SCULPTURE
I” Henri IV. Richelieu. Mazarin.
Pendant le règne de Henri IV, l’école de sculpture de la Renaissance se continua en s’affaiblissant et en se faisant de plus en plus italienne avec B. Prieur et Biard; Jacquet restait seul dans la voie française. Pendant ce temps, Jean de Bologne, Pierre de Francheville, Nicolas Cordier, Nicolas d’Arras, Guillaume Berthelot, travaillaient en Italie, à Florence ou à Rome, mais en acceptant le style italien , et par conséquent n’exerçaient aucune influence française. Codoré, le célèbre graveur en pierres fines, fit alors le portrait de la reine d’Angleterre Ivlisabeth, et Guillaume Dupré, sculpteur et graveur en médailles, exécuta la statue équestre de Victor-Amédée 1", à Turin.
Sous Louis XIII, Simon Guillain, chef d’une nombreuse école, Jacques Sarazin et les deux Anguier' furent les principaux sculpteurs. Sans atteindre à la hauteur où arrivèrent les peintres, ils ont produit néanmoins de belles œuvres, entièrement dans la tradition française qui a repris le dessus dans la sculpture comme dans la peinture.
Sarazin et Michel Anguier travaillèrent beaucoup à Rome : a Les plus beaux morceaux de sculpture qui se trouvent à Rome , écrit
i Presque toutes les œuvres de ccs maîtres sont détruites ou dispersées; le Louvre en possède quelques-unes. Sararin est l'auteur des cariatides qui décorent le pavillon central du Louvre. On voit de lui, au Jardin des Plantes de Paris, le groupe des deux enfants & la chèvre ; ce chef-d’œuvre vient de Marly. — Voyez sur ces artistes les Mémoires sur la vie et les ouvrages des principaux membre» de l'Académie, 2 vol. in-8°.
L’ART FRANÇAIS
I Jandré-Bardon , sont de Sarazin. » Claude Perrault fit diverses sculptures à Venise. Hubert Le Sueur fut le statuaire le plus important de l’Angleterre avant Ftoubillac. Jean l’ariso, célèbre graveur de médailles , fut appelé en Suède par Christine. En même temps que la sculpture redevenait originale en France, l’école acquérait de l’importance au dehors.
2° Louis XIV.
Asservis à Le Brun , les nombreux sculpteurs 1 du règne de Louis XIV ne furent que des praticiens aux ordres du premier peintre tout-puissant, exécutant sur ses dessins toute la sculpture décorative des palais et des jardins que le roi faisait bâtir. La plupart de ces artistes, hommes de talent, produisirent, sous la forte direction de Le Brun , un ensemble d’œuvres en harmonie parfaite avec le style de l’architecture et de la peinture. A côté d’eux se place l’orfévre liallin , auteur principal de toutes ces grandes pièces d’orfèvrerie qui servaient d’ameublement à Versailles et tenaient , par la beauté de leurs formes et le fini de l’exécution , une place si importante dans la décoration du palais 2.
Quelques sculpteurs échappèrent à la direction de Le Brun : Puget , Théodon et Legros ; mais les deux derniers furent obligés de s’en aller à Rome; Puget resta fièrement à Marseille. Toutefois, Louis XIV lui commanda, et fit placer dans l’allée royale du parc de Versailles, les groupes de Milon de Crotone et de Persée 3. A côté de ces grands artistes, il faut placer Girardon et Coyzevox. Le mausolée du cardinal de Richelieu , par le premier, les bustes du second,
