‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 6 sur 452 · II. 0. 282; L · texte numérisé non relu

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s Ce parement d’autel , dessiné par M. Edouard Didron, ra être gravé et publié dans les Annales Archéologiques.

MOYEN AGE

peinture sur verre est assez obscure; la date Hotte entre le ix* et le xi* siècle', et on ne sait pas au juste qui des Français ou des Allemands a eu le mérite de cette invention.

Les plus anciennes verrières encore conservées en France sont celles de l’abside de l'abbaye de Saint-Denis, exécutées à l’époque de l'abbé Suger (xu* siècle) , et sur lesquelles il lit représenter l'histoire de Moïse et la croisade de Louis VII; celles de l’abside de la cathédrale de Bourges, et enfin celles du chœur de Saint-Jean de Lyon.

Ces anciens vitraux et ceux du xm* siècle ne sont que des mosaïques transparentes, à l’aide desquelles on parvenait à obtenir de puissants effets de lumière. Les verriers ne recherchaient alors que ces effets de décor; les figures et les draperies sont largement indiquées; les sujets historiques sont peints dans des médaillons circulaires ou trilobés, et disposés sur un fond de mosaïque; ils sont tirés des légendes des saints et de l’histoire ecclésiastique, ou représentent des évêques et des abbés; ce sont, comme le dit une ancienne inscription, de vrais catéchismes et instructions pour le peuple.

Les plus belles verrières sont celles du xm* siècle; on peut citer comme exemples celles de la cathédrale de Sens, les plus belles comme fabrication ; celles des cathédrales de Bourges, de Chartres, de Tours, de Reims, d’Amiens, de Troyes, de Beauvais; enfin, les roses de Notre-Dame de Paris.

Dès le xiv* siècle la peinture sur verre se modifia2; les verrières cessèrent d’être des mosaïques, et commencèrent à devenir des tableaux. Les morceaux de verre s'agrandirent; les lignes de plomb devinrent plus rares; les grisailles, les tons clairs plus communs, ce qui détruisit l’harmonie, en donnant trop de passage si la lumière ; en un mot , si les verrières gagnèrent sous le rapport du dessin des sujets historiés, elles perdirent l’énergie et la puissance de leurs effets de couleur.

Au xv* siècle ces défauts augmentèrent encore; on eut d'assez beaux tableaux peints sur verre, quelquefois d’après les cartons de maîtres célèbres ; on n’eut plus de verrières. Les vitraux de Saint-

1 Le xi« stfclo partit être la date la plus probable.

* Voyez le Bulletin du Comité, t. I, p. 5G et tuiv.

L’ART FRANÇAIS

Oucn de Rouen sont certainement les plus beaux qui aient été faits pendant ces deux siècles ; les rosaces d’Amiens et de Sens sont plus remarquables par l’éclat et la grande vivacité de leurs couleurs que par l'harmonie des tons.

On représenta aussi à cette époque sur les vitraux un certain nombre de sujets empruntés à notre histoire nationale ; déjà on avait peint à Saint-Denis la croisade de Louis VII; à Saint-Louis de Poissy, sur une verrière du xiv« siècle, on peignit le sacre du saint roi ; à l’hôtel Saint-Paul , à Paris, un célèbre verrier du xv* siècle, Henri Mellein, peignit sur les vitraux les portraits de Jeanne d’Arc et de Jacques Cœur. Malheureusement ces précieux portraits ont été détruits.

Les Portugais et les Espagnols appelèrent nos verriers , alors renommés dans toute l’Europe, pour décorer leurs monuments '. Guillaume de Beaulieu ( 1-448-73) fit les vitraux du monastère de Batailla , magnifique édifice gothique fondé par le roi Jean I" ( mort en I A33), et à la construction duquel nous voyons présider un mattre Huglet ou Huet, qui, d’après son nom, parait être français. Un grand nombre de verrières furent peintes en Espagne , pendant les xv' et xvi' siècles, par nos artistes, dont les principaux sont Pierre, Jacques de Troxes et Junze de Bourgogne, qui avaient été chargés de décorer les cathédrales de Tolède, de Séville, de Léon , de Burgos et de Barcelone i.

Peinture en émail.

L’art de l’émailleur, déjà pratiqué par les Gaulois, si populaire en France au moyen âge, et l’une des gloires artistiques du pays, eut son centre principal à Limoges; d’autres villes, Arras, Montpellier, Paris, eurent aussi des corporations d’orfévres émailleurs, mais moins célèbres que ceux de Limoges.

La tradition fait remonter l’existence des orfèvres émailleurs de Limoges au temps même des Romains. Quelques savants prétendent au contraire que cet art fut apporté dans cette ville, au x“ siècle, par des artistes vénitiens. 11 est difficile de se prononcer sur la question, puisqu’on manque de documents. Ce qui est certain, c’est

1 Raczynski, Dictionnaire et lettres sur les arts en Portugal.

3 Quaterly review, dans la Revue Britannique de novembre 1846.

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que l’on ne peut pas constater par des monuments l’existence de l'émailleric de Limoges avant le xi* siècle. Le premier monument connu est le tombeau de Saint-Front de Périgueux, décoré de plaques émaillées, par GniNAnesncs; or ce mausolée est de 1077.

Dès le xue siècle, les émaux champlevés de Limoges ( optis Lemovilicum) sont nombreux, et des actes authentiques attestent qu’ils sont alors recherchés dans toute l’Europe.

Vers le milieu du xm* siècle un émailleur français est chargé de faire, à Limoges môme, une tombe émaillée pour un évéque de Rochestcr; Jkam de Limoges accompagna son œuvre jusqu’en Angleterre, pour en diriger la pose. Ce monument n’existe plus; mais l’abbatiale de Westminster en conserve un du môme genre, de fabrication française , et qui représente un comte de Pembroeke '.

Nous ne pouvons ici que mentionner les principales applications de l’émail. On émaillait l’orfèvrerie de cuivre de Limoges, l'orfèvrerie d’or et d’argent de Paris et de Montpellier (émaux sur relief). On décorait de peintures émaillées à sujpts historiés on d’ornement, les tombeaux , les devants d’autels, les châsses, les reliquaires, les couvertures de livres, les bâtons cantoraux, les crosses, les croix , les vases et calices, les objets mobiliers, les diptyques, les armes, les bijoux , etc.

Jusqu’à ces derniers temps, les émaux de Limoges, qui font l'ornement de nos musées, étaient tous regardés comme byzantins; ce n’est que depuis quelque1 *; années seulement que l’on a restitué aux émailleurs Limousins leurs œuvres, et à l'école française une de ses plus originales créations 3 .

Personne n’ignore que c’est encore un usage commun en Orient et en Espagne de décorer les maisons et les monuments de revêtements émaillés; en France , cet usage fut moins général, mais cependant on en trouve des exemples. Ces revêtements étaient formés de carreaux en terre cuite vernissés ou émaillés. Mais les carreaux peints

1 L'Univers , numéro du 27 décembre 1843; lettre de M. Albe Way à M . Didron.

* Voyez, le* collections du Louvre et du musee deCluuy. — Pour les livres : L. Dussieui , Recherches sur l'histoire de la peinture sur émail , 1 vol. in-8. — L’abbé Texicr, Essai aur les argentiers et les émailleurs de Limoges, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l’ouest , 1843. — M. Ardant, Sotice historique sur les émaux de Limoges , broeb. in-8; Limoges, 1842. — Labarte, Description de la collection Debruge ; le* procédés techniques y sont surtout traités avec une grande connaissance du sujet. — Comte de La Borde, notice des émaux du Louvre.

