‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 5 sur 452 · XXVIII L’ART FRANÇAIS · texte numérisé non relu

XXVIII L’ART FRANÇAIS

On peignait ainsi des diptyques, des tableaux a volets , des autels domestiques, les images des saints et des grands hommes (Charlemagne), des portraits (portrait1 de Jean le Bon, de 1350, attribué à Jean Coste, peintre du roi Jean), des tableaux religieux; ainsi, en 1395, on fit un tableau représentant la Passion , qui fut placé « ès prisons deJfouen, & faire jurer les prisonniers ».

Dés le im* siècle on trouve à Paris des corporations de peintres J, qui ornent les selles de chevaux, les chandeliers , etc., qui peignent les armoiries sur les écus des chevaliers, décorent de figures d’animaux, de feuillages, d’ornements de toute sorte les parties lisses des meubles sculptés : ces peintures se faisaient quelquefois sur fond d’or.

Au siècle suivant, Charles V, protecteur éclairé des arts, créa la première académie qui ait existé en France : c’est l’académie de peinture, dite de Saint-Luc, qui fut réorganisée en 1391 et dura jusqu’au iviii* siècle.

On connaît très- peu de peintres antérieurs au xive siècle; nous citerons ceux aux noms desquels nous pourrons ajouter l’indication de quelques œuvres , détruites il est vrai , mais qui nous font connaître des détails relatifs à la peinture.

Girar» d’Orlkass ( 1343, 1355) fit plusieurs tableaux pour Charles V, et, bien avant Van-Eyck (1420), exécuta des peintures à l’huile et vernissées au château du Val de Kueii. Jean Coste, peintre du roi Jean, travailla aussi à ce château et y fit de grandes peintures à l’huile et vernissées; en 1356, il fut chargé par le peintre Girard d'Orléans, au nom du duc de Normandie, depuis le roi Charles V, de terminer les peintures et les sculptures peintes du château du Val de Rueil ( Vaudreuil). 11 s'agissait de représenter l’histoire de César, celle de Notre-Dame, l'histoire de sainte Anne, la Passion, la Trinité, une histoire de saint Nicolas, une de saint Louis, et de peindre des Anges et une Annonciation. La grande salle du château, la galerie, la chapelle, le retable de l’autel et l’oratoire devaient être décorés de ces divers sujets. L’œuvre était considérable et le peintre

1341, et en France dès 1356; cependant Yasari en attribue la découverte à Van-Eyck et celte erreur est généralement accréditée. — Voyez les ducs de Bourgogne de M. de la Borde, 2* partie, 1. 1; introd. p. LMV.

1 Ce portrait est actuellement au Louvre, au musée des souverains.

* Voyez le Livre des Métiers , titres 62 et 78.

MOYEN AGE

déjà éminent ; « et toutes ces choses dessus devisées seront fetes de fines couleurs à huile , et les champs de tin or eslcvé (en relief), et les vestements de Nostre-Dame de fin azur, et bien et loialement toutes ces choses vemissiies et assouvies ( terminées) sans aucune deffaute. » Le duc de Normandie allouait 600 moutons d’or ou 15,656 fr. à l'artiste'. Jean de Blois (1368) travailla à l’hôtel de ville de Paris. François d'Orléans (1365 ) fit des peintures murales à l’hôtel Saint-Pol. J. Biterne (1390) peignit deux berceaux pour la « gésine » de madame de Touraine et un cœur pour madame d’Orléans. Court de Laon (1392, 1397), peintre du duc d’Orléans, fit plusieurs tableaux pour la chapelle des Célestins, et peignit les décorations et armoiries pour les obsèques de Henri de Bar. Jean de Saint-Romain , imagier de Charles V, dessina des cartons pour des vitraux, et fit les peintures des chandeliers de « fust » (bois) qui furent mis à Saint-Antoine, o entour le corps » de ce roi ( 1 36t ). Culla ime Lotseau (1393) et Perrenikt (1396) décorèrent de leurs peintures la chapelle des Célestins. Jean de Saint - Clôt, Pétrin de Dijon, La Fontaine, Copin dit Grand-Dent et Court db Laon, en 1397, firent des peintures à la librairie du duc d’Orléans. Jacqi emin Grinconnecr, à qui l’on a attribué à tort l’invention des cartes à jouer , en composa, dit-on, pour l’usage de Charles VI. Gdillacme Josse et Philippe de Foncières travaillèrent aux peintures du Louvre sous Charles VIL Un peintre du xv* siècle, fit pour Saint -Germain -des- Prés un tableau conservé au Louvre (650) et représentant le Christ descendu de la croix. Folquet, célèbre peintre et miniaturiste , travailla ainsi qu’ANDRÉ pour la duchesse d’Orléans. Enfin le roi René peignit des miniatures , des vitraux , des fresques et des tableaux : on conserve de lui un triptyque à Aix, un tableau à l’hôpital de Ville— neuve-lez- Avignon , et, au musée de Cluny (n°722) un tableau peint sur bois et représentant Marie -Madeleine à Marseille; parmi les divers personnages du premier plan , on remarque le roi René et sa femme.