1 Les plus importants sont Lerambert, les deux Marsy, Tuby, Lehongre, Bernaud in, Van (.lève, Desjardins, Girardon.
* Ce mobilier, le plus somptueux qui ait jamais existé se composait de cabinets, tables, guéridons, coffres, fauteuils, sièges, tabourets, baurcllcs à dossier, balustrades d'alcèves, garnitures de cheminées, bordures de miroirs, torchères, girandoles, bras, chandeliers, nefs, bassiAs, vases, urnes, aiguières, buires, flacons , cuvettes, plateaux, salières, pots à fleurs, caisses d’orangers, cassolettes, brancards, seaux, cages, écritoires, gantières, crachoirs, etc., figurines, bas-reliefs, filigranes d'or, de vermeil et d'argent. Le tout a été fondu en 1689, 1690 et vers 1 700 ; ( voyez dans le journal de Dangeau, l. III, p. 33, les indications contenues dans la note du 3 décembre 1689). Quelques tableaux du Musee de Versailles nous ont conservé le souvenir de ces magnificences; ce* tableaux sont : les Modèles de tapisseries représentant les résidences { ti®* 4585-96), le roi visitant la manufacture des Gobelins (2017), la réparation faite au roi par ramba^udcur d'Espagne (1055).
3 Ils sont actuellement au Musée du Louvre.
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sa statue de la duchesse de Bourgogne en Diane chasseresse, et ses imitations de l’antique, si élégantes, si pures et si françaises1, sont au nombre des principales œuvres de notre école.
o Depuis le renouvellement des arts, on n’a jamais vu en quelque lieu que ce soit le grand nombre de sculpteurs excellents et de bons graveurs en tout genre et en toute espèce qu’on a vus en France sous le règne du feu roi.
« Les Italiens, de qui nous avons appris l’art de la sculpture, sont réduits depuis longtemps à se servir de nos ouvriers. Puget, sculpteur de Marseille, fut choisi préférablement à plusieurs sculpteurs italiens, pour tailler deux des quatre statues dont on voulait orner les niches des pilastres qui portent le dôme de la magnifique église de Sainte-Marie-de-Carignan, à Gènes. Le Saint-Sébastien et le Saint- Alcxandre-Sauli sont de lui. Je ne veux point faire tort à la réputation de Domenico Guidi qui fit le Saint-Jean, ni à l’ouvrier qui fit le Saint-Barthélemy; niais les Génois regrettent aujourd’hui que Puget n’ait pas fait les quatre statues. Quand les Jésuites de Home tirent élever, il y a quarante-cinq ans, l’autel de Saint-Ignace dans l’église du Jésus, ils mirent au concours deux groupes de cinq figures de marbre blanc, qui dévoient être placés aux côtés de ce superbe monument. Les plus habiles sculpteurs qui fussent en Italie, présentèrent chacun son modèle, et ces modèles ayant été exposés, il fut décidé sur la voix publique, que celui de Théodon, alors sculpteur de la fabrique de Saint-Pierre, et celui de Le Gros5, tous deux françois, éloient les meilleurs. Ils firent les deux groupes qui sont cités aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre de la Rome moderne- La balustrade de bronze qui renferme cet autel, laquelle est composite d’anges qui se jouent dans des ceps de vigne mêlés d’épis de blé, est encore l’ouvrage d’un sculpteur françois :l. »
De tous côtés, en Europe, on trouve à cette époque des sculpteurs français. En même temps que Puget travaillait à Gênes, on y rencontre La Mer, Onorato ou Honoré, Lacroix, Claude David. Même remarque pour Rome ; avec Legros et Théodon , Jean Champagne,
1 La Vénus accroupie ; au perron du parterre du nord, à Versailles.
* « Le fameux Le Gros mourut à Home fort jeune et y laissa plusieurs morceaux de sculpture qui vont de pair avec tout ce que les Italiens ont produit de meilleur en ce. genre. » ( Franç. Hlundel , Arch. franç. t. III, p. I l ).
* Réflexions critiques sur la poé.-ie et sur la peinture, par l'abbé Du Dos, secrétaire perpétuel de l’Academie françoise. 1755, in-12. 6e éd., 1. 11, p. 180-1.