L’AB T FIIANÇAIS.

et formant mosaïque étaient surtout employés au pavage des églises, des châteaux et des maisons. Un des exemples les plus curieux de pavés en carreaux émaillés est celui de l’église d’Orbay (Marne), qui est encore en place. Ce pavage, qui est du xiii* siècle, représente des chasses, est orné de dessins d’entrelacs et nous donne, les noms des artistes qui l'ont exécuté; ils s’appelaient Jacquins et Jbban1.

Miniatures.

Les Romains oniaient leurs livres de miniatures ; on en a la preuve par le Virgile et le Térence du Vatican. Le moyen âge, continuant la tradition antique, décora ses manuscrits de miniatures.

Les plus anciennes miniatures conservées en France remontent à l’époque de Charlemagne; on sait qu’Alcuin fit faire un grand nombre de copies d’auteurs anciens, et qu’il établit au palais des Thermes, à Paris, un atelier d’enlumineurs chargés de peindre les vignettes de ces copies. Les Heures de Charlemagne conservées à Saint - Saturnin de Toulouse remontent à celte époque (782). L’Évangéliaire de la Bibliothèque du Louvre et celui de la Bibliothèque d’Abbeville , les Bibles de Charles le Chauve (au Louvre et à Rome) renferment de très- telles peintures.

Après la période carlovingienne , la miniature, comme tous les autres arts , retomba dans la barbarie ; au xn* siècle, elle suivit le progrès général, et se releva. Le nombre des manuscrits, peints du xu* au xv* siècle, est extrêmement considérable; la Bibliothèque impériale en possède à elle seule environ 10,000. En effet, bibles, missels, bréviaires, heures, sacramentaires , livres de liturgie, de morale, d’histoire religieuse et nationale, d’agriculture et de sciences, encyclopédies, romans de chevalerie, fabliaux et poésies, tout était enluminé. Les moines furent d’abord les seuls peintres de miniatures; mais au xiv siècle on trouve un grand nombre d’enlumineurs laïques.

Parmi les plus beaux manuscrits du xm* siècle on peut citer la bible historiée de la Bibliothèque impériale ( n° 6829) et le psautier de la reine Blanche et de saint Louis (au Louvre ; il était autrefois à la Bibliothèque de l’Arsenal ). Les miniatures en sont très-remar-

1 Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. Didron.

MOYEN AGE

quables, surtout les quatre qui représentent la fin du monde; on ne peut qu’admirer la beauté de la composition, la fermeté du dessin et l’expression des figures de ces quatre tableaux Au xjv* siècle, les vignettes, encore peu nombreuses, se firent en grisailles. On exécuta à cette époque, pour Charles V, fondateur de la Bibliothèque du Louvre, un grand nombre de manuscrits, dont la plupart sont très- remarquables; tels sont la Cité de Dieu (de la Bibliothèque du Panthéon ) et le Labour des champs (Bibliothèque de l’Arsenal, 119) , espèce de maison rustique *. Ce fut au xv* siècle , à la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, que la miniature prit tout son essor; les manuscrits de ce temps, faits pour les ducs de Bourgogne, sont, par la richesse des encadrements, le nombre des vignettes, leur éclat , leur beauté, la pureté du dessin, des chefs-d’œuvre que l’on ne se lasse pas d’admirer : nous citerons seulement l’histoire de Renaud de Montauban (à la Bibliothèque de l’Arsenal, n'244), dont les vignettes sont attribuées à Jean de Bruges 1 ; les histoires deTite-Live (Arsenal, n° 102), les Antiquités de Josèphe ( Arsenal), dont on remarque les encadrements, et surtout les Heures latines de Marguerite de Bourgogne (?) (Arsenal, n° 290). N’oublions pas de dire que le missel de Juvénal des Ursins, qui était conservé dans la collection Debruge (n« 046), est l’un des plus beaux manuscrits connus.

De la cour de Bourgogne le goût des miniatures passa à celle de France; Louis XI eut auprès de lui comme enlumineur un des plus grands peintres du xv* siècle, Jean Fooqibt, de l’école de Tours 4. De 1431 à 1437, Jean Fouquet fit, pour une des églises de Rome, le portrait du pape Eugène IV. Ce voyage en Italie a fait supposer qu’il était allé dans ce pays pour y étudier l’art italien; mais la date, antérieure au Pérugin, repousse suffisamment cette hypothèse. Fouquet peignait encore des miniatures en 1472. Brèche, auteur du xvt* siècle 5, parle de lui et de ses deux fils

< IU K) ni gravés dsns le bel ouvrage de MU. A. Martin et Ch. Cahier : Les vitraux peints de Saint-Etienne de Bourges.

1 Pour les manuscrits de la Bibliothèque impériale, voyez l'ouvrage de M. Paulin Péris.

* Le S* volume de cet ouvrage est é la Bibliothèque royale de Munich.

4 Voyez l'ouvrage de M. Paulin Péris, t. Il, p. 265.

‘ Ai titulum p andectarum , de verborum et rerum signiflcalione ; 1596. Lyon. Voyez aussi , sur notre grand artiste, l'ouvrage de M. Auguste de Bastard.

comme d’artistes très-distingués, et on en a la preuve dans celles de leurs oeuvres qui sont parvenues jusqu’à nous 1 et dont nous reparlerons plus loin.

Les miniatures de l’école de Paris étaient si célèbres au xm* siècle, que le Dante, dans son Enfer, adressant la parole à un miniaturiste italien , y fait allusion en disant :

trie

Ch’ allurointro è cliiamata in Pariai.

Les enlumineurs portugais se formèrent à l’école française: ce fait est attesté par de nombreux manuscrits portugais, et a été mis en évidence par M. de Santarem J; c’est une nouvelle preuve de l'influence que l’art français , au moyen âge, exerça en Europe , dans les petites comme dans les grandes choses.

Les miniatures des manuscrits forment de véritables musées; le moyen âge y vit tout entier; on y trouve les documents les plus importants pour l’histoire des sciences, des arts, de l’industrie, des corporations, de la guerre, des armes, des costumes, des cérémonies et des mœurs de toutes les classes de la société de ce temps. Elles fournissent même quelquefois un moyen de rétablir ou de restaurer les monuments; ainsi le manuscrit de Juvénal des Ursins (collection Debruge) fait voir l’intérieur de la Sainte -Chapelle, et a servi à la restauration de cet édifice. Que l’on juge des richesses que renferment les manuscrits à miniatures par les chiffres suivants : les Emblernata biblica (de la Bibliothèque impériale ) contiennent t,908 médaillons et 9,8t0 figures: la Bible historiaus renferme 3,016 tableaux et 13,080 personnages 3.

a Les miniatures françaises du xv' siècle ont un caractère particulier qui les distingue ; dans leurs beautés , leur signification et leur style, elles dépassent les écoles rivales, autant qu’elles ne les atteignent pas dans leurs faiblesses, leurs lacunes et leurs moyens. Les miniaturistes français , conduits par un sentiment plus élevé et un goût plus pur, sont moins versés que les miniaturistes des Pays-Bas dans l'imitation de la nature et de la réalité. Ils rendent l’objet avec

1 Voyez, entr’autres, \v* Antiquités de Joseph? , à la Bibl. impér., et plus loin p. XL1I.

* Mémoires de la Société des Antiquaires de France , nouvelle série, t. II, p. 390.

s Didron, Des manuscrits à miniatures, dans la Revue française, janvier 1839.

