‹ Les artistes français a l'étranger (volume 3)Chapitre 13 sur 456 · XXIV L'ART FRANÇAIS · texte numérisé non relu

XXIV L'ART FRANÇAIS

« à la façon de France, et à reniour toute Thistoire de TÉvangile. » n avait fait aussi une croix d'argent avec son crucifix, à la mode de France.

Rubruquis se complaît volontiers dans le récit de ces curieux détails, qui devaient être autrement précieux pour ce hardi voyageur, tout étonné de trouver au terme de son entreprise un orfèvre parisien au milieu d'une petite chrétienté , toute mêlée qu'elle fût de nestoriens et de bouddhistes. Aussi consacre- t-il quelques pages à la description du grand ouvrage que maître Guillaume avait £Eiit pour le Khan ; cet ouvrage était placé dans son palais de Karakoroum.

a Près de ce palais il y a plusieurs autres logis spacieux , comme des granges , où se gardent les vivres et provisions , et les trésors. Et pource qu'il n'eust pas esté bien séant ny honneste de porter des vases pleins de laict, ny d'autres boissons en ce palais, pour cela ce maître Guillaume luy avoit fait un grand arbre d'argent, au pied duquel estoient quatre lyons aussi d'argent, ayant chacun une pipe ou canal d'où sortoit du laict de jument. Les quatre pipes estoient cachées dans l'arbre, montant jusqu'au sommet et delà s'escoulant en bas. Sur chacun de ces muids ou canaux y avoit des serpens dorez , dont les queues venoient à environner le corps de l'arbre. De l'une de ces pipes couloit du vin, de l'autre du Garacosmos, ou laict de jument purifié, de la tierce du Bail, ou boisson faite de miel, et de la dernière dé la Teracine faite de ris. Au pied de l'arbre, chaque boisson avoit son vase d'argent pour la recevoir. Entre ces quatre canaux, tout au haut, y avoit un ange d'argent tenant une trompette; et au dessous de l'arbre, un grand trou, où un homme se pouvoit cacher, et un conduit assez large montoit par le cœur, au milieu de Tarbre jusqu'à l'ange. Ge maistre Guillaume y avoit fait au commencement des soufflets pour faire sonner la trompette , mais cela ne donnoit pas assez de vent.

a Au dehors du palais y a une grande chambre où ils mettent leurs boissons, et là il y a des serviteurs tous prests à les distribuer, ai tost qu'ils entendent l'Ange sonnant la trompette. Les branches de Tarbre estoient d'argent, comme aussy les feuilles et les fruicts y pendants. Quand donc ils vouloient boire, le maistre sommelier crioit à l'Ange qu'il sonnast la trompette , et lors celuy qui estoit caché dans l'arbre soufHoit bien fort dans ce conduit allant jusqu'à l'Ange, qui portoit aussitost sa trompette à la bouche et sonnoit hau-

MOYEN AGE. XXT

tement; ce qu^entendu des serviteurs et ofRciers^ estant dans la chambre du boire^ ils faisoient en mesme instant couler la boisson de leurs tonneaux , puis cela estoit poussé dehors et receu dans ces vaisseaux d'où le sommelier la tiroit pour porter aux hommes et femmes qui estoient au festin. »

C'est vis-à-vis la porte du milieu du palais du Khan qu' a estoit planté ce grand arbre. »

L'ambassade de Rubruquis terminée^ le bon maître Guillaume le chargea, quand il serait revenu en France^ d'offrir a au bon roi Loys, x> une ceinture; c'était l'hommage d'un sujet toujours fidèle.

a Or, le bon maistre Guillaume, dit Rubruquis en s'adressant à saint Louis, qui a esté autrefois bourgeois et habitant de vostre ville de Paris, envoyé par nous à Vostre Majesté une ceinture où est une pierre précieuse, dont ils se servent icy contre le tonnerre, et salue Votre Majesté de tout son cœur et affection , priant tous les jours le bon Dieu pour la santé et prospérité d'Icelle ; et faut que j'avoue que je ne sçaurois jamais assez dignement rendre grâces à Dieu et à Vostre Majesté du bien et honneur que nous avons receu de luy. d

Peinture monumentale.

La peinture est de tous les arts du moyen âge celui dont les monuments sont les plus rares en France; et cependant il est certain que la plupart de nos églises furent autrefois revêtues d'une riche ornementation coloriée, et que leurs voûtes et leurs parois, enduites aujourd'hui d'un badigeon uniforme, présentaient de vastes compositions peintes à fresque ou en détrempe, a On ne comprend pas le moyen âge, dit M. Vitet; on se fait l'idée la plus mesquine et la plus fausse de ces grandes créations d'architecture et de sculpture, si dans sa pensée on ne les rêve pas couvertes du haut en bas de couleurs et de dorures. »

Childehert fit couvrir de peintures les murs de Saint-Germain des Prés; Charlemagne, dans ses capitulaires, prescrivit de peindre les églises; Suger orna de peintures la basilique de Saint- Denis. Ces faits, les plus saillants parmi ceux que nous apprennent les chroniques, se sont vérifiés par l'étude des monuments; depuis quelques années^ en effet, les recherches ont été dirigées dans le dessein de retrouver, sous le badigeon dont on les avait recouvertes, les an-

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