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Michel Maille, Étienne Monnot et Villerme, le sculpteur de crucifix. A Cassel, c’est Pierre Monnot qui sculpte les fameux bains de marbre du Landgrave; à lierlin , nous trouvons Hulot et Charpentier; à Dresde, François Coudray et son fils Pierre Coudray; en Angleterre, Le Marchand, célèbre sculpteur en ivoire; en Danemarck, I. amoureux ; en Suède, RenéChauveau , premier sculpteur du roi de Suède, l'orfévre Jean-François Cousine! ; en Russie, Nicolas Pinault1, etc.
Boulle (André-Charles), architecte, peintre, sculpteur en mosaïque, graveur ordinaire des sceaux royaux, est surtout célèbre comme ébéniste ; il donna à nos meubles de nouvelles formes, les orna de bronzes élégants et de riches mosaïques formées de bois de diverses couleurs, de cuivre et d’ivoire. A une science profonde du dessin, il joignait le plus excellent goût. Boulle travailla pour presque tous les souverains de l’Europe.
Pour finir, citons encore un témoignage du xvui* siècle. Parlant de la basilique de Saint-Pierre de Rome, l’auteur des Lettres sur la renaissance de l’architecture grecque s’exprime ainsi :
« Quant à la partie de la décoration . il faut s'imaginer que tout ce que la peinture, la sculpture, l'art de jetter en bronze, de revêtir de marbre, peut produire de plus riche et de plus exquis, se trouve rassemblé dans la basilique du Vatican. La France a la gloire d'avoir fourni des artistes dignes d’y partager avec les Italiens l’adiniration des étrangers. Les statues de Le Gros, de Monnot, de Slodtz, se soutiennent vis-à-vis des morceaux de L’Algarde, du Bernin, de Rosconi. Les tableaux du Poussin, de Vivien [sic], de Subleyras, rapprochés de ceux du Dominicain, du Gucrchin, de Lanfranc, fixent encore les yeux et balancent les suffrages des spectateurs 2. »
3° XVIIIe siècle.
Dès les dernières années du règne dp Louis XTV, après la mort de Le Brun, la sculpture se dégagea de la peinture. En arrivant à sa liberté d’action, la sculpture devint originale et toute française avec Goyzevox, Nicolas Couslou et Guillaume Coustou, qui suivirent les traces du premier. La sculpture décrivait les mêmes évolutions que la
1 Pinault ou Pineau, mort en 1754, fut un sculpteur « habile pour l’ornement» D’Argenville (Descr. de Paris) l’appelle le célèbre Pineau.
* Journal de Trévoux, 1760, p. 2980.
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peinture, et dans ce grand travail qui s’accomplissait alors et transformait l’art français, Coyzevox et les Coustou furent les équivalents de Bérain, deWatteau.de Lemoine, de Robert de Cotte et deBoffrand.
Les types les mieux caractérisés de la sculpture de ce temps sont les quatre figures de nymphes, provenant de Marlv, que l’on voit actuellement sur la terrasse du jardin des Tuileries *, et les anges sculptés en bas-relief sur les portes des quatre chapelles du dôme des Invalides J. II n’y a plus rien dans ces statues et dans ces basreliefs qui rappelle ni l’antique, ni l’Italie; c’est un art nouveau, né sur notre sol et sorti de notre génie national. On reprochera plus tard à cette élégante sculpture de tomber dans l’afféterie, mais il faut lui reconnaître alors des qualités éminentes et l’originalité la plus complète.
La sculpture resta dans cette voie jusqu’à la fin du xvui* siècle, conservant une partie des mérites des chefs de l’école, la grâce, l’esprit, l’habileté du ciseau ; mais les mêmes raisons qui amenèrent la décadence de la peinture produisirent aussi la décadence de la sculpture *.
On voit au musée du Louvre quelques échantillons de la statuaire de cette époque dans les morceaux de réception de Thierry (une Léda), de Falconet (une Baigneuse), et de Pigalle (un Mercure attachant ses talonnières). La Léda et la Baigneuse sont de charmantes statuettes de jolies filles parisiennes; quant au Mercure c’est un beau jeune homme également de type français. L’antique n’a plus rien à voir en tout ceci.
