‹ Les artistes français a l'étranger (volume 3)Chapitre 28 sur 456 · RENAISSANCE. LXI · texte numérisé non relu

RENAISSANCE. LXI

au moment de la Renaissance^ une ou plusieurs écoles françaises j dans rétat le plus florissant ; sous Louis XII y la sculpture décorative italienne prenant la place de rornementation florale jusqu'alors en usage ^ mais la statuaire résistant au goût étranger et à l'influence de Tantique; puis, sous François P*' et Henri II, la réaction peu à peu se faisant plus complète et s'attaquant à la statuaire.

François !•' fit venir d'Italie plusieurs sculpteurs dont les plus connus sont Benvenuto Cellini et Paul-Ponce Trebatti. Le premier fit de grands travaux de sculpture et surtout d'orfèvrerie pour le roi. n ne reste plus aujourd'hui de toutes ces œuvres que le bas -relief en bronze de la Nymphe couchée, que Ton voit à la salle des Cariatides, au Louvre. Benvenuto a écrit des Mémoires d'une impudence extraordinaire ; ses vanteries et son mérite en avaient fait une espèce de mythe auquel tout a été attribué. L'ignorance et la mauvaise foi ont été longtemps d'accord pour tout mêler, et il serait temps que la critique flt enfin la part exacte de ce qui est réellement au sculpteur italien.

Paul Ponce Trebatti travailla aux ouvrages de stuc de Fontainebleau , fit le tombeau du prince Alberto Pio da Garpi (au musée du Louvre) , aida J. Goujon dans l'attique du Louvre, qui n'est pas son œuvre en entier; enfin il sculpta la façade orientale du château des Tuileries, etc.*. Paul Ponce a été aussi pendant longtemps une espèce de mythe auquel on attribuait toute œuvre de sculpture

rtnce où noas sommes^ des diverses manières de nos anciennes écoles provinciales, nous ne trouvons d'explications à ces différences de style que des influences allemandes^ flamandes et italiennes; aussi dit-on qu'une influence allemande se fait sentir dans les sculptures d'en haut^ tandis qu'une influence italienne est évidente dans celles d'en bas; quelques-uns, même, les attribuent à des Allemands et à des Italiens. Pour nous, la prétendue influence allemande, ce sont les caractères de notre vieille sculpture du nord de la France. Quant à l'influence italienne, elle est évidente et s'explique par la date du travail qui est de 1553; et il est plus que probable qu'il a été exécuté par des artistes Italiens. Quoi qu'il en soit, les sculptures d'en haut, qui sont françaises, représentent : l'ÂMomption de la Vierge; la Vierge reçue au ciel par son Fils; l'enfant Jésus retrouvé par sa Mère au milieu des docteurs. Les sculptures d'en bas, qui sont italiennes, représentent : la Vierge en extase recevant la communion de son Fils; l'Ensevelissement de la Vierge. Les figures de la Vierge et de la Madeleine sont des prodiges de beauté, d'onction et d'expression; rien n'est plus pur, plus élevé, plus sublime et plus beau. Quant à l'exécution, elle est d'une perfection achevée.

* Voyez le savant article de M. Ëmeric David, sur Trebatti, dans la Biographie Universelle; réimprimé dans : Vie des artistes, 1 vol. in-18. Dans la Bibl. Charpentier.

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de la Renaissance; il avait sculpté^ disait-on^ la statue de l'amipal Chabot^ qui est de Jean Cousin ; il a passé longtemps pour l'auteur du mausolée de Louis XII et d'Anne de Bretagne, chef-d'œuvre de Jean Juste * et de Pierre Bontemps '. Ces deux fausses attributions avaient considérablement contribué à augmenter la réputation de Paul Ponce.