MOYEN AGE

moins de force et d’intensité matérielles, mais ils le disposent et le choisissent avec plus de grâce et d'intelligence. Les Flamands ont plus de ressort et de vie, mais leurs intentions sont moindres, leurs allusions plus grossières, leurs formes moins fines, leur choix plus has, leurs ajustements plus lourds, leur ornementation moins ingénieuse et moins noble.

a Les Français, moins savants dans les attaches anatomiques et dans les mouvements de l’armature humaine que les Italiens , les surpassent de beaucoup dans la coloration et la science de l’effet , de la perspective, et dans l’expression des phénomènes, si difficiles à rendre, du monde aérien. Combien, en effet, n’avons -nous pas eu chez nous de paysagistes admirables engagés dans ce grand travail de l’illustration des manuscrits du xve siècle!..

a On ne saurait trop le dire : maintenant qu’on se flatte de revenir contre tant de préjugés, il serait bien désirable que la jeunesse des artistes se prit à étudier ces véritables , ces sincères , ces intimes origines de notre art national. L’originalité après laquelle nous courons à l’cnvi , et que nous demandons follement à toutes les importations du terroir étranger, nous en avons la source chez nous, dans l’héritage mal connu du génie de nos pères.... C’est dans ce vieux fonds national que nous devons chercher, pour les féconder par l’augmentation de nos ressources , l’amélioration de nos procédés , les germes de poésie et les éléments de beauté qui sont particuliers à notre tempérament, à notre esprit, à notre goût.

« Comme il est impossible de ne pas reconnaître que les ouvrages des miniaturistes français au xv' siècle , ont dû refléter les affections, le goût et la science des grandes peintures entreprises chez nous à cette époque , ils acquièrent une grande importance pour l'histoire générale de l’école française. Iis suffiraient à eux seuls pour établir que, dès cette époque, notre école avait déjà atteint à un remarquable état d’avancement et d’études. Dès 1460, en effet, nos peintres pouvaient se porter forts à la fois d’un style original , d’un goût particulier et d’une intelligence profonde des modèles de l’antiquité. Leur inspiration personnelle et leur libre interprétation leur assignent un beau rang dans le magnifique mouvement de l’art qu’on a appelé la Renaissance ’. »

1 Jeanron, Origine et progrès de l’art, broch. in-8, 1849, p. 120.

L'ART FRANÇAIS

Tapisseries.

Les Gaulois excellaient déjà dans l’arl de tisser, de broder les étoffes et de les teindre. Pendant la période gallo-romaine, Arras était renommé pour ses belles étoffes de pourpre et ses tapisseries.

a En 1025, il existait à Poitiers une manufacture célèbre de tapisseries historiées à laquelle les prélats de l'Italie adressaient euxmêmes des demandes. Le tissu de ces tentures offrait des figures d'animaux , des portraits de rois et d’empereurs , des sujets puisés dans les histoires saintes1. » Nos tapisseries françaises d’Arras, de Reims, de Beau\ ais et de Paris furent si recherchées , que les Italiens employèrent dès le xiv* siècle et emploient encore le mot Arrazi pour désigner de belles tapisseries 3.

Saint Louis envoya en cadeau au Khan des Mongols une tente en tapisserie écarlate représentant l'Annonciation. Une partie de la rançon que Jean, duc de Ncvers, paya à Bajazet, en 1396, après la bataille de Nicopolis , était composée de tapisseries d’Arras , représentant l’histoire d’Alexandre.

En 1L15, Jacques de Benoit établissait à Sienne l’art de fabriquer les Arrazi.

Dans tout ce qui nous reste de peintures murales, de tableaux , de miniatures, de verrières et de tapisseries, nous retrouvons comme dans la sculpture et dans l’ornementation un style français très-caractérisé par l’élégance , la clarté et la sagesse de la composition, par la variété et la grâce des ornements, la modération du coloris et la science du dessin.

Musique.

Dès le xnie siècle, un de nos compositeurs de musique, Adam dk la Halle, sc rend à Naples; au siècle suivant, Glillaime dk Machau réside auprès du roi de Bohème , à Prague , pendant trente ans. Le xv* siècle fut l’époque d’une révolution complète dans l’art musical , laquelle s’accomplit dans la Picardie , l’Artois et la Flandre française ; tous les grands compositeurs de ce temps, qui ont commencé à créer l’harmonie , sont nés dans cette partie de la

1 Émertc David, Discour» *ur la peinture.

* Le» tapisseries d’Arras sont en laine, rehaussées d'or, d’argent ou de «oie.

RENAISSANCE

France; aussi les appelle-t-on les maîtres picards. Le plus illustre d'entr’eux est Guillaume Dufay. De la Picardie, le mouvement gagna la Flandre flamande , la Belgique d'aujourd’hui , et y donna naissance à l’école d'Ockeghem.

RENAISSANCE

L'histoire des Beaux-Arts en France pendant l’époque de la Renaissance est encore à écrire , et malgré les documents déjà publiés, surtout par M. le comte L. de La Borde dans son ouvrage sur la renaissance des arts à la cour de France, le jour est loin de se faire dans cette période. Comment en serait -il autrement? Nos artistes d’alors n’ont pas été plus heureux que ceux du Moyen Age; ni les uns ni les autres n’ont eu la fortune d’avoir un biographe tel que Vasari et d’appartenir à une nation qui connût le respect des œuvres d’art. Personne ne s’est occupé d'eux que pour anéantir leurs ouvrages. Monuments, peintures, sculptures, tout a été sans cesse et systématiquement détruit par les révolutions religieuses et politiques, et surtout par les caprices multipliés de la mode 1 . Aussi , dans les meilleurs temps, ces vieux ouvrages ne trouvant chez nous qu’une complète indifférence, l’étranger, l’Angleterre principalement, a recueilli tout ce qui en a survécu, et attribue aujourd’hui nos peintures à des maitres allemands ou flamands. Ce n’est qu’en fouillant dans les papiers les plus poudreux, dans les comptes , les chartes et les quittances les plus oubliés , qu’un petit nombre d’érudits retrouvent ici un nom , là une date ; mais presque toujours , quand on a découvert un nom d’artiste, on ne sait quelles sont ses œuvres, et quand par hasard on possède une œuvre, c’est le nom de l’artiste qui manque.

1 Aui xvii* et ivin» siècles, le» architectes ont détruit, brisé , ravagé, dégradé, tout ce qu’ils ont pu détruire de monuments ou de parties de monuments gothiques; les architectes gréco-romains de ce siècle les ont imités et surpassés ; on dira plus loin quels sont les procédés do destruction inventés par Petit Radel. Voici maintenant les architectes romans et gothiques qui menacent de détruire tout ce qui n’est pas de style gothique ou roman, toujours sous prétexte de restauration. La manie de la destruction serait-elle donc seule indestructible en France ?