Les étrangers furent enthousiastes et avides des œuvres de nos sculpteurs; tous furent employés au dehors, à ce point que la France est le pays le plus pauvre en morceaux de sculpture du xvm* siècle,
* Les deux statues du cété de la rue de Rivoli sont de Coyzevox, les deux autres sont de Coustou.
* Ces anges sont de N. Coustou et de Coyzevox; ils ont été gravés par Cochin, pl. 42 et 83 de l’ouvrage de l’abbé Pérau.
* Parmi les causes de la décadence de la sculpture sous Louis XV, le rapport sur l'état des Beaux-Arts, présenté par la quatrième classe de l’Institut h l’empereur Napoléon Ipr, signale surtout : l’ignorance des artistes, la négligence absolue qu’ils mettaient à cultiver leur esprit. Tous demandaient à Cochin des dessins pour les grands monuments dont ils étaient chargés ( mausolées, statues équestres), et qu'ils étaient incapables de composer. Le dessin original du mausolée du maréchal de Saxe, par Pigalle, a été fait par l’abbé Gougenot et arrangé par Cochin; le tombeau du Dauphin 4 Sens, par Coustou, a été fait aussi d’apfés un dessin de Cochin ( p. 123, 127).
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et qu'il est impossible d’y juger aujourd'hui les sculpteurs du temps’. L’électeur de Bavière avait appelé Ch.-Cl. Dubut. Le premier sculpteur de Frédéric le Grand était Adam, le cadet; Pigalle, Bouchardon, Guillaume 11 Coustoit, Lemoyne, Vassé, travaillaient à Paris pour Sans-Souci. Ch.-Fr. Hutin était premier sculpteur de l’électeur de Saxe. En Angleterre, l’illustre Roubillac exécutait de nombreux et beaux travaux et réformait la sculpture anglaise qui en était encore aux types et aux procédés du Moyen Age. Saly était premier sculpteur du roi de Ltanemarck. Philippe V, roi d’Espagne, appelait Frémin, Thierry, Bousseau, les deuxDumandré (Hubert et Antoine), Michel Robert, Pierre Pitué et Verdiguier, pour peupler ses jardins de Saint-Ildefonse de groupes et de statues qui lui rappellassent Versailles. A Parme, nous rencontrons J. -B. Boudard ; à Rome, Edme Bouchardon 3 ; avec lui , L.-S. Adam , Michel-Ange Slodtz; à Turin , Ladatte. En Russie, Falconct et mademoiselle Collot étaient chargés par Catherine II d’élever le monument de Pierre le Grand; Gillet travaillait à Moscou; L.-CI. Vassé à Saint-Pétersbourg; Fr.-Guill. Dubut à Saint-Pétersbourg et à Varsovie; Vernier, graveur en pierres fines, à Saint-Pétersbourg. Nous retrouvons mademoiselle Collot , devenue madame Falconet, sculptant en Hollande. J. -Pli. Bouchardon travaillait en Suède, en même temps que Larchevéque, chef d’une importante école à Stockholm, d’où est sorti Sergell.
Les orfèvres, qui ne sont en réalité que des sculpteurs en métaux précieux, étaient aussi célèbres que nos autres artistes, soit par le bon goût de leurs œuvres, soit par les importants perfectionnements apportés à la partie matérielle de leur art. Claude Ballin II , orfèvre de Louis XV, a surtout travaillé pour l’étranger : les cours de Portugal , d’Espagne , d’Italie, de Saxe, de Bavière, de Russie, le prince Eugène il Vienne, le Grand Turc lui-même, possédaient des œuvres importantes de Ballin. Toutes les tables des souverains de l’Europe « étaient ornées des chefs-d’œuvre » de Pierre Germain et de Thomas Germain. En parlant de ce dernier, l’abbé Lambert dit : « Il n’y eut
1 l*ne grande partie de leurs œuvres principales, statues équestres, etc., a été détruite pendant la Révolution. Voyez Patte , Monuments élevés à la gloire de Louis XV, 1 vol. in-folio.
