tressai), que le Filocopo de Boccace , ou Florio e Biancafiore, venait d’un ouvrage espagnol , imprimé en 1512 : Flore et Blanche-fleur, ce charmant petit poème que tout le monde peut lire à présent dans l'édition donnée en 1844 à Berlin, est une production française très-ancienne, dont le style a été rajeuni au xm* siècle, que les minnesingers avaient imitée d’après un texte antérieur, et que toutes les nations européennes, même la Grèce, s’étaient empressées de traduire.

b Ce n’est que lorsque nous aurons les diverses rédactions du texte français du roman de Troie, par Benoit de Sainte-Maure, écrit vers le milieu du xu' siècle, et dont nous avons un manuscrit daté de l’an 1264, que nous pourrons savoir avec certitude si c’est à une imagination française , comme un premier coup d’œil nous l’a fait depuis longtemps supposer, que le Filostrato de Boccace ,

1. Boccace étudia fc Paris nos romans, celui de Dolopafhos entre autres. Pendant trois siècles, les chroniques poétiques de la France, les cycles de Charlemagne, de la table ronde, des Amadis, etc., défrayèrent le génie italien. Le Tasse et l'Arioste ont abondamment puisé à nos sources. — Voir Rathery, de la p. 87 à 105.

2. Dès le XIIe siècle nos chansons de gestes, nos poèmes chevaleresques étaient traduits en Norvège cl en Suède. Voir Geffroy , t. IV, p. 185 des Archives des missions scientifiques et littéraires.

3. Voyer le t. XXII de VHistoire littéraire de la France; et Paulin Paris, catalogue des manuscrits français de la Bibliothèque impériale.

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et , d’après lui , Chaurer et son imitateur Shakspeare, ont dû l’épisode de Troitus et Cressida »

Notre vieille poésie nationale , si goûtée des étrangers au treiziéme siècle , continua d’exercer son influence sur les littératures de l’Europe pendant longtemps encore, jusqu’au moment où la France, à la suite de la Pléiade, dédaigna son propre fonds littéraire et rejeta ses traditions ; et, à ce moment-là môme, les grands poètes de l’Italie faisaient avec nos légendes chevaleresques, l’Arioste son Roland furieux , et le Tasse sa Jérusalem délivrée.

La langue et la littérature de la France ne furent pas seules adoptées par les peuples étrangers; il en fut de môme de nos usages, de nos modes. Au milieu du xi* siècle, Sigefroi, abbé de Gœrz, déplorait que la décadence des anciens temps ait fait place à l’usage ignominieux des Français de se faire la barbe et de porter des habits courts. Presque en même temps, Godefroy de Bouillon recommandait aux chevaliers allemands la société des Français pour polir leurs mœurs et adoucir leur rudesse a.

Architecture.

En même temps que la langue, les poésies, les mœurs et les modes môme de la France étaient universellement acceptés, l’architecture française l’était pareillement. Les étrangers qui venaient par milliers à l’Université de Paris puisaient en France le goût de l’architecture française qu’on appelle si improprement gothique. Entre autres faits, il faut parler de ces étudiants suédois qui, en envoyaient en Suède Ëtiknnk Bokneml, tailleur de pierres de Paris, avec dix compagnons, pour aller « faire » la cathédrale d’Upsal et lui fournissaient l’argent nécessaire à son voyage.

Sans vouloir écrire ici l’histoire de l’architecture gothique 3, il est

1 Instructions du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, par J.-V. Leclerc.

1 Feritatem. — Schœll, Cours d’hist. des Etais européens, t. IV, p. 62, 63; d’après Mari. Gerberli hisloria Nigra* Sylvie, p. 343.

* Que la France ail inventé l'ogive ou quelle l'ait empruntée à l'Orient, peu importe. Je ne veux pas discuter ici cette question. L’ogive n’est qu’un détail dans le monument gothique ; et quand nous disons que le système général de l'architecture des cathédrales de Paris et de Chartres est français, personne ne soutiendra que c’est une copie d’un monument arabe.

