VI L'ABT FRANÇAIS
Le français^ la langue d*oil , était en effet, parlé dans toute l'Europe et dans tout l'Orient^ où il s'est conservé sous le nom de langue franque\ Au xhi« siècle, les seigneurs allemands avaient autour d'eux « gent françoise pour apprendre françois leurs fils et leurs filles^ D. Brunetto Latini^ le maître du Dante, qui avait étudié à Paris, composa en français son «Trésor», espèce d'encyclopédie du xui« siècle , parce que cette langue, disait- il, était plus commune à toutes gens que les autres '.
Dante pensa d'abord à écrire la Divine Comédie en français, afin qu'elle fût plus universellement connue. Il avait longtemps réridé à Paris; il avait lu nos poésies nationales, et s'en était fort inspiré. M. Rathery ^ , après une patiente comparaison des poèmes de Dante et du Roman de la Rose, de Jean de Meung, établit que le poète florentin a souvent imité et traduit quelquefois les vers du poète français.
ff Une longue insouciance .pour notre vieille gloire littéraire nous a laissé beaucoup d'erreurs à combattre et de droits à revendiquer. On ne saurait croire avec quelle légèreté des écrivains du dernier siècle et même du n6tre , qui avuent cependant à leur disposition les travaux de Fauchet, de Barbazan, et les admirables recueils de copies manuscrites formés pendant plus de cinquante ans par la Gume Sainte -Palaye, ont abandonné et trahi la cause de l'originalité nationale dans un genre où il est si rare de créer. Peut-être s'imaginaient -ils avoir tout dit quand ils avaient répété sans examen quelque dicton puéril contre la stérilité française; et ils oubliaient
^ Le fnnçtii w réptndit «i Spie pendant les croÎMdes. Un grand nombre de Syrieni apprirent cette Itngae « parleure plus délitable et plas commune de tos Ungae^et». SchaeUy ouvrage cité, t III, p. 348.
* Témoin ces vers cités par M. Génin, dans ion livre De« variaiion» tfu langage
français :
Tout droit à celni temps (jue je ci vong devis,
A voit une coustume ens (au) Tyois pays iÀlUauign§)
Que tons les grant seigneor, les conte et les marqois
Avoient entour eax gent frauçoise tos dis
Four apprendre françois leurs filles et leurs fils.
' Le traducteur italien do Trésor, Buono Giamboni, a supprimé ce passage dene L l'espoir d'anéantir un témoignage qui blessait sa vanité nationale. -— Rathery, inflvenet
de l'Italie sur les lettrée françaises depuis le xui* siècle jusqu'au siècle 4e IiO^b XiV^ 1 vol. in-8», 18S3.
» Ouvrtge cité, p. 25 à !9.