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hauteur par dedans l’église 1 : aux jours solennels , il y avoit aussi une grande lampe que l’on montoit jusqu’au milieu de cette pyramide, ce qui faisoit un très- bel effet la nuit aux yeux de ceux qui la regardoient en dehors; mais elle avoit été mal appuyée du côté de la nef, par le défaut de deux piliers qui lâchèrent, et elle s’écroula, n’ayant subsisté que cinq ans et l’ouvrage ayant duré treize ans à construire *.»
Avec la (lèche de Beauvais s’écroule le système qui l’avait inspiré ; le style gothique était vaincu ; et cependant les dernières parties de la lutte n’étaient pas encore terminées. Quelques architectes construisirent l’église de Saint- Eustache , à Paris ( 1532-1 012) , l’église de Gisors et celle de Vetheuil près de Mantes, en conservant le plan et toute la disposition des anciens édifices , n’adoptant de la réforme que son système de décoration, qui partout avait remplacé la vieille ornementation française. Sainl-Ëtienne-du-Mont, achevé seulement sous Henri IV, est encore dans ce style de transaction. Mais à partir de la seconde moitié du iyi* siècle , la révolution était accomplie; le gothique était entièrement abandonné ainsi que le style de la renaissance de Louis XII; les ordres antiques et la décoration italienne étaient adoptés et vulgarisés par les chefs de la nouvelle école, Philibert Delorme, Jean Bullant et Pierre Lescot.
Cependant ces illustres maîtres ne furent pas de vulgaires imitateurs; tout en s'inspirant de l'antique et de l'Italie, ils créèrent des œuvres de génie bien à eux, une merveilleuse architecture qui se résume dans le vieux Louvre, bâti en 1540, par P. Lescot *, dans
1 Elle s'élevait à 455 pieds au-dessus du sol.
* Supplément à l'histoire du Beauvaisis, par M. Simon, Paris, 1704.
* Une partie de la décoration intérieure des appartements du vieux Louvre existe encore et se trouve actuellement placée dans la chambre dite de Henri IV, dans la salle des armures et dans la salle où est la chapelle du Saint-Esprit. Les appartements du vieux Louvre, déjà remaniés au temps de la reine Anne d’Autriche, ont été démolis par Fontaine lorsqu’il prépara les salles du musée Charles X ; tout ce qui fut épargné dans cette déplorable démolition fut jeté dans les greniers du Louvre; c'est là où le roi Louis-Philippe trouva ces débris de diverses époques- Il les employa pèle - mêle et en brouillant tout, a la décoration des salles que nous venons d'indiquer : la chambre dite de Henri IV n'existait pas au temps de Henri IV; elle est décorée de débris des appartements de la reine Anne; l'alcêve est bien celle où mourut Henri IV ; mais le plafond, dans le goût de Lepaulre, est de la reine Anne. Le plafond de la salle des armures est fait de morceaux venant de toutes parts et du temps d'Anne d'Autriche; les quatre parties du monde, au plafond, sont des peintures de l’école de Vouct, les portes sont aussi de cette époque.
L’ART FRANÇAIS
les Tuileries, ouvrage de Philibert Delorme et dans le château d’Écouen, construit par Jean Bullant
Ces trois châteaux , types définitifs de la nouvelle architecture , nous permettent de constater comment la révolution se termina. Au Louvre, « le plus exquis de ces excellents édifices », la disposition générale et les plans sont français et ne rappellent en rien la disposition et les plans des édifices italiens; l’arrangement des façades est encore français, mais avec des ornements italiens et surtout antiques. Ainsi, à la façade de la cour, les croisées sont italiennes, mais ces détails se confondent dans une disposition générale qui n’est pas italienne. La composition de l’attiquc, sa sculpture si élégante, ses pilastres lias et les trophées d’armes qui flanquent les fenêtres , les frontons circulaires et leur ornementation, tout cela n’est pas italien, tout cela est français, original et spontané; c’est bien l'une des plus franches créations du génie national. Aux Tuileries, l’influence italienne se fait sentir dans les galeries ouvertes ; à Éeouen , l’ensemble du monument est français avec des détails italiens et principalement antiques.