L’ART FRANÇAIS

Il y a cinquante ans, à la place des lignes que l'on vient de lire, on aurait été beaucoup plus affirmatif. On aurait dit : Avant le xvi' siècle, il n'y avait pas d’art en France; la France était alors plongée dans la barbarie; au xvi' siècle, les Italiens sont venus chez nous former architectes, peintres et sculpteurs, et toutes ces belles œuvres que nous admirons , sont l’ouvrage de Giocondo, de Serlio, de Paul Ponce Trebatti, de lienvenuto Cellini, d’André del Sarte,du Rosso, du Primatice, et de Nicolo delf Abbate '. Après eux apparaissent enfin leurs élèves, les premiers Français qui méritent le titre d’artistes, Pierre Lescot, Philibert Delorme, huilant, Jean Goujon et Jean Cousin.

Indifférence d'un côté , ignorance d’autre part , affirmations étranges s’établissant sur le tout, telles sont les causes qui en se mêlant ensemble ont transformé l'histoire de la Renaissance en France en un réseau inextricable d’erreurs profondes, de lacunes que l’on ne parviendra peut-être jamais à combler, et de préjugés que l’on ne détruira qu’avec peine.

Essayons, non pas d'écrire cette histoire, une telle entreprise est encore impossible, mais d'exposer d’une manière générale ce que nous croyons être la vérité; essayons de dire ce qu’acté la Renaissance , quelle a été 1a part des Italiens dans ce mouvement et quelle a été aussi celle des Français.

Les évolutions des Beaux-Arts coïncident toujours avec des révolutions plus sérieuses; elles sont contemporaines des grands changements sociaux. Ce qu’on a appelé la Renaissance des arts n’est pas un fait isolé; l'art nouveau apparaît avec l’invention de l’imprimerie et de la gravure, avec la découverte de l'Amérique, avec la réforme de Luther, avec le développement des sciences, du droit et de la philosophie, au moment oit Louis XI détruisait la féodalité, enfin lorsque le moyen âge tout entier s’écroulait dans toute l’Europe.

' Les Italiens, disait-on , avaient tout fait chez nous pendant plus d’un demi-siècle. Giocondo avait bAti Gaillon ; Chambord était l'œuvre de Vignole; Paul Ponce Trebatti avait fait le tombeau de Louis XII, les bas-reliefs du tombeau de François lrr, la statue de l’amiral Chabot. Les portes Saint-Maclou , à Rouen, ce chef-d’œuvre de Jean Goujon, avaient été sculptées par Michel-Ange et apportées à Rouen par le diable. Jean Juste était déclaré Italien, et pendant qu’on était en train de donner à pleines mains à l'Italie, œuvres et hommes, on afGrmait que Jean de I ’itry, qui a sculpté, en 1465, les stalles de l'église de Saint-Pierre, à Saint-Claude en Franche-Comté, était un artiste italien de 1565.

KENAISSANCE. XL

Aussi, au xv* siècle, l’art, qui est toujours l’expression des formes sociales, se transformait partout comme les sociétés elles- mêmes. Un mouvement remarquable s’accomplissait en Flandre, sous la féconde impulsion des ducs de Bourgogne, en Allemagne et en France , aussi bien qu’en Italie et en même temps. On constate dans ces quatre pays, des efforts nationaux et indépendants pour se dégager des formes et des types gothiques et pour atteindre à un idéal nouveau.

Van Eyek, Jean de Bruges, Mabusc et Memling, en Flandre ; — Jean Fouquet, Jean Bourdichon, peintre de Louis XII ', Jean Perreal, Colin d'Amiens s, Simon du Mans, les frères Claux 3 et Michel Colombe, en France4, — Lucas de Kranach Holbein, Martin Schœn, Albert Durer, en Allemagne, — les Bcllin, Masaccio, Mantegna et le Pérugin, en Italie, tous s’efforçaient de frayer des voies nouvelles à la peinture. Ils conservent encore beaucoup de traces du passé, mais ils forment la transition et préparent les grands novateurs. Ces maîtres ont déjà quelques-uns des caractères des artistes du xvi* siècle; ils s’affranchissent autant qu’ils le peuvent de l’obligation d’imiter des types consacrés , et se rapprochent de la nature qu’ils étudient avec soin et dont ils cherchent à reproduire l’infinie variété.

Cette première renaissance se faisait à peu près parallèlement dans les quatre pays que l’on vient de nommer, lorsque Léonard de Vinci , puis Itaphael, Michel- Ange et les maîtres Vénitiens donnèrent à la peinture italienne un éclat si grandiose que les renaissances française, flamande et allemande furent arrêtées et englouties dans le mouvement italien qui déborda sur toute l’Europe. L’art français se fit italien sous l’impulsion des rois et de leurs ministres ; les

1 L’n portrait de saint François de Faute , peint en 1513 par Bourdichon , fut envoyé au pape par François 1er et placé au Vatican : ce portrait a cté gravé par Michel Lasne. Voyez les archives de l’Art français, t. IV, p. 2.

* Voyez sur ces artistes la Renaissance de M. de La Borde.

* Sculpteurs de Dijon ; ce soûl les auteurs du puits de Moïse et des tombeaux des ducs de Bourgogne, à Dijon.

* Tours a été le centre principal de ce mouvement , de cette renaissance française. En effet, Fouquet, Bourdichon, Michel Colombe, Jean Juste étaient de Tours et travaillaient dans cette ville. Mais de toutes les parties les plus inconuues de l'histoire de l’art français, ce qui regarde ces vieilles écoles provinciales cal le plus ignoré, en même temps que ce serait le plus utile à connaître. A cette époque, l’école de Rouen avait aussi une importance de premier ordre.

L’ART FRANÇAIS

résistances dont nous parlerons tout à l’heure furent emportées; au bout d’un demi -siècle, architecture, sculpture et peinture tout était transformé.

Peinture.

En quoi consistait notre école à ce moment, quels étaient les principaux artistes, quelles œuvres produisaient- ils? Déjà nous avons cité quelques noms, sans doute peu connus, mais qu'importe? On sait les raisons de leur obscurité.

Jean Fouquet est un grand maître pour quiconque a vu ce qui reste de lui1. En n’étudiant que les miniatures des Antiquités de Josèphe2, on petit aftirmer que l'Italie, à ce moment, ne faisait rien de plus beau. La science de la composition, l’habileté de l’exécution, la pureté du dessin, la hardiesse des raccourcis, l’expression et le sentiment des têtes, la noblesse des attitudes, la perfection des paysages, la savante et parfaite perspective aérienne du tableau, tout surprend et pénètre d'admiration pour l’illustre artiste qui sait mettre aussi, dans ses peintures, à la place du coloris des autres

1 On connaît de Jean Fouquet : 1° les miniatures du ims. des Antiquités de Josèphe, conservé à la Bibliothèque impériale, n® 6891 . — 2° Quarante-deux miniatures venant sans doute du livre d'heures d'Etienne Chevalier, trésorier de France sous Charles VII; quarante sont cher M. Brenlano, a Francfort. Une appartient à M. Hogers, de Londres (voyez p. 176); une est chez M. Feuillet de Conches; elle représente saint Martin coupant son manteau. — 3° Le volet d'un tableau d'autel sur lequel est peint Etienne Chevalier avec son patron ( Voyez Origine et progrès de l'art par Jeanron, p. 122 ) ; ce volet appartient à M. Brentano. — 4° Un panneau (H. 0, 91 ; L. 0, 81. ) sur lequel est représenté la Vierge et l'eufant Jésus entourés d'anges. N® 106 du musée Van-Ertborn, à Anvers. — 5° A la bibliothèque royale de Munich le mss. n® 38, « Les cas des nobles malheureux de Jean Bocace», contient plusieurs miniatures de Fouquet; la bibliothèque royale de Dresde possède, dans un fragment de ce même ouvrage, quatre miniatures de Fouquet. — Le portrait de Fouquet, peint en émail, peut-être par lui -même, a été publié par MM. Ph. de Chetinevières et Legrip dans les Portraits inédits d'artistes.