Les caractères généraux de Part gothique sont : l'emploi de l’arcade en ogive, le

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cependant nécessaire de faire connaître les résnltats des travaux les plus récents sur l’origine de cette architecture. Il est parfaitement certain aujourd’hui que l’architecture gothique a pris naissance en France, dans l’ancienne Neustrie qu’elle y a acquis son développement, et que de la France elle s’est répandue dans les pays voisins3. En effet, l’art gothique procède de l’art roman; or, certains monuments de rile-de-Franec, de la Picardie et de la Champagne, présentent la transition entre les deux styles; on y remarque un mélange , une fusion des deux systèmes , tandis que partout ailleurs, au contraire, il y a une brusque substitution d’un style à l'autre. A coup sûr, il ne faudrait pas d’autres preuves de l’origine française, de la naissance en France de l’architecture gothique ou ogivale; eh bien, ces monuments de transition de la France du nord sont les plus anciens monuments à ogive, ce sont les plus incontestablement déterminés, et leurs dates indiquent qu’ils sont tous antérieurs à tous les autres monuments de style ogival construits dans les autres pays de l’Europe.

Le portail de Saint- Denis est de H 40; celui de Chartres est de 1145; le chœur de Saint-Germain-des-Prés est de 1UÎ3, et celui de N.-D. de Paris, de M82. Hors de France, aux mêmes dates, on chercherait en vain des monuments aussi avancés dans ce style. C’est seulement en France que règne sans partage l’art ogival primitif’, et c’est là qu’ont été construits les plus anciens et les plus beaux monuments gothiques, tels que les cathédrales de Soissons, de Laon,

développement de» façade», de» tours «t des flèche»; l'agrandissement considérable de» proportion» de l’église romane, dont le plan est modifié dans scs détail», mais conservé dans !’en«emble ; une ornementation toute particulière, d’une excessive richesse et d'une grande variété. La légèreté et l’élévation des églises ogivales sont dues a un nouveau système de voûtes, dans la construction desquelles les architectes du treizième siècle ont montré une habileté et une science très-grandes, et à l'invention des contre-forts et des arcs-boutants.

1 lie de France, Picardie, Champagne, Pays Chartrain, Sénonais.

1 Voyez les remarquables articles de H. F. de Verneilh sur cette importante question, dans les Annales archéologiques, l. Il cl 111 ; et ses articles sur la cathédrale de Cologne. Nous avons abondamment puisé dams ces savants mémoires.

* Le style gothique se subdivise en trois styles , qui correspondent à trois époques : le style gothique primitif, ou ogival primitif, ou è lancettes, de 1 140 S 1300; le style gothique rayonnant, de 1300 à 1 100; le style gothique fleuri ou flamboyant, de 1400 a I5,*i0.

Les monuments religieux les plus remarquables de la première époque sont : les cathédrales de Paris, Reims, Chartres, Rouen, Amiens, Bourges, Beauvais, N’oyon,

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de Noyon.de Sens, de Reims. d’Amiens, de l’aris, de Chartres, de Beauvais, etc., modèles du genre, qui ont été imités dans tout le reste de la France et en Europe. Les archéologues et les architectes anglais et allemands les plus instruits reconnaissent franchement que l’architecture gothique est d’origine française Il est actuellement démontré pour tous les esprits au courant de la science archéologique que les monuments gothiques de l’Allemagne, d'ailleurs si peu nombreux, bien loin d’avoir servi de type à ceux de la France , sont d’une époque postérieure à ceux-ci, qu’ils ont été copiés d’après les nôtres, ou bien qu’ils ont été bâtis par des architectes français *.

L’un de nos plus savants archéologues, M. Félix de Verneilh, a mis hors de doute ce point d’histoire fort important, que la cathédrale de Cologne, bien loin d'être le premier monument construit en style gothique, le monument modèle de tous les autres , est au contraire un édifice copié sur N.-D. d’Amiens et sur la Sainte-Chapelle de l’aris. Le dôme de Cologne, en effet, n’a été commencé qu’en 1248, tandis que N.-D. d’Amiens a été construite de 1220 à 1288, et la Sainte -Chapelle de 1245 à 1248; voilà pour les dates. Les deux plans d’Amiens et de Cologne sont si ressemblants qu’on peut les confondre; ils se couvrent l’un l’autre, et lorsque le plau de Cologne s’éloigne par hasard du plan d'Amiens, c’est poursuivre

Soissons, Laon, Sens, la Sainte-Chapelle de Paris, U basilique de Saint-Déni»; c'est la plus belle période de l'art ogival.