* L'écorché de Bouchardon eut un grand succès; partout il servait à renseignement du dessin. En 17G6, NV allé l'envoie A M. OEser, directeur de l'académie de peinture à Leipzig. Il a fallu l’écorché de lioudou pour détrôner celui de Bouchardon.
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aucune cour de l’Europe qui ne recherchât avec avidité les ouvrages de cet incomparable artiste. »
La serrurerie avait autant de réputation que l’orfèvrerie. Destriches, de Paris, sous Louis XV, exécutait pour le Portugal des grilles dont les contemporains vantent l’élégance.
L’art du fondeur avait reçu de tels perfectionnements par les soins de Gor, commissaire des fontes de l’Arsenal, qu’on imita partout ses procédés, et qu’on l’appela à Copenhague pour couler la statue de Frédéric V, modelée parSaly '.
A” La Réaction.
La réaction se fit dans la sculpture en même temps que dans la peinture et pour les mêmes raisons; l’équivalent de Vien se trouve dansBouchardon. CaylusetGrimm se tenaient pour salisfaits du style plus sévère de leur sculpteur favori , et nul ne pensait alors que la statuaire française arriverait bientôt à n’être qu’une plate imitation de la sculpture grecque. Il est vrai que Bouchardon ne faisait pas plus pressentir Chaudet que Vien ne préparait à David, et Gabriel à Percier.
Notre école alors faisait un bon usage de l’antique; elle s’en servait avec mesure pour anoblir et élever le goût, mais elle ne renonçait ni à la nature ni au goût français pour adopter sine prétendue nature idéale et ce goût pseudo-antique qui est si détestable. Les sculpteurs de la réaction modérée, Bouchardon, l’igalle, Allegrain , Calliéri , Clodion, Pajou, Houdon et le médailleur Duvivier, suivaient la manière française de Coustou et deCoyzevox, mais étaient plus forts et plus purs que les successeurs de ces deux grands artistes. Les bustes de Calliéri, si pleins de naturel et de vie J, la Baigneuse d’Allégrain, les sujets gracieux deClodion, la Psyché de Pajou, son admirable buste delà Dubarry , les médailles de Duvivier, tous les ouvrages de Houdon, le plus original et le plus vigoureux talent de l’époque, avaient relevé l’école.
Julien poussa la réaction plus loin; la statue de lu Jeune Fille à la
* L'espace nous manque pour parler de la sculpture d’ornements qui tient une qrande place au xvu I* siècle; il faut au moins rappeler les noms de Nicolas Pinault, de Jules Dugoulon , de Robillon et de François Romié, les plus célèbres.
* A propos du buste du médecin Borie, Diderot écrivait qu'il était « ressemblant à faire mourir de peur uu malade. »
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chèvre est de notre meilleur style français ; mais la tête est tout à fait copiée ou imitée de l'antique. La date explique cette nouveauté; la statue de Julien est de 1787, c’est-à-dire de l’année du Socrate de David. Nous ne sommes encore qu’à la seconde manière de David; quand le peintre arrive à sa troisième manière, Julien fait alors la statue de Ganymède, ouvrage raide et froid, imitation complète de la statuaire antique, et Cartellier, Bosio et Chaude! paraissent.
Pendant cette période, nos sculpteurs, moins nombreux que dans la période précédente , sont aussi beaucoup moins employés à l’étranger. Cependant lloudon tit à Home une célèbre statue de Saint- Bruno; pour les États-Unis il exécuta la statue de Washington. Roland travailla pour le prince de Salm-Kibourg. On trouve à Gènes, Philippe de Beauvais; à Parme, Edmond Petitot, Laurent Guyard et Julien dit de Parme; en Saxe, Acier, sculpteur à la manufacture de porcelaine; en Pologne, André Le Brun.
5» Chaudet et l'école moderne.
