FLORENCE
JEAN DE BOLOGNE, sculpteur, né à Douai en 1524, mort à Florence le 14 août 1008, à 84 ans. Elève de Jacques Beuch, sculpteur et ingénieur1. — De bonne
heure, Jean de Bologne, qui voulait voir les belles œuvres de Tltalie, vint à Rome ; il y séjourna deux années, pendant lesquelles il connut Michel-Ange et travailla beaucoup. Il se proposait de revenir à Douai, « lorsque le ciel qui l'avait destiné à embellir notre Italie de ses ouvrages », le fit passer par Florence, où il rencontra le fameux maitre Bernard Vecchietti,qni, après avoir observé les études faites par Jean de Bologne à Rome, lui donna des éloges mérités et le fit demeurer à Florence, où il travailla d'après Michel-Ange, et d'autres grands maîtres. Vecchietti vint en aide au jeune Flamand, qui était fort pauvre; il le logea, le mit en position de faire ses études, et bientôt son protégé devint assez habile pour exciter l'envie des Florentins \ La première oeuvre de Jean de Bologne ftit une Vénus en marbre, si belle que Vecchietti se crut obligé de la faire voir au prince François, fils du grand-duc de Toscane Côme le Vieux ; le prince se déclara le protecteur de l'artiste •.
On était alors sur le point de faire la fontaine de la place ; beaucoup d'artistes et des plus illustres proposèrent leur modèle. Parmi les concurrents étaient B. Ammanati, Benvenuto Cellini, Vincenzo Danti et le jeune Jean de Bologne, dont le modèle fut hautement jugé le meilleur ; il aurait été chargé d'exécuter la fontaine, si ce n'eût été la crainte du Grand-Duc de perdre un aussi gros bloc de marbre dans lequel on devait sculpter la figure de Neptune ; car tout habile qu'il était, Jean de Bologne n'avait pas encore donné la preuve qu'il était capable de tailler le marbre*.
En attendant mieux, il s'exerçait à faire des statues pour des amateurs de Florence. C'était en 1558, et Jean de Bologne avait trentequatre ans, lorsque le grand-duc Côme prit la résolution de transporter sa résidence au Monte-Comune de Florence ; Jean de Bologne à cette occasion, sculpta les armes du Grand-Duc, que Ton voit audessous de la porte du salon quand on a monté les deux escaliers ; ces armes en pierre furent achevées en 1559. Le grand-duc François
1 Cette notice est une traduction un peu abrégée de Baldinucci.
1 Jean de Bologne demeura trois ans chez Bernard Vecchietti. — Fantozzi, Nouveau Guide de Florence, traduit par madame d'Estre, p. 451,
5 Parmi ses premiers ouvrages, on cite las ornements du balcon de l'hôtel du marquis Ricardi. — Fantozzi, p. 384.
4 La fontaine en question est a la place du Vieux-palais ; e Neptune est d' Ammanati.
lui fit faire pour son casino, le groupe de Samson terrassant un Philistin, que Ton mit sur la fontaine du Gortile de' Semplici, où il fit encore des monstres marins qui supportent la vasque. Jean de Bologne se surpassa dans cette statue de Samson, car il sut éviter un certain maniéré qui se trouve dans plusieurs de ses œuvres. Un beau modèle de cet ouvrage, fait en terre, fut acquis par Jean-François Grazini, gentilhomme fort amateur de sculpture. Cette belle fontaine fut ensuite envoyée en présent par le grand-duc Ferdinand au duc de Lerme, premier ministre du roi d'Espagne '.
La réputation de Jean de Bologne était alors établie par toute l'Italie ; les Bolonais le demandèrent au Grand-Duc pour faire la fontaine de Neptune sur la Piazza-maggiore.
