‹ Les artistes français a l'étranger (volume 3)Chapitre 29 sur 456 · LXIV L'ART FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LXIV L'ART FRANÇAIS

moitié est de Berrugnette. Dans le même temps travaillaient aussi en Espagne^ les sculpteurs Louis de Bourgogne et Vigarny.

Ainsi, pendant le xvi* siècle^ nos artistes étaient accueillis par les étrangers 9 par les Italiens eux-mêmes^ avec empressement, et on leur confiait l'exécution d'œuvres importantes.

Musique.

Enfin , disons pour terminer^ que nos musiciens créaient à cette époque l'école de musique italienne. Claude Goudimel, le plus illustre de ces artistes, a eu pour élèves Palesti'ina et Nanini. A cette époque^ tous les maîtres de chapelle de l'Italie étaient français. Lorsque le pape envoie, en 1545, des chanteurs apostoliques au concile de Trente , pour donner leur avis sur ce qui concernait le chant et la musique d'église, tous ces chanteurs sont français *.

1 On trouve, dans la Ga%ette musicale du l«r juin 1856, dans un article de M. Ad. de la Fage, a^ant pour titre : « Manuscrit musical d'un chartreux, » le fait suivant et assez curieux pour être reproduit ici.

<f Bonini {c*est Ut chartreux), va maintenant nous donner une notice intéressante pour la France. « Au temps du grand- duc Ferdinand I^**, florissait au service de cette « altesse, M... (nom laissé en blanc \ surnommé le Françaisin ou petit Français; « il avait été appelé à Florence pour former des élèves parmi lesquels quelques-uni « devaient être instruits pour jouer chaque soir, une heure avant la nuil, sur le t»alcon « du Palais-Vieux. En peu de temps, ceux qu'il choisit étaient devenus si habiles que, « dans l'opinion commune, pas un prince ne possédait une réunion semblable d'instru- « ments variés. Ces musiciens prirent le nom du pays de leur maître et s'appelèrent les « Françaisins. »

« Notre compatriote, dont parle si honorablement Bonini, tout en ignorant son véritable nom, s'appelait Bernard ou Bernardin ; il avait été appelé à Florence par le grandduc Ferdinand, et fut surtout aimé et protégé par son épouse, Marie Madeleine d'Autriche. Son tombeau, en marbre, accompagné des insignes de sa profession, se voyait encore il y a quelque temps au monastère de Sainte -Elisabeth- des -Converties, dont la grandeduchesse était bienfaitrice; et, sur une table de marbre qui fait partie du pavé de l'église et se trouve à l'entrée, on lisait une inscription latine, aujourd'hui presque entièrement effacée, mais que j'ai cependant pu encore vérlGer, et dont voici la traduction :

« Ci-gtt le prince et la gloire du chant harmonique, auquel la grande- duchesse de u l'Hespérie a donné cette sépulture : Bernardin , le Françaisin le plus habile qu'on ait « vu ici sur les instruments à vent, dont il tirait des sons délicieux. Après sa mort, il « mérite des honneurs semblables à ceux qu'il reçut durant sa vie : il est le premier « homme dont les restes reposent dans ce temple. »

« Bernardin enseignait principalement le violon , le cor et la trompette. Parmi les élèves qu'il forma, Paul du Françaisin et Jacques du Françaisin furent les plus célèbres comme l'ont indiqué Bosselli, dans son sepottuario, et Lastri dans son Osservatore florentine (t. VU, p. 88, éd. Terza). Ainsi l'école de violon à Florence eut pour fondateur un Français du temps de Henri IV. »

XVII% XVIII", XIX* MÈCLES'. ixy

Au XVII* siècle, il y eut une véritable renaissance de l'esprit français. A ce moment de splendeur, qui coïncide avec la décadence dé l'Italie, recommence une nouvelle période d'influence à l'étranger, comme avant la Renaissance.

L'influence de la France de Richelieu et de Louis XIV, qui se continue au xvui* siècle, est tellement considérable qu'il est essentiel de l'établir d'abord par le témoignage des contemporains. Je citerai Leibnitz pour le dix-septième siècle, et Frédéric -le -Grand pour le dix-huitième

« Après la paix de Munster et celle des Pyrénées, dit Leibnitz*, la puissance et la langue française l'emportèrent. La France se vantait d'être le siège de toute l'élégance; nos jeunes gens, surtout notre jeune noblesse, qui n'avaient jamais connu leur patrie et admiraient tout chez les Français, non contents de la rendre méprisable auprès des étrangers, les aidaient à la décrier, et prenaient du dégoût pour leur langue et pour leurs propres mœurs qu'ils ignoraient; ils eurent bien de la peine à déposer cette aversion après être parvenus à 1 âge de maturité et de jugement. Plusieurs de ces

jeunes gens étant parvenus ensuite aux dignités et aux emplois,

gouvernèrent l'Allemagne pendant un assez long espace d'années, et s'ils ne la rendirent pas tributaire de la puissance française, il ne s'en fallut pas de beaucoup, et ils la soumirent du moins presque entièrement à la langue ^ et aux modes de cette nation. »

a L'Europe, dit plus tard Frédéric-lc-Grand ^, enthousiasmée du caractère de grandeur que Louis XIV imprimait à toutes ses actions, de la politesse qui régnait à sa cour et des grands hommes qui illustraient son règne, voulait imiter la France qu'elle admirait; toute

» OEuvTcs complètes, GcinHe, 1768, 6 vol. in-4c; t. VI, 2« partie, p. 16 et 17.

< Voyez le discours sur «L'universalité de la langue française», par le comte de Rivarol , discours qui a remporté, en 1784, le prix proposé par l'Académie de Berlin. Cette Académie, acceptant le fait comme évident, avait donné en sujet de prix, la recherche des causes du fait; parmi les cauî>es indiquées par Rivarol on remarque celle-ci : « Les opinions exagérées du Nord et du Midi viennent prendre à Paris une teinte qui platt à tous, n

s Mémoires pour servir à THistoirc de la maison de Brandebourg, p. 327-8.

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