La sculpture avait été entraînée par le mouvement de l’opinion à imiter l’antique autant que la violence de la mode l’exigeait. S’il est impossible de faire un tableau absolument grec, rien n’enipéehe le sculpteur de faire une œuvre complètement imitée des statuaires anciens ; il lui suflit de prendre un personnage mythologique ou historique et de lui donner les formes dont il a mille modèles sous les yeux. C’est à quoi la Réaction aboutit. Nos sculpteurs ne produisirent plus autre chose que des statues prétendues grecques; sous prétexte de sévérité, de grand style, la sculpture n’enfanta que des œuvres d’une raideur et d’une sécheresse désespérantes, sans originalité, sans goût, sans style. De même que les peintres, les sculpteurs abusèrent du nu et des attitudes théâtrales et copièrent l’antique sans le comprendre; quand ils eurent à traiter des sujets modernes ou des personnages contemporains, ils les transformèrent à l’antique. On peut citer parmi les plus ridicules exemples, la statue du général Dugommier1 par Chaudet et celle du général Leclerc par Dupaty*. Dugommier est revêtu d’un manteau drapé à l’antique qui ne laisse voir de son uniforme que les bottés à éperons et le
1 N° 1563 du Musée de Versailles.
* N° 1578 du Musée de Versailles.
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collet de l'habit ; sa tête est couverte d’uu casque grec ; il porte la barbe tout entière ; c’est une tête absolument calquée sur celle d’un guerrier grec ; on croit être devant un soldat Spartiate , mais les bottes à éperons et une bombe qui est aux pieds de la statue rappellent qu’il est question d’un général moderne. Il est impossible d’imaginer un pareil contre-sens. Quant au général Leclerc, Dupaty l’a représenté absolument nu.
Chaudet fut cependant le plus habile sculpteur de l’époque; malheureusement pour lui, la plupart de ses œuvres capitales sont détruites. Quant à Moitte, Gois, Bridan, Bosio, Roland, Cartellier, Lemot, Dupaty, etc., ils forment la plus déplorable école de sculpture que nous ayons jamais eue '.
Aussi nous n'avons pas à citer pour toute cette période, un seul nom de sculpteur à l'étranger. C’est en raison directe du caractère français de notre école que ses artistes sont employés et ont de l'influence en Europe. L’Europe ne les appelle et ne les occupe qu'à la condition qu'ils lui apportent des idées et des formes françaises.
Une réaction énergique a été faite, sous la Restauration, contre cette sculpture pseudo-antique, par Cortot d'abord, puis par David d’Angers, le grand sculpteur moderne, l’auteur du Philopémen, par Pradier, charmant sculpteur de genre, par Rude et M. Barye. Les dignes élèves de ces grands maîtres, MM. Bonassicux, Cavelier, Diebolt, Guillaume, Oliva, ont soutenu victorieusement l’honneur de l’école dans le concours de l'exposition universelle; ils lui ont maintenu le premier rang (pie leurs maîtres lui avaient reconquis non seulement dans la statuaire mais encore dans tous les arts qui en dépendent.
I)e notre temps, M. Friederieh a travaillé pour la Prusse et le duché de Bade; M. le comte de Nieuwerkerque, pour la Hollande, où il a fait une des meilleures statues équestres de notre époque, celle de Guillaume le Taciturne ; M"c de Fauveau s’est fixée à Florence; M. I .ciliaire a fait de beaux frontons à l’eglise Saint-lsaac de Saint-Pétersbourg ; M. Rochet a travaillé pour la Savoie et le Brésil; David d'Angers et Pradier pour toute l'Europe.
1 Thomibf. (Pierre-Philippe), habile ciseleur et fabricant de bronzes (né à Paris en 1751, mort en 1843), élève de Pajou , a exécuté pour le roi d’Angleterre, Georges IV, de grands candélabres, et pour le comte A. Demidof, un vase en malachite, une table et un temple (de 6®. 70 de H.), eu bronze doré, enrichi de malachite et de lapis-lazuli.
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