* Ces miniatures sont au nombre de onze. La première représente une bataille; je remarque surtout la figure d’un guerrier vêtu d’une espèce de tunique jaune ; le paysage de cette miniature est admirable cl d’une perspective parfaite. La seconde représente la prise de Jéricho; le paysage en est aussi fort remarquable. La troisième représente la mort de Saiil; le Saül étendu mort est d'une expression sublime ainsi que la tète d'un jeune guerrier mourant; l’exécution de l’armure d'or de Saül est à remarquer. La quatrième miniature représente David recevant la couronne de Saül ; le paysage emprunté aux rives de la Loire, est un chef-d’œuvre de beauté, d’exécution et de perspective; la couleur tout entière de ce petit tableau est harmonieuse et diffère absolument du coloris habituel des miniaturistes. La cinquième représente la construction

RENAISSANCE

miniaturistes, la plus harmonieuse couleur. En 1431, Pouquet faisait à Rome même le portrait du pape, et son œuvre était l’objet d’une admiration générale. « En 1445, dit M. de La Borde, avant que le Pérugin et Léonard de Vinci ne fussent venus au monde, Jean Fouquet peignait comme l’Italie ne se doutait pas qu’on pût peindre, et Michel Colombe sculptait comme l'Italie a sculpté cinquante ans plus tard »

Si l’on sait fort peu de chose sur la vie de Michel Colombe, on a le bonheur d’avoir de lui les plus belles sculptures 3. Avec elles et les peintures de Fouquet, on a des échantillons très-caractéristiques de l’état des arts en France à cette époque; et, quand les contemporains mettent Perréal , Bourdichon , Colin d’Amiens, Simon du Mans, sur la même ligne que Fouquet et Colombe, nous savons à peu près ce que pouvait être, le talent de ces artistes, et nous regrettons encore plus vivement que toute la peinture de ce temps , et celle du moyen âge, les peintures murales des églises, celles des chapelles, que tout enfin ait été détruit, anéanti ou couvert de badigeon.

Cependant il importe de le bien établir ici, avec les miniatures, • celles de Jean Fouquet et celles des Heures de la reine Anne *, les

du Temple. La sixième n’est peut-être pas de Fouquet ; elle est inférieure aux autres; elle représente un roi sur son char. La septième est la prise de Jérusalem ; les tètes du roi d'Assyrie et du roi de Juda sont pleines d'expression et de sentiment ; mais les plus beaux détails de cette miniature, sont dans les rangées de cavaliers que l’on voit dans le fond ; ces cavaliers sont de vrais chefs-d’œuvre de poses, d’expression, de couleur et de lumière ; toute la composition de la miniature est remarquable par la netteté, la poésie, la vigueur du dessin. La huitième représente la clémence de Cyrus; les détails d'architecture antique nous montrent comment et combien nos artistes se préoccupaient de l’antiquité, cinquante ans au moins avant la venue des Italiens; à ce point de vue, cette miniature est l’un des plus précieux documents de l’histoire de la renaissance française. Dans la neuvième on voit l’entrée d’Alexandre à Jérusalem. Le sujet de la dixième est encore une bataille. La onzième représente la prise du Temple. La cinquième et la huitième miniature ont été reproduites par M. Auguste de Bastard, dans son ouvrage sur les miniatures.

1 P. 156 de la*Renaissance. — Voyez aussi les Archives de l’art français, t. IV, p. 168. — Les tableaux de Fouquet se répandaient k l’étranger; on trouve la mention d’un tableau de Fouquet peint à l’huile et représentant Notre-Dame, dans la collection de Marguerite, gouvernante des Pays-Bas. (Voir de La Borde, les ducs de Bourgogne p. ilv). — Qui sait si ce tableau n’est pas attribué aujourd’hui à quelque maître flamand?

* Notamment le tombeau du duc de Bretagne, François II, dans la cathédrale de Nantes. — L’histoire de Nantes, par M. Guépin, contient de bonnes gravures de toutes les parties de ce tombeau.

3 Les Heures de la reine Anne sont actuellement au Musée des souverains, au Louvre ;

L’ART FRANÇAIS

tapisseries, les crayons, les verrières des églises, les sculptures' et quelques peintures1, on a des éléments suffisants pour constater qu'au moment de l’invasion du goût italien en France , une école française existait, qu’elle comptait un grand nombre, d’artistes éminents, qu’elle produisait des œuvres de haute valeur, et qu’elle accomplissait un mouvement, une renaissance française si l’on veut, parallèlement à ce qui se faisait en Italie, en Flandre et en Allemagne J.

Tel était donc 1 état des choses quand commencèrent les guerres d'Italie. La vue des jardins, des monuments et des peintures de la péninsule , toute cette nouveauté transporta Charles VIII. Sa correspondance et celle du cardinal hriçonnel, dont quelques fragments

les fleurs peintes sur ce mss. en sont la plus belle décoration; c’est de la plus excellente peinture. Le portrait d’Anne de Bretagne est de la bonne peinture française; la télé de la Vierge, dans l’Annonciation, est un chef-d’œuvre de sentiment et de pureté; l’école de Tours n’a qu’à se glorifier de cette merveille.

1 Je citerai : le tombeau de Louis, duc d’Orléans, et de Valentine de Milan, placé à Saint-Denis; ce mausolée est l’un des chefs-d’œuvre de la sculpture française du xv® siècle; — la pierre tombale d’Antoine Delahaye, mort en 1504, également à Saint-Denis.

* Il existe encore de l’ancienne collection de tableaux du Puy d’Amiens, cinq tableaux dont les dates extrêmes sont 1499.<rt 1525; ils sont à Amiens. Le Louvre conserve le portrait de Guillaume Juvénal des l’rsins, mort en 1472. Le Musée de Cluny renferme aussi deux tableaux représentant la Vierge, et un troisième sur lequel est peint le sacre de Louis XII (1498) ( n°» 723 , 724 , 725). — Voir, p. XA1X, le tableau du martyre de Saint-Denis.

3 cc Lorsque le Primaticc, et avant lui le Rosso, furent appelés par François Ier pour diriger les travaux de 6es maisons royales, il n’existait rien en France qui eût la moindre analogie avec la peinture italienne. Nous avions bien des peiutres, et même des peintres d'un certain talent, mais les uns coloriaieut encore, comme au temps passé, de délicates miniatures, d'autres faisaient quelques portraits d’une exacte et naïve ressemblance, le plus grand nombre peignaient sur verre ou sur émail. La peinture sur verre, cet art qui avait grandi et prospéré sur notre sol, que l'Italie nous avait emprunté plusieurs fois, que jamais elle n'avait réussi à s’approprier, çel art tout national que nos gentilshommes exerça eut sans déroger, le moment approchait où il allait s 'éteindre; mais ses dernières heures devaient être éblouissantes, et nos artistes semblaient tenir à honneur de ne pas l'abandonner.

