‹ Les artistes français a l'étranger (volume 3)Chapitre 7 sur 456 · MOYEN AGE. VU · texte numérisé non relu

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que la France avait fourni de sujets d'épopées Tltalie^ T Espagne ^ ^Allemagne, l'Angleterre, sans compter les versions de nos poèmes dans presque toutes les langues du nord ^ et de l'orient de l'Europe. De prétendus critiques, moins justes en France pour nos poètes qu'on ne Tétait hors de France , nous donnaient pour des traducteurs^ tandis que c'est nous qui étions traduits'.

a Cet ingénieux poème de Partonopeus de BloiSy où quelques souvenirs de la Psyché d'Apulée sont renouvelés avec grâce ^ et que l'on ne connaissait que par une mauvaise analyse dé la Bibliothèque des romans d'après une rédaction espagnole, était regardé^ sur la foi d'une note qu'une main moderne avait jointe au manuscrit de l'Arsenal^ comme la traduction d'un roman en vieux langage catalan ^ publié en 1488 à Tarragone; et les . réclamations n'auraient peut-être pas été entendues si^ en 1834^ Crapelet n'eût imprimé l'original d'après cette copie française du xii' siècle.

« Il n'y a pas longtemps qu'on redisait encore^ avec Tressan, que le Filocopo de Boccacé^ ou Fiorio e Biancafiore, venait d'un ouvrage espagnol^ imprimé en iSi^i Flore et Blanche- fleur, ce charmant petit poème que tout le monde peut lire à présent dans Tédition donnée en 1844 à Berlin, est une production française très-ancienne, dont le style a été rajeuni au xiii* siècle, que les minnesingers avaient imitée d'après un texte antérieur, et que toutes les nations européennes » même la Grèce, s'étaient empressées de traduire.

« Ce n*est que lorsque nous aurons les diverses rédactions du texte français du roman de Troie, par Benoit de Sainte -Maure, écrit vers le milieu du xu* siècle, et dont nous avons un manuscrit daté de Tan 4364, que nous pourrons savoir avec certitude si c'est à une imagination française , comme un premier coup d'œil nous Ta fait depuis longtemps supposer^ que le Filostralo de Boccac^i ,

I . BoccACe étodit à Parùi nos romani, celui de DolopaUuM entre autres. Pendant trois siècles, les chroniques poétiques de la France, les cycles de Gharlemagne, de la table ronde, des Amadb, etc., défrayèrent le génie italien. Le Tasse et l'Arioste ont tboodamaitnt puisé à nos sources. — Voir Hathery, de la p. 87 à 105.

S. Dès h Zii* siècle nos chansons de gestes, nos poCmes chevaleresques étaient trtduiU «n Norwége et en Suède. Voir Gêffroy, t. IV, p. 185 des Archives des missions seieQtilquet et littéraires.

3. Voyfi le t. XXH de V Histoire littéraire de la France; et Paulin Parts, ctUlogae «If* MMmierill fipnçftis dt la BiblioUièque impériale.

fin L\\RT FRANÇAIS

fft y d'après lai , Chaucer et son imitateur Shakspeare, ont dû Téinsode de Troiius et Cressida *. »

Notre vieille poésie nationale , si goûtée des étrangers au treizièiiie siècle^ continua d'exercer son influence sur les littératures de l'Europe pendant longtemps encore^ jusqu'au moment où la France^ à la suite de la Pléiade , dédaigna son propre fonds littéraire et rejeta ses traditions ; et^ à oe moment-là méme^ les grands poètes de lltalie faisaient avec nos légendes chevaleresques, l'Arioste son Roland furieux ^ et le Tasse sa Jérusalem délivrée.

La langue et la littérature de la France ne furent pas seules adoptées par les peuples étrangers; il en fut de même de nos usages, de nos modes. Au milieu du xi* siècle^ Sigefroi, abbé de Gcerz, déplorait que la décadence des anciens temps ait fait place à l'usage ignominieux des Français de se faire la barbe et de porter des habits courts. Presque en même temps, Godefroy de Bouillon recommandait aux chevaliers allemands la société des Français pour polir leurs moeurs et adoucir leur rudesse^.

Architecture.