« Cette fontaine, dit De la Lande \ est une dts plus belles de l'Italie ; l'architecture a été exécutée sur les dessins de Thomas Laureti* sicilien. Toutes les figures sont en bronze et du célèbre Jean de Bologne, qui finit cet ouvrage en 1563. On y voit Neptune debout, un pied sur un dauphin, tenant d'une main son trident et étendant l'autre main; quatre enfants sont assis aux encoignures de la plinthe sur laquelle pose Neptune ; ils tiennent des dauphins jetant de l'eau. Au bas des angles du piédestal on voit quatre sirènes assises sur des dauphins; elles pressent leurs mamelles d'où elles font sortir des jets d'eau. Le Neptune est superbe, d'un grand caractère, mais un peu maniéré, au dire deCochin*; les sirènes sont gracieuses, d'un beau dessin, et leurs attitudes sont naturelles. Mais le piédestal étant trop petit, il y a trop de sculptures et un peu de confusion. »
En ce même temps, reprenons-nous avec Baldinucci, Jean de Bologne coula en bronze un Mercure, qui, avec d'autres bronzes de lui, fut envoyé en présent à l'empereur d'Allemagne ; le Grand-Duc donna au duc de Bavière une statue de marbre représentant une petite fille assise. Le grand-duc François lui fit faire aussi une figure de cinq brasses représentant la ville de Florence foulant un prisonnier 4 ; on la plaça dans le salon royal du Palais-vieux en face de la statue de la
1 II serait intéressant de savoir où elle est actuellement.
* Voyage en Italie, 9 vol. in-12, Paris, 1786. Les observations sur les arts sont de l'abbé Gougenot, qui voyagea en Italie en 1775 avec Greuze ; — t. II, p. 255.
3 « On voit a la Piazza-mapgiore une fontaine publique, dont la sculpture est de Jean de Bologne. Il y a tant de sculpture, en peu d'espace, à cette fontaine, qu'elle en paroit un peu confuse et trop chargée. Le Neptune de bronze, qui est dessus, est beau, d'un caractère grand et ressenti; mais il parait un peu maniéré et avoir peu de finesse. L'attitude semble trop écart illée ; ce qui est à éviter en sculpture. Il y a quatre femmes en bas, assises sur des poissons et jetant de l'eau par les mamelles qu'elles pressent de leurs mains; elles sont fort belles, dans des attitudes gracieuses, mais un peu trop voluptueuses. Au reste, elles sont bien modelées et d'une nature simple ; les enfants sont maniérés et formés comme des hommes ; ils n'ont pas les grâces ni les vérités enfantines. » — Cochin, Voyage d'Italie, t. II, p. 134-5.
4 Ce doit être le groupe que Fantozzi, p. 51, appelle la Vertu qui triomphe du Vice.
Victoire de Michel-Ange ; Jean de Bologne fit le modèle et l'œuvre, mais l'œuvre fut inférieure au modèle.
Au jardin de Boboli, notre sculpteur fit une belle fontaine; sur une immense vasque de granit, dont le pied est très-beau, sont placés trois fleuves assis, le Nil, le Gange et l'Euphrate, qui versent de l'eau dans la vasque figurant l'Océan ; les bas-reliefs de la base représentent des sujets maritimes ; la fontaine est terminée par un Neptune, qui d'après le Baldinucci, fait l'admiration de tout le monde.
Dans une grotte de ce jardin, Jean de Bologne sculpta une statue de femme posée sur la vasque d'une fontaine '.
Jean de Bologne alla ensuite travailler à Lucques ; il fit à l'autel de la cathédrale plusieurs statues colossales *. Revenu à Florence, il exécuta la statue en marbre du grand-duc Gôme Ior et beaucoup d'autres ouvrages que Baldinucci néglige de nous faire connaître, pressé d'arriver au groupe de l'enlèvement des Sabines. Ce groupe colossal en marbre représente en réalité un jeune homme qui enlève une belle jeune fille des bras d'un vieillard qu'il a foulé aux pieds. Sur la base du piédestal, il y a un bas-relief de bronze, où est représenté l'enlèvement des Sabines. Le groupe est placé à la Loggia. Grande fut la joie du peuple florentin, à la vue de ce chef-d'œuvre ; le recueil des poésies faites en son honneur forme un volume. La réputation de son auteur augmenta; les travaux lui furent commandés de toutes parts; son atelier fut très-fréquenté, et Jean de Bologne devint alors sculpteur du Grand-Duc et chef d'une importante école de sculpture.