« Ainsi des miniatures sur vélin, des portraits, des modèles de tapisseries, des émaux, des vitraux, voilà ce qu'on faisait chez nous pendaut qu’en Italie la peinture, après s’étre glorieusement élevée à la plus haute perfection... inclinait déjà vers sa décadence. » ( Vitet % Euslachc Lcsucur).

A la nomenclature de M. Vitet, il faut ajouter quelques tableaux et quelques peintures murales. Dans l'état actuel de nos connaissances, tout ce que dit M. Vitet parait exact ; mais nous n’oserions affirmer que, d’ici à quelques années, l'histoire des origines de la peiuturc en France ne soit à refaire tout entière.

RENAISSANCE

xi,v

ont été publiés dans le tome IV des Archives de l’art français, témoignent d’un enthousiasme extraordinaire. « Vous ne pourriez croire , écrit de Naples Charles VIII, les beaulx jardins que j’ay en ceste ville, car sur ma foy, il semble qu’il n’y faille que Adam et

Êve pour en faire un paradis terrestre tant ils sont beaulx » « La

main de Fouquet ne saurait peindre ces merveilles o , est-il dit ailleurs. Aussi le roi voulant dès lors faire orner à l’italienne son château d’Amboise , où il comptait faire « de merveilleuses entreprises et dépenses», y fit venir, dès 4495, une colonie d’artistes italiens, architectes, peintres et sculpteurs

Puis vint le tour du cardinal d’Amboise et de Louis XII qui appelèrent de nouveaux artistes, André Solario, entre autres. Enfin, François I" fit un troisième et dernier appel à l’Italie.

o La peinture , dit M. Henri Martin a, avait beaucoup il demander à l’Italie, mais avec mesure et discrétion. C’étaient des auxiliaires et des guides , non des maîtres et des conquérants qu’il fallait appeler, et le choix de ces guides était chose grave. » Les premiers qui vinrent en France, Léonard de Vinci et André del Sarte, étaient de bons choix; Léonard surtout, dont les qualités avaient tant de rapports avec celles de notre école. Mais à ces grands artistes succédèrent bientôt maître Roux, « espèce de Michel -Ange avorté » , génie de décadence; Le Primalice , plein de talent et d’élégance 1 * * * 5, mais déjà maniéré; aussi « la peinture fut entraînée et égarée pour longtemps dans la fausse voie de l'imitation des écoles italiennes , dès lors en décadence. »

Écoutons maintenant M. Renouvier : « Les premiers peintres italiens attirés en France par François I", Léonard de Vinci en 4516, Andrea del Sarto vers 4520, n’avaient eu qu’une influence insignifiante; quelque reflet de Léonard peut tout au plus s’apercevoir

1 Archivés de l’art français, t. I, page 04 : Etat des gages des ouvriers italiens cmployas pur Charles VIII. — Voir aussi les Mémoires de Ph. de Comines, éd. Michaud et

Poujoulat, t. IV, p. 236.

* Histoire de France, t. VIII, p. 481.

1 De judicieux critiques regardent l’influence du Primatice et de Nicolo dcll’ Abbate,

comme bien préférable è celle qu'a exercée le Rosso et l'école florentine en général. Tout en me rangeant lrès>volonlicrt à leur avis, il me semble nécessaire de constater que je ne recherche pas ici quelle influence a pu être la meilleure, mais que je déplore au contraire la destruction complète de notre goût national et son absorption dans le goût étranger. Avec M. H. Martin, j’aurais voulu des guides et non des conquérants.

XLVi L'A fi T FRANÇAIS.

dans les crayons de Clouet. Les dessinateurs français travaillaient sur leur fonds , quelque pauvre qu’il fût , ou faisaient aux écoles étrangères des emprunts accidentels, qui changeaient peu leurs habitudes traditionnelles. Une seconde invasion les atteignit plus gravement : il Rosso, Florentin renchérissant sur Michel-Ange, il Primaticio, Bolonais exagérant Jules Romain, Cellini, ciseleur capricieux et dévergondé, venus tous trois de 1530 à 1540, suivis d’une cohorte d’élèves italiens à laquelle se joignirent bientôt des élèves français, intronisèrent un style nouveau; il s’étala dans la série des peintures mythologiques rehaussées de stuc, que le roi voulut avoir à Fontainebleau , à l’imitation des palais de Florence et de Mantoue ' »

Émeric David est aussi de notre avis : a Ce serait, dit -il, une question neuve et bien digne d’examen que celle de savoir si les artistes italiens employés par François I,r à Fontainebleau, si les Rosso , les Priinatrice , les Cellini , dont le dessin systématique se ressentait déjà des erreurs qui , de leur temps , commençaient à entraîner l’Italie vers sa décadence, si ces maîtres, dis- je, n’ont pas égaré notre école au lieu d’améliorer ses principes, en l’induisant à abandonner sa manière simple et franche pour y substituer le style de convention qu’ils avaient eux - mêmes mis à la place de la grâce naturelle de Raphaël. Quant à moi, je crois qu’il est résulté de cette révolution un mal réel pour la France a. »

Quoi qu’il en soit et quelque opinion que l’on ait sur la valeur de cette révolution, il est positif que le travail de renaissance nationale qui s’accomplissait chez nous, en peinture, en architecture et en sculpture, d’après nos traditions et notre génie , fut arrêté et remplacé par une renaissance faite d'après un mode et un génie étrangers. La renaissance française ne se continua qu’au xvn* siècle avec Le Sueur, lorsque l'esprit français fut parvenu à retrouver ses libres allures.

Pendant que le plus grand nombre de nos peintres suivaient l’entralnement général et l’impulsion italienne, quelques-uns, les plus connus de nos portraitistes, résistèrent avec opiniâtreté : Jean Clouet,

1 J. Renouvier , Des types et des manières des maîtres graveurs, p. 172.

9 Revue encyclopédique, 19* année, août et mois suivants. — Patte émettait déjà cette opinion en 1765.

RENAISSANCE

dit Janet1 ; François Clouet, surnommé aussi Janet Corneille, de Lyon, demeurèrent fidèles à la manière française8. Avec eux restèrent aussi dans cette voie, les Dumonstier et tous les auteurs de ces nombreux crayons, si vrais, si beaux, et qui attestent combien le genre du portrait est dans le génie de la France \

Les tapisseries conservèrent aussi notre manière. On peut citer comme exemple la tapisserie de Dijon, représentant le siège de 1513 s, et surtout la tapisserie de la chapelle du Saint-Esprit *. Cette tapisserie en soie, en or et en argent , est décorée de deux véritables tableaux ; au ciel du dais, est la gloire du Saint-Esprit ; à la partie inférieure est une Annonciation ; le premier sujet est en pur style français; il y a la même observation à faire à propos de la masse qui est à côté de l'autel ; les bas-reliefs ( le chevalier qui prête serment, la procession, etc.) qui décorent cette pièce d’orfèvrerie sont tout à fait de goût français.

La lutte entre les deux styles se retrouve dans les miniatures comme partout ailleurs. Les heures de Henri II 7 , les heures du duc de Guise s, sont décorées de miniatures composées dans le style italien. Le triomphe de Pétrarque *, enluminé par Godefroi ,0,

* 1485-1545. Jean Ciouel est l’auteur du portrait équestre de François Ier, du Musée de Florence, que l’on a attribué jusqu’ici à Holbein, et que M. de La Borde lui a restitué. ( Voir : Les trois Clouet). Le Louvre possède un portrait de François Ie* en buste, peint par Jean Clouet.