M. Reiset possède un beau tableau, peint à la détrempe, sur fond

1 Cet acte a été publié dans la Bibliothèque de l’école des chartes, 2® série, I, 544, année 1844-45 ; et dans les archives de l’art français, t. 11, p. 340. — Voyez aussi 1. 111, p. 65.

* Le bréviaire de René, orné de vignettes peintes par lui-même, dit-on, est * la bibliothèque de l’Arsenal ( Théol. 139).

L’A K T FRANÇAIS

d’or, et représentant le martyre de saint Denis, de saint Kleuthère et de saint Rustique. A droite , un bourreau décolle saint Denis ; l’un des deux saints est déjà décapité; le troisième attend. Les trois martyrs sont vêtus de riches tuniques d'outremer couvertes de dorures. Au centre est le Christ en croix , d’un beau dessin , avec le Père Éternel et une gloire d’anges. A gauche, le Christ, descendu de la croix , et vêtu d’une superbe tunique d’outremer et dorée, donne la communion à suint Denis dans su prison. Ce tableau, d’une excellente exécution , d’un dessin tout français, rappelle par quelques détails le style de l’école de Giotto 1 ; il provient d’une chapelle des ducs de bourgogne, à Dijon. M. Flechey, architecte de lu ville de Troyes, possède un tableau du même maître qui représente le Christ mort entre saint Jean et la Vierge; deux anges, dans le bas, tiennent une draperie blanche J.

ün ne peut mettre au nombre dus (teintures le grand dessin sur soie lavé de couleur noire, que l’on voit au Louvre, et cependant nous devons le citer ici comme un beau spécimen de l’art français du xiv' siècle. Ce dessin est un parement d’autel donné par le roi Charles V à la cathédrale de Narbonne. Ses divers compartiments représentent de gauche à droite : le jardin des olives, la flagellation, le portement de croix, J.-C. au tombeau, la descente de J.-C. aux enfers, le « noli me langerc » ; au milieu sont les deux tigures du roi et de la reine. Je ne veux appeler l’attention, en parlant de cette œuvre si remarquable, que sur la partie qui représente le Christ au tombeau ; tout le monde y admirera le sentiment de la figure de la Vierge qui se jette sur son fils pour l’embrasser 3.

Peinture sur verre.

Il est impossible aujourd'hui de savoir exactement ce qu’était en France la peinture au moyen fige. 11 parait probable cependant que l’art de peindre sur verre y tenait le premier rang. L’origine de la

1 11 est incontestable que l’école flamande (Van-Eyck) et l’école de Giotto ont eu au iv* siècle une certaine influence sur notre école ou plutôt sur quelques-unes de nos écoles provinciales. Mais on ne peut rien préciser. Le tableau de M. Reiset atteste l'influence de l’école giotlesquc sur une peinture du style français le plus caractérisé.

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