Pendant ce temps ^ Bachelier^ François Gentil ^ Martin Cloistre de Blois ^, Richier, Jean Goujon, François et Pierre Lbeureux^ ses successeurs au Louvre , Jean Cousin^ Pierre Bontemps et Germain Pilon concouraient à fonder la nouvelle école de sculpture française qui succédait à l'école de Tours. Certes, ces grands artistes se sont inspirés des chefs-d*œuvre de l'Antiquité et de ritalie^ mais tous ont conservé dans leurs productions une sève bien française et beaucoup d'indépendance. En effet, à ne prendre que leurs œuvres exposées au Louvre et à Versailles, qu'y a-t-il de plus français que les cinq bas-reliefs de Jean Goujon, représentant la Déposition et les quatre Évangélistes, qu'il avait sculptés pour le jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois. On y retrouve tous les caractères de notre manière, la netteté de la composition , le bon goût et déjà l'élégance. Mais, on sent l'école italienne^ dans ses figures de Nymphes, aux formes allongées, bien que la grâce de la forme française vienne un peu couvrir Tinfluence étrangère. Les bustes de Charles IX et de Henri III, par Germain Pilon, son buste d'enfant , sont autant de chefs-d'œuvre et commencent cette série de bustes que l'école française a seule su produire et qui sont un trait tout particulier de son génie, comme le portrait dans notre école de peinture. Quelle différence pour un esprit intelligent et fin entre le Philippe de Chabot de Jean Cousin *, si franchement français quoique inspiré largement de l'antique , et la statue en bronze d'Albert Pie de Savoie, par Paul Ponce Trebatti.

1 Johannes^ cognomine Justus et Florentinus. Il avait un frère, Antoine Juste, qui travailla à Gaillon. ( Voir les Comptes cités^ p. LUI).

s Voir les Archives curieuses de Thistoire de France^ t. UI^ p. 82-84. Poiily a gravé le tombeau de Louis XII, où rornementalion seule est dans le goût italien.

^ Archives de Tart français, t. I^ p. 276.

^ Le Primatice a eu beaucoup d'influence sur Jean Goujon.

^ Le tombeau complet est gravé dans les Antiquit<^s nationales de Millin, t. I^ pi. 12. Le musée de Cluny {n** 103), possède un beau groupe de Jean Cousin, Vénus et r Amour.

RENAISSANCE. LXiii

On peut voir à Versailles le moulage d'une statue de Léger Richier, représentant la duchesse de Lorraine, Philippe de Gueldres, morte en 1547 *, œuvre toute française aussi. Il en est de môme des basreliefs du tombeau de François I**", dans lesquels Pierre Bontemps a sculpté les batailles de Marignan et de Cérisoles ^, et aussi du bas-relief représentant les cavaliers de TApocalypse, que Ton voit au tombeau de Jean de Langbeac, k I^ cathédrale de Limoges'. Les statues de Henri II et de Catherine de Médicis, sculptées par G. Pilon pour le tombeau de Henri 11^ et placées aujourd'hui dans la crypte de Saint-Denis, sont au nombre des plus belles œuvres de la sculpture française.

En échange de Paul Ponce et de Benvenuto, la France envoyait à ritalie Richard Taurigny et Jacques d'Angoulême. On sait seulement sur maître Jacques d'Angoulême ce que Biaise de Vigenère en a dit. Il le mettait bien au-dessus de G. Pilon, et affirmait que ses œuvres étaient très-remarquables et très-estimées. Il raconte , qu'en 4550, maître Jacques osa bien lutter avec Michel-Ange pour le modèle d'une statue de saint Pierre, et que de fait il l'emporta sur )e grand artiste au jugement de tous les maîtres italiens.

Richard Taurigny, sculpteur en bois, que nous avons déjà vu employé aux ouvrages de Gaillon, fit, vers le milieu du xvi« siècle, les stalles de Sainte-Justine de Padoue et celles de la cathédrale de Milan. En 1518, un autre sculpteur en bois, JeanBarille, travaillait aux boiseries du Vatican ^ Philippe de Bourgogne, architecte et sculpteur, l'un des plus fameux maîtres du xvi* siècle, allait en Espagne construire et sculpter la coupole surmontée d'une tour que l'on admire à la cathédrale de Burgos. Cette construction est, à coup sûr, l'une des pins belles œuvres de la Renaissance. Philippe de Bourgogne a sculpté la clôture du chœur de la cathédrale de Burgos, et à la cathédrale de Tolède, la moitié des stalles du chœur. L'autre

1 La fi^re originale est aux Cordeliers de Nancy. — Voyez le t. I, p. 373 du catalogue du Musée de Versailles, par M. fi. Soulié.

* Us ont été gravés par Masquelier. Le Louvre en possède un moulage en bronze.

3 Ce bas-relief^ en pierre, est de 1543; on en voit une gravure par M. Léon Gaucherel dans le t. XVI des Annales archéologiques. M. Didron croit avec raison que Jacques d'Angouléme est l'auteur de ce chef-d'œuvre.

* Suivant le commentateur du Vasari, publié à Florence chez Lemonnier (Vie de Raphaël ), Barille, regardé jusqu'ici comme Français, serait Siennois.

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