* François Clouet est l’auteur des portraits de Charles IX et d'Élisabeth d'Autriche, que l’on voit au Louvre. — Le portrait de François 1« (au Louvre, n° 109) est un précieux échantillon de la peinture française de ce temps. — Voyez aussi les portraits français du Musée de Cluny et de la collection Sauvageol.

* 11 faut aussi parler de Étienne Martel -Ange, de Lyon, auteur du portrait de Bianca Capello, grande-duchesse de Toscane, peint en 1571 et placé aujourd'hui au Musée de Versailles. Voir le n° 3177 du Catalogue de ce Musée par M. E. Soulié.

4 Benjamin Foulon (1586), François Quesnel, Catherine Duval , Duplan, sont connus comme dessinateurs de portraits au crayon. Parmi ces portraits, il en est un particuliérement curieux, c’est celui de Henri IV, jeune; il est grave dans l'ouvrage de M. Nie! ( Portraits des Personnages français les plus illustres du xvi® siècle, in-folio ) .

* Elle a été gravée. — Voyez aussi les tapisseries conservées au Louvre.

* Au Musée des souverains, au Louvre.

1 Conservées au Musée des souverains.

* Conservées à la bibl. de l'Arsenal, n°273; ces miniatures sont, dit-on, de J. Cousin.

* Bibliothèque de l'Arsenal, 24 bis.

t0 On voit à la bibliothèque Harléienne, à Londres (n° 6205 ), le mss. d'un colloque entre François Ier et Jules César, dont les miniatures sont aussi de Godefroi.

\lviii

est sans nul doute le chef-d’œuvre de la peinture de miniatures, à la mode italienne. Nous trouvons le chef-d’œuvre de la miniature française dans le Traité de la charité chrétienne, enluminé par Nicolas Houcl , Parisien, pour le roi Henri III. Ce manuscrit appartient aujourd'hui à M. le prince Czartoryski ; il contient l’histoire de l’établissement des Enfants-Bleus, et les sujets des miniatures qui le décorent se rapportent à cette histoire; le dessin, la couleur et le style de la composition de ces petits tableaux sont bien français; c’est l’un des plus précieux monuments de. la peinture française du xvi* siècle.

Mais à côté de ces œuvres françaises, nous trouvons l’influence italienne dominant chez nos maîtres de Fontainebleau; chez nos émailleurs de Limoges, Léonard Limousin, Courtoys’, etc.; chez nos verriers, Jean Cousin, Pinaigrier) Linard Gontier. Les peintres, Antoine Caron, Jean Cousin, ont adopté presque tous le style italien et plus particulièrement celui du Hosso. On peut juger de l’influence perniciouse de l’Italie sur notre école en comparant le Jugement dernier de Jean Cousin , évidemment inspiré du goût florentin, avec sa statue de Philippe de Chabot, ce chef-d’œuvre de style français.

L’esprit français se conserva aussi dans la gravure en bois; on y retrouve toute sa verve et toute son originalité. « Les gravures en bois les plus nombreuses et les plus remarquables historièrent les livres sortis des ateliers des imprimeurs de Lyon *, Guillaume Leroy (1476), Matthieu Hus (1178), etc.... Bientôt après les libraires de Paris, Guyot Marchant (1485), Jehan Trepperel (1494), Antoine Vérard (1493), en publièrent aussi 3. » Ces gravures remplaçaient les miniatures du siècle précédent , comme l’imprimerie remplaçait ellemême la calligraphie.

« Quant au style de ces premières vignettes françaises, dit M. Iienouvier *.... , je ne crois pas les trop louer en disant que, sans dissi-

* Voir les grands émaux de Courtoys, au Musée de Cluny. — Voyez au Louvre les émaux de Léonard, et la notice des émaux du Louvre, par M. de La Borde.

* L'école de Lyon était fort importante; voyez les statuts que Charles VIII donna, en 1495, à la corporation des peintres, tailleurs d’images et verriers de la cité de Lyon , dans le t. XX du Recueil des ordonnances, p. 562.

3 J. Renouvier, I)cs types et des manières des maîtres graveurs, au xve siècle, p. 103.

* P. 106. Nous ne saurions trop appuyer notre opinion sur celle d’un savant si éminent, cl qui est arrivé au même but que nous par des routes différentes.

RENAISSANCE

muler toujours une imitation allemande , elles portent dès lors le germe des qualités que nous verrons fructifier plus tard dans l’école française : la variété, l’esprit dans la grossièreté, l’allure vive et vraie; au lieu de dire qu’elles sont gothiques, je dirai qu’elles sont gauloises, pour exprimer l'accent natif et l'air goguenard de leurs figures. Leur parenté avec notre vieille poésie, dont le style gaulois, la bonhomie et le gros sel ont tant de charmes pour les adoptes, est d’ailleurs évidente. »

Les livres A’ Heures, aux pages ornées de bordures gravées, que publièrent les libraires et les imprimeurs de Lyon et de Paris, principalement Simon Vostre (Ii8ti-I520), conservèrent tout îi fait le goftt et la tradition gothiques. On ignore, comme toujours, quels sont les auteurs, quels sont les graveurs de ces décorations, si bien composées et exécutées.

L’ornementation de ces livres, qui continue les miniatures des manuscrits, renferme beaucoup de ligures dont M . Renouvier signale « la dextérité, la gentillesse et une dose considérable de naïveté sans doute, mais aussi de finesse, de raillerie et de liberté.... Ce sont les qualités les plus saillantes de l’esprit français de ce temps 1 . » Mais bientôt Germain Hardouin, in arte litlerarie piclure perilissitnus , publia des Heures décorées d’encadrements nouveaux, faits de pilastres et d’entablements empruntés à l’architecture italienne. Sur ce point, comme partout ailleurs, il y a lutte entre le vieux goût et la nouvelle mode.

On suit volontiers dans ce naufrage général de l’art français, la résistance de nos artistes, restés fidèles aux traditions, contre le style étranger; on a du bonheur à découvrir ce qui a survécu du goût national. C’est en bas surtout, chez les petits, dans le populaire et dans les choses à son usage, que l’on retrouve les précieuses traces de cette résistance qui a maintenu notre vieux goût et rendu possible, sous Louis Xltl , l’éclatante renaissance de l’esprit français2.

Les portraits gravés sur bois, comme les portraits peints, sont généralement traités dans le style français; de même, quelques portraits gravés au burin. Ainsi, quant au portrait, l’école française n’a pas lâché pied; elle s’est bien franchement maintenue. On peut citer, comme exemples de la gravure de portraits en style français : un

5 C'est la collection des gravures sur l'histoire de France, de M. Hennin, qui me fournit tous les éléments de mon travail.

L’ART FRANÇAIS

portrait d’Anne de Bretagne; celui de François I", gravé sur le titre de l’ouvrage: « Commentaria Joannis Constantini » (Paris, 1549), un grand et beau portrait de François I", gravé sur bois; le portrait de Michel l'Hôpital (chez Le Blond); les trois Coligny, belle estampe gravée en 1 579 par Marc Duval : c’est incontestablement l’une des œuvres les plus remarquables de l’école française du xvi« siècle; le portrait de Henri 111, gravé par Thomas de Leu, d’après Rabel; un autre gravé par Thevet; un troisième gravé par René Boivin.