£n même temps que la langue, les poésies, les mœurs et les modes même de la France étaient universellement acceptés, l'architecture française l'était pareillement. Les étrangers qui venaient par milliers à l'Université de Paris puisaient en France le goût de l'architecture française qu'on appelle si improprement gothique. Entre autres faits, il faut parler de ces étudiants suédois qui, en 1287, envoyaient en Suède ËTiEififE BoiiifEmL, tailleur de pierres de Paris, avec dix compagnons, pour aller « taire o la cathédrale d'Upsal et lui fournissaient Targent nécessaire à son voyage.

Sans vouloir écrire ici l'histoire de l'architecture gothique ^, il est

1 Instructions du Comité de la langue, de l'hbtoire et des arts de la France, par J.-V. Leclerc.

* FerilaUm. — SchœU,Coun d'bist. des États européens, t. IV, p. 62, 63; d'après Mart. Gerberti historia Nigr» Sylv», p. 343.

s Que la France ait inventé l'ogive ou qu'elle l'ait empruntée à l'Orient, peu importe. Je ne veui pas discuter ici cette question. L'ogive n'est qu'un détail dans le monument gothique; et quand nous disons que le système général de l'architecture des cathédrales de Paris et de Chartres est français, personne ne soutiendra que c'est une copie d'un monument arabe.

Les caractères généraui de l'art gothique sont : l'emploi de l'arcade en ogive, le

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cependant nécessaire de faire connaître les résultats des travaux les plus récents sur l'origine de c^tte architecture. Il est parfaitement certain aujourd'hui que r&rchitecture gothique a pris naissance en France, daps l'ancienne Neustrie *, qu'elle y a acquis son développement 9 et que de la France elle s'est répandue dans les pays voisins^. En effet, Tart gothique procède de l'art roman; or, certains monuments de TUe-de-France, de la Picardie et de la Champagne, présentent la transition entre les deux styles; on y remarque un mélange, une fusion des deux systèmes, tandis que partout ailleurs, au contraire, il y a une hrusque substitution d'un style à Tautre. A coup sûr, il ne faudrait pas d'autres preuves de l'origine française, de la naissance en France de l'architecture gothique ou ogivale; eh bien, ces monuments de transition de la France du nord sont les plus anciens monuments à ogive, ce sont les plus incontestablement déte(minés, et leurs dates indiquent qu'ils sont tous antérieurs à tous les autres monuments de style ogival construits dans les autres pays de TEurope.

Le portail de Saint -Denis est de 1140; celui de Chartres est de 1145; le chœur de Saint -Germain -des -Prés est de 1163, et celui de N.-D. de Paris, de 1182. Hors de France, aux mêmes dates, on chercherait en vain des montiments aussi avancés danà ce style. C'est seulement en France que règne sans partage l'art ogival primitif, et c'est là qu'ont été construits les plus anciens et les plus beaux monuments gothiques, tels que les cathédrales de Boissons, de Laon,

défeloppement des façades, des tours et des flèches; Tagrandissement considérable des proportions de l'église romane, dont le plan est modlGé dans ses détails, mais t:onservé dans l'ensemble; une omementation toute particulière, d'une excessive richesse et d'une grande variété. La légèreté et l'élévation des églises ogivales sont dues à un nouveau sptéme de voûtes, dans la construction desquelles les architectes du treixième siècle ont montré une habileté et une science très-grandes, et à l'invention des contre-forts et des arcs-boutants.

1 ne de France, Picardie, Champagne, Pays Ghartrain, Sénonais.

* Vojez les remarquables articles de M. F. de Verneilh sur cette importante question, dans les Annales archéulogiqueig t; Il et III ; et ses articles sur la cathédrale de Cologne. Nous avons abondamment puisé dans ces savants mémoires.

* Le stjle gothique se subdivise en trois styles , qui correspondent à trois époques : le style gothique primitif, ou ogival primitif, ou à lancettes, de 1140 à 1300;

le style gothique rayonnant/ de 1-300 à 1400; le style gothique fleuri ou 'flamboyant, de 1400 à 1550.

Les monuments religieux les plus remarquables de la première époque sont : les eatbédrales de Paris, Reims, Chartres, Rouen, Amiens, Bourges, Beauvais, Noyon,

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