On le voit, le génie français s’était considérablement modifié, mais il ne s’était pas absorbé dans une imitation inintelligente ; il avait changé quelques-unes des formes de l’architecture, mais il avait su conserver son originalité et sa force créatrice J.
Un des talents les plus originaux de ce temps est celui de Jacques Androuet-Ducerceau , architecte, dessinateur et graveur, mais surtout important comme ornemaniste. Formé aux écoles d’Italie et empruntant scs thèmes à l’ornementation italienne, Androuel-l>ucerceau sut conserver le goût français , tout aussi bien que les architectes dont nous venons de parler; doué d’une verve incomparable, il a su rester créateur. Dans l'immense suite d’ornements dessinés
Le plafond el les boiseries de la chambre de la chapelle du Saint-Esprit sont du temps de Henri II. On ne sait, devant ce mélange, et en présence de cette confusion, si l’on doit se féliciter de cette fâcheuse restauration ou la blâmer.
1 Pour apprécier exactement ce qu’étaient ces trois édiGces au XVI* siècle, il faut les voir dans l’ouvrage d’Androuel Ducerceau.
* Mais à côté de ces chefs-d’œuvre de l'art français, nés de l'influence nouvelle, nous devons désavouer les extravagantes figures de Joseph lloillot , de Lan grès, auteur des nouveaux pourtraitr et figures de termes; et celles de Hugues Sambin,de Dijon, auteur de l'Œuvre de la diversité des Termes (Lyon, 1577) mais l’art du moyen âge n’avait soupçonné rien de plus delestable et de plus absurde.
RENAISSANCE
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et gravés par Ducerceau, on doit signaler l’originalité, le bon goût , la richesse et une infinie variété. A l’ornementation gothique et il l’ornementation franco- italienne de Haillon avait succédé l’ornementation italienne; l’ornementation française recommença avec Androuct-Ducerceau, le digne chef de file de cette brillante série de décorateurs que nous retrouverons plus tard et qui sont peutêtre les plus parfaits représentants du goût français1.
Malgré les luttes de l'intérieur, malgré cette révolution de cinquante ans , malgré la célébrité si générale des Italiens , nos architectes continuèrent , comme par le passé , à élever çà et là quelques monuments à l’étranger. En Portugal, Nicolas, architecte et sculpteur, et trois de ses compatriotes, Jean de Rouen , Jacques Longnin et Philippe Edouard , étaient appelés par le roi Emmanuel, vers 1517, pour reconstruire l'église de Sainte -Croix de Coïmbre; Nicolas fut également chargé de l’exécution du portail principal de l'église de Belem; il sculpta encore l'autel de la chapelle du couvent de N.-D. de la Pena, près de Cintra. Les historiens portugais le nomment toujours « le grand sculpteur » et ne parlent de ses œuvres qu’en les appelant « de somptueuses merveilles » . Jean de Rouen était aussi architecte et sculpteur, comme tous les grands artistes de ce temps où l’on n’avait pas encore imaginé les spécialités et la division du travail; il a sculpté les retables en pierre de l’église de Sainte-Croix de Coïmbre, œuvre d’une délicatesse extrême et d’un goût exquis. L’architecte Jérôme de Rouen fut chargé par la fille du roi Emmanuel , Dona Maria , de bâtir l’église de Luz , près de Lisbonne. La princesse qui voulait que ce monument « fût une des plus belles choses de l'Europe», comme elle le disait à Jérôme, avait appelé un Français pour le construire. Louis de Foix alla en Espagne travailler, dit- on, au monastère de l’Escurial. En Italie même, à la fin du xvi* siècle, Nicolas Bonaventure, dont nous avons déjà parlé , faisait l’une des trois fenêtres du fond du chœur au dôme de Milan.
Sculpture.
Nous avons déjà dit que la sculpture française au xv' siècle, avant la Renaissance, était avec les maîtres de Rouen, avec les
1 Le Cabinet des estampes possède un bel et complet exemplaire de l'œuvre de Ducerceau.