XL L'ART FRANÇAIS
Il y a cinquante ans ^ à la place des lignes que Ton vient de lire , 6a aurait été beaucoup plus affinhatif. On aurait dit : Avant le xvi« àècle, il n*y avait pas d'art en France; la France était alors plongée dans la barbarie; au xvi« siècle, les Italiens sont venus chez nous former architectes, peintres et sculpteurs, et toutes ces belles œuvres que nous admirons , sont l'ouvrage de Giocondo, de Serlio, de Paul Ponce Trebatti, de Benvenuto Cellini, d'André del Sarte , du Rosso , du Priinatice, et de Nicolo dell' Abbate * . Après eux apparaissent enfin leurs élèves , les premiers Français qui méritent le titre d'artistes , Pierre Lescot^ Philib^ Delorme, Uullant, Jean Goujon et Jean Cousin.
Indifférence d'un côté, ignorance d'autre part, affirmations étranges s'établissant sur le tout, telles sont les causes qui en se mêlant ensemble ont transformé Thistoire de la Renaissance en France tn un réseau inextricable d'erreurs profondes^ de lacunes que Fon ne parviendra peut-être jamais à combler, et de préjugés que Ton ne détruira qu'avec peine.
Essayons, non pas d'écrire cette histoire, une telle entreprise est encore impossible, mais d'exposer d'une manière générale ce que nous croyons être la vérité ; essayons de dire ce qu'a été la Renaissance, quelle a été la part des Italiens dans ce mouvement et quelle a été aussi celle des Français.
Les évolutions des Beaux-Arts coïncident toujours avec des révolutions plus sérieuses; elles sont contemporaines des grands changements sociaux. Ce qu'on a appelé la Renaissance des arts n'est pas un fait isolé; Tart nouveau apparaît avec l'invention de l'imprimerie et de la gravure, avec la découverte de l'Amérique, avec la réforme de Luther, avec le développement des sciences, du droit et de la philosophie, au moment où Louis XI détruisait la féodalité, enfin lorsque le moyen âge tout entier s'écroulait dans toute l'Europe.
' Les lUliens, disait-on, avaient tout fait chez nous pendant plus d'un demi-siècle. Giocondo avait bAti Gaiilon; Chambord était l'œuvre de Vignole; Paul Ponce Trebttti avait fait le tombeau de Louis XII, les bas -reliefs du tombeau de François 1*', la statue de l'amiral Chabot. Les portes Saint-Maclou , à Rouen, ce chef-d'œuvre de Jean Goujon, avaient été sculptées par Michel-Ange et apportées à Rouen par le diable. Jean Juste était déclaré Italien, et pendant qu'on était en train de donner à pleines mains à l'Italie, œuvres et hommes, on affirmait que Jean de Vitry, qui a sculpté, en 1465, les stalles de l'église de Saint-Pierre, à Saint^laude en Franche -Comté, était un artiste italien de 1S65.