Le genre et la fantaisie nous donnent aussi quelques échantillons de notre vieux goût : nous citerons un concert de buveurs, gravé sur bois en 1550, sujet populaire, plein d’esprit gaulois; — Catin pt Goguelu , sujet très-grivois, également gravé sur bois; — le Triomphe de Racehus , gravé aussi sur bois : cette très-curieuse et rabelaisienne composition est remarquablement dessinée.

La gravure d'histoire nous offrira de son côté des traces importantes du style français. Nous citerons : l’estampe de Geofroy Tory, représentant Macaull, lecteur de François I" (1535); la suite d’estampes historiques de Tortorel et Perissin; l’entrée de Henri IV à Paris, gravées en trois pièces par Jean Leclerc, d’après les dessins de N. ltollery ; les pardons et indulgences pour les seize porteurs de la châsse de madame sainte Geneviève, de Léonard Gaultier.

Nos verriers conservaient leur ancienne supériorité; aussi pendant que le Rosso et le Primaticc venaient fonder l’école de Fontainebleau, l’Italie appelait à elle Guillaume Marcillat1, que Vasari déclare être « un des grands peintres du siècle » , et maître Claude « le plus grand maître verrier de France »; ils allèrent orner le Vatican et diverses églises de Rome de leurs vitraux, que Vasari appelle « des merveilles tondiées du ciel » . Marcillat fit encore des verrières à Cortone, à Arezzo, peignit à la fresque et se fit aider dans ces immenses travaux par un « très-habile peintre français», maître Jean, établi à Rome et absolument inconnu d’ailleurs. Enfin, en pleine Italie, Marcillat établit, à Arezzo, une école d’où sortirent Vasari et une foule de peintres et de verriers italiens. Il mourut en 1537, dix-sepl ans après Raphaël, vingt-six ans avant Michel-Ange.

Nos verriers allèrent aussi en Espagne, décorer les cathédrales de Tolède, Séville, Léon, Uurgos, Barcelone, Palencia.

1 Nommé par erreur Guillaume de Marseille.

RENAISSANCE

En même temps, et aussi en Italie, la terre classique de la mosaïque, maitre Étienne Dufour ( 1559) et Ferdinand Sermois (1592) exécutaient les immenses mosaïques du dôme d’Ürvieto, que les maîtres vénitiens avaient commencées, mais qu’ils avaient abandonnées. C’est aussi un Français qui établit à Florence, en 1508, la fabrication de la mosaïque en pierres de couleur '.

Architecture.

C’est principalement en étudiant l’histoire de l’architecture et de la sculpture que l’on peut suivre le développement de la Renaissance en France. Malgré les destructions, les monuments sont encore assez nombreux pour donner par eux-mêmes les meilleurs matériaux de cette histoire, et les documents mis au jour dans ces dernières années, par quelques érudits, ont fourni de précieuses indications sur les dates et les auteurs véritables des édifices qui nous restent.

La révolution , qu’on appelle la Renaissance, ne s'est pas accomplie brusquement : la peinture et la sculpture, surtout la sculpture d'ornements, furent atteintes les premières et bientôt transformées; mais l’architecture, tout en se modifiant, résista longtemps encore; il fallut plus d’un demi-siècle (jour que le gothique disparût entièrement. Il y eut d’abord sous Louis XII une première renaissance, plus française qu’italienne. Sous François I", la réaction tit de nouveaux progrès et la renaissance devint de plus en plus italienne; sous Henri II, la révolution est accomplie.

Au moment où le goût italien allait se répandre chez nous , le style flamboyant avait une grande activité et un vif éclat; il venait de produire la maison de Jacques Cœur a. Soumis à ce travail géné-

t Bernardin Bouche, peintre du roi d’Angleterre, Henri VIII, en 1532, n’est -il pu Français? — Voir la Hcuaissancc de M. de La Borde, p. 200.

* A Bourges. Cet édifice est do 1443-53. 11 est en pur style flamboyant, et cependant plein de simplicité, de grandeur et de noblesse. On y voit clairement que l’architecture alors était à la même hauteur que la peinture avec Fouquet, et la sculpture avec les écoles de Tours et de Houen. Ce qui est prouvé encore par les portails de L Calende et des Libraires, a Notre-Dame de Houen, etc. Nous repoussons cet argument d une prétendue décadence du stylo gothique, inventée tout exprès pour prouver la nécessité de l*iiitroductiou du style italien et des ordres antiques en France; nous voyons ■u contraire, dans la transformation qui s'accomplit alors dans le style flamboyant, le travail de In renaissance française, qui emportait l'art gothique du xii»° siècle.

LU

ral de transformation qui affectait toute notre école, il s’efforçait de se modifier, mais s’égarait quelquefois en voulant produire des effets surprenants. Les corporations étaient nombreuses et fortes; les maîtres qui les composaient, maçons, tailleurs de pierres, huchiers et charpentiers, étaient instruits et habiles*. On comptait parmi eux , dans la florissante école de Rouen, Roger Ango, Pierre Desaulbeaux , les frères Leroux , et toute cette légion d’architectes et de sculpteurs qui vont être employés à Gaillon par le cardinal d’Amboise. L’école de Tours, non moins riche , citait : Pierre Valence , François Marchant , Viart , Colin Byart. Tous ou presque tous étaient à la fois architectes et sculpteurs. Ils acceptèrent de l'Italie son système d’ornementation, le mêlèrent d’abord aux ornements du style fleuri , et ensuite l’adoptèrent tout entier. Mais ils conservèrent l’architecture française, telle qu’elle se pratiquait alors; et le style italien ne put faire de progrès que peu à peu , gagnant ici un pilastre , là un chapiteau, ailleurs un autre détail de décoration , sans parvenir à modifier la disposition générale des édifices.

Le cardinal d’Amboise, ministre de Louis XII, tout imbu des idées italiennes, chercha à les introduire en France; il fit venir un moine dominicain, fort célèbre comme architecte et nommé Fra Giocondo1. En présence de l’activité de notre école, de ses sérieuses connaissances pratiques, de ses solides qualités, Giocondo ne put faire autre chose que de marcher d’accord avec elle. Dans le palais de la chambre des comptes qu’il construisit 3 à Paris. Giocondo conserva tous les caractères généraux de notre architecture ; il se contenta de donner au style flamboyant plus de simplicité, plus de distinction, et de marier à l'ornementation française les ornements italiens que l’on désigne sous le nom d’arabesques.

Le château de Gaillon *, résidence du cardinal d’Amboise , fut construit dans le même système; la réaction faisait un pas; car ce furent des Français qui élevèrent Gaillon.

Longtemps on a dit et répété que le château de Gaillon était l’œuvre

1 Violet-Leduc , Dict. raisonné de l’archit. franç. t. 1, p. 159.

* Joconde , a-t-on dit longtemps, no trouva pas d’architectes capables de bâtir et sachaut les éléments de leur métier; c’est lui qui aurait créé l’architecture en France.

* Ce palais a été brûlé on 1737.

4 II n’en reste plus que les tours gothiques qui flanquent l’entrée de la maison de détention que l’on a 1* ‘lie sur sou emplacement.

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