Ceux de la seconde époque sont : Saint Ouen de Rouen, Saint-Urbain de Troyes, le portail de l’église de Saint-Antoine (Isère), etc.

Ceux de la troisième époque sont : l’église de Notre-Dame de l’Epine, chef d’œuvre de l’architecture des quatorzième et quinzième siècles; le portail principal de la cathédrale de Rouen; la flèche de la cathédrale de Strasbourg; la nef de la cathédrale de Nantes, etc.

' El même ils l’étudient avec tant de soin et d'intelligence que lorsqu'il y a un concours pour un édifice religieux à construire dans le style français du xiii* siècle , ce sont deux architectes anglais qui obtiennent les deux premier* prix. (Concours de Lille en 1856.)

9 Pendant les premiers siècles du moyen âge les beaux-arts furent exercés presque exclusivement par les moines. La règle de Saint-Benoit en avait autorisé la pratique daos les monastères; aus>i les grandes abbayes fSaint-GalI, le Mont-Cassin, Cluny, Saint- Denis) sont célèbres par le zèle qu'on y déployait pour la culture des arts. Les moines étaient architectes : ils construisirent eux-mêmes un grand nombre d’égiiscs ou dirigèrent les immenses réunions de fidèles qui, travailleurs bénévoles, s'organisaient sou» l’influence de la religion pour élever les édifices religieux ; ils pratiquèrent en grand la peinture des miniature* ; l’ordre de Cluny se livrait surtout à l’ornementation des

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celui de Beauvais, l-e style, les détails, les fenêtres, les contre-forts de Cologne sont empruntés aux cathédrales d’Amiens , de Beauvais et à la Sainte-Chapelle. Les faits sont tellement évidents, que presque tous les archéologues allemands les admettent et rejettent les théories teutoniques de M. S. Boisserée. Si nous n’entrons pas dans plus de détails à ce sujet , c’est que la question est résolue , et que ce serait inutile; nous nous contentons de renvoyer au mémoire de M. de Verneilh '.

11 faut cependant ajouter que, parmi les preuves de l’origine allemande de l’architecture gothique , on a longtemps reproduit celle-ci. Il y avait, soutenaient de profonds érudits allemands, à Notre- Dame -de -l'Épine (en Champagne) une inscription latine ainsi conçue :

Guichart Anlhonis. Col. Sacer. Nor. Actee.

et l’on en tirait la conséquence qu’un prêtre de Cologne, Colonietuit Sacerdos, avait construit cette belle église, et, en outre, que le dême de Cologne était le type du gothique. Il a été démontré depuis , par M. Didron, que l’inscription latine est une inscription en patois champenois ainsi conçue :

Guichart Anthoinc toi catrc nos at tel

manuscrits; ils exécutèrent un grand nombre de peintures murales et firent des vitraui peints, ou du moins ce furent eux qui donnèrent à la peinture sur verre ses premiers développements. Les moines étaient aussi sculpteurs, orfèvres, ciseleurs, fondeurs, musiciens.

On connaît peu de noms de moines artistes : la règle exigeait l'humilité et les auteurs des œuvres d’art ne se faisaient pas connaître. Mais lorsque, au treizième siècle, l’art se sécularisa, il n’en fut plus de même, et les artistes laïcs signèrent le plus souvent leurs ouvrages. Depuis que le Comité des Arts a engagé ses correspondants à rechercher les noms des artistes du moyen Age, on en a découvert et constaté plusieurs milliers. Nous ne pouvons pas redonner ici ce qui est déjà publié de ce catalogue si national, mais nous devons nommer les plus grands et les plus connus parmi les architectes du treiziéme siècle, les mtitres de l'art; ainsi, Robfbt dp Coucy et Jean d'Orrais, architectes de lacathédrale de Reims ; Pu rue de Monterpau, architecte de la Sainte-Chapelle de Paris; Hcgffs Libergier , architecte de Saint Nicaisc de Reims; Robert dp. Ltzarches et Thomas de Cormont. architectes de la cathédrale d'Amiens; Jfan de Chfilfs, architecte et sculpteur du portail méridional de Notre-Dame de Paris; Jean Langlois, architecte de Saint-Urbain de Troyes; Enguerrand le Riche, architecte de la cathédrale de Beauvais.

* Dans le t. VII des Annales archéologiques. — Voyez aussi, dans ce même volume, p. 172, un article de M. de Roisin.

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