Le Grand-Duc fit travailler alors à la villa royale de Pratolino, près de Florence, Jean de Bologne qui sculpta diverses statues en pierre, surtout le merveilleux colosse de Jupiter-Pluvius, appelé on ne sait pourquoi l'Apennin ' ; c'est un géant assis au-dessus d'une immense vasque. Le sculpteur fut aidé dans ce travail par un grand nombre d'ouvriers et d'élèves.
Ensuite, il fit beaucoup de figures en bronze placées dans la grotte du château qu'on appelle la Villa de' Serenissimi. A ce moment, il se mit à exécuter des modèles de crucifix et de figures gracieuses, qui, coulés en bronze et retouchés par ses élèves, se répandirent dans tous les pays. Il sculpta pour Simon Corsi, gentilhomme florentin, la statue en marbre du grand-duc François. Il fit pour la société des
1 C'est sans doute la Vénus sortant du bain, qu'indique Fantozzi, p. 625. Suivant cet auteur, il y aurait encore au Boboli la statue de l'Abondance, de Jean de Bologne, achevée par Tacca et Seb. Salvini.
1 Le Christ ressuscité, saint Pierre, saint Paul. — Quelques années après (après le Mercure), il retourna à Lucques ; il y fit alors deux chapelles avec plusieurs statues.
* Si le colosse était debout, il aurait 21 mètres.
juges et notaires, un saint Luc en bronze, placé à Or San Michèle (10e niche); puis le fameux Mercure en bronze, placé aujourd'hui à la galerie de Florence *.
De retour à Florence, après son second voyage à Lucques, il fit une statue représentant une femme qui se peigne, pour la villa de* Serenissimi, et pour la grotte de cette villa plusieurs oiseaux de bronze; — puis, pour Jean-Georges Gesarino, une Vénus sortant du bain, en marbre, à laquelle on donna tant de louanges, qu'une nuit elle fut volée, sans doute par un amateur ; — pour l'armoire d'ébène de la galerie royale, une série de bas-reliefs en or, représentant l'histoire du grand-duc François * ; — pour cette môme galerie, une série de bas-reliefs en argent, représentant les travaux d'Hercule.
Pendant Tannée 1580, Jean de Bologne fut appelé à Gênes par le seigneur Lucas Grimaldi pour sculpter les ornements de sa chapelle de la Sainte-Croix, dans l'église de San-Francesco di Castelletto. Il emmena avec lui son élève Francheville : ils firent six figures de ronde bosse, grandes comme nature', sept bas-reliefs représentant l'histoire de la Passion de N.-S., et six enfants assis sur des corniches. Tous ces ouvrages furent exécutés en bronze, et on doit dire que pour ce qui regarde la fonte, il avait peu d'égaux 4.
Le grand-duc étant mort en 1587, son frère Ferdinand Ier, qui lui succéda, ordonna à Jean de Bologne de modeler la statue équestre en bronze de Gôme Ier, leur père ; cette statue coulée en 1591 fut érigée le 14 mai 1594 sur la place du Vieux-Marché ; le piédestal est en marbre et orné de trois bas-reliefs de bronze, également de Jean de Bologne. Ils représentent le couronnement du Grand-Duc, son entrée victorieuse à Sienne, et les habitants de Sienne lui prêtant le serment de fidélité ' ; le quatrième côté porte un beau cartel de bronze avec l'inscription.
1 Avec deