XII . L’ART FRANÇAIS
et s’applique aux quatre piliers du rond-point de l’église que ce maçon champenois réédifia tous les quatre au xv' siècle.
L’Allemagne, qui a prétendu un moment avoir inventé le style ogival, n'a que huit monuments gothiques, tous d’une époque postérieure aux premiers monuments français de ce style. L’église de Wimpfcn en Val, bâtie de 1203 à 1278, est due à un architecte français , auquel le doyen de cette collégiale avait recommandé de la construire en ouvrage français (opéré francigeno). Mathieu d’Arras commença en 1313 la cathédrale de Prague qui fut achevée par un autre français Pierre de Houlogsr, en 1386. Les deux tours occidentales de la cathédrale de Bamberg, qui sont du second tiers du xiu* siècle, sont évidemment copiées sur celles de N.-D. de Laon, dont la date est la fin du xu” siècle. La ressemblance est frappante ; c’est le même style, ce sont les mêmes étages et les mêmes contre-forts
Les savants anglais les plus estimables reconnaissent eux -mêmes, disions -nous , que leur pays dort l’architecture gothique, à la France a.
1 Je doucette importante communication à mon ami M. Didron.
1 Depuis le vit* siècle l’Angleterre sc servait de nos ouvriers; l’histoire de saint Benoit, abbé de Wirmouth et de Jarrow, dans le diocèse de Durham, écrite par BéJe le Vénérable, nous apprend les faits suivants. Saint Benoit, qui d’abord avait été moine à l’abbaye de Lérins, fit construire l'abbaye de Wirmouth. Il vint lui-méme, en 675, chercher eu Gaule des maçons pour lui élever une église de pierre, à la manière des Romains. Quand l'édifice fut à peu près terminé, il fit venir des vitriers, ouvriers inconnus jusqu’alors en Angleterre ; ils mirent des vitres aux fenêtres et apprirent aux Anglais à faire des lampes et des vases en verre de toute nature.
« Nee plusquam unius anni spatio post fundatum Monaslerium interjecto, Benedictus Oceano transmisso Gallias petons , cæmentarios qui Iapideam sibi Eci lesiam juxta Romanorum quem semper amabat morcm faccrent, postulavit, accepit, attulit. Et tantum in operando studii præ amore Beati Pétri in cujus honorcm facicbat exhibuit, ut intra unius anni circulum et quo fundamenla sunt jacla, culmiuibus superpositis, missarum inibi solemnia celebrari videres. Proximante autem ad perfectum opéré, misit legatarios Galliam, qui vitri faclores, artifices videlicet Briltaniis eatenus incognitos, ad cancellandas Ecclesiæ porticuum que et cvnaculorum ejus fenestras sdducerent. Factum que est, et venerunt : nec solum opus postulatum complevcrunt, sed et Anglorum ex co gentem hujusmodi artificium nosse ac discere feceront : artificium nimirum vol lampadi* Ecclesia* claustris vel vasorum mullifariis usibus non ignobiliter aptum. Sed et cuncla qua» ad Allaris et Ecclesia? ministerium competebant, vasa sancta, vcl vestimenla, quia domi invenire non poluit, de transmarinis regionibus advecUre religiosus emptor curabat.
k El ut ea quoque qua? nec in Gallia quidem reperiri valebant, Romanis e finibus Ecclesia* suæ provisor impiger oruamenta vel munimenla conferrct : quarla illo, post composilum juxta regulam Monastcrium professione compléta, multipliciore quam prius spiritualium mercium fornore cumulatus rediit. »
Bædæ hisloria abbatum LTiremutbensium et Gyruucnsium, p. 295. — Dans : historiæ
MOYEN AGE
En effet , le premier édifice de style ogival élevé en Angleterre est la cathédrale de Cantorbéry (1 -1 74), et c’est un architecte français, célèbre par ses travaux antérieurs, Guillaume de Sens qui, après avoir été choisi au concours, a construit le chœur de cette église, absolument semblable par son plan , son style et son ornementation aux églises gothiques de l’ile de France
Le plus ancien monument construit dans le style appelé par les Anglais Early English, la cathédrale de Lincoln, est encore l’œuvre d’un architecte français1. Cette église, rebâtie de H93 à 1200 par les soins de l’évêque saint Hugues de Bourgogne, a été construite par un architecte de Blois, sur le modèle de Saint -Nicolas de Blois, incontestablement commencé en 1 1 38.
Ces églises, bâties par nos «maçons» ont servi de modèles aux architectes anglais pour le plan, le style et l'ornementation des édifices qu’ils ont élevés plus tard , parmi lesquels l'abbaye de Westminster ( 1264) a un aspect plus français encore qu’aucune autre I.
eccles. gentis anglorum libri quinque, auct. S. et Ven. Bæda.... Ed. de Jean Smith, CanUbrigiæ, 1722, in-folio.
1 Bulletin monumental , t. XV, p. 303.
7 Voyez Parker y introduction to the study of gothic architecture; Oxford et London, 1849, in- 12, p. 101 et 211.
3 Wetminster a inspiré à Walpoie un curieux parallèle de l'architecture gothique arec «« l’architecture régulière ».
« C’est une question, dit Walpoie, qui n’est pas encore bien décidée de sçavoir si la noble ordonnance du plus magnifique temple de la Grèce serait capable de produire sur l’Ame la moitié de l’impression qu’y pourraient faire les beautés d’une superbe église dans le goût gothique?... En entrant dans l’église de Saint-Pierre on est émerveiné de la grandeur de la dépense et l’on se dit àsoi-méme qu’elle n’a pu être faite que par des princes puissans. En visitant celle de l'abbaye de Westminster, on n’est nullement occupé de celui qui l’a fait bâtir ; la sainteté du lieu fait seule impression, et quoiqu'on n’y raye plus ni autels ni reliquaires, un catholique romain y trouverait plustost un motif de conversion que dans tout cet appareil fastueux de dûmes réguliers qu'on voit à Home. Les églises gothiques sont faites pour inspirer la piété, les autres provoquent seulement l'admiration. Les Papes ont amassé leurs richesses dans les grandes églises gothiques et les étalent dans des temples à la grecque.
a Je n’eus certainement jamais dessein , en mettant ainsi les deux manières en opposition, de faire aucune comparaison des beautés raisonnées de l’architecture régulière avec les licences effrénées de celle qu’on appelle gothique. Je crois néanmoins m'apercevoir que ceux qui ont bâti dans ce dernier goût étoient plus versés dans la connoisaance de leur art, qu’ils avoient un génie plus étendu, plus de discernement et qu’ils sçavoient mieux garder les convenances qne nous ne voulons l’imaginer... » — Walpoie , traduction mss. par Mariette; Bibl. impér. MSS. S. F. 184G, 3 vol. in- 4°. T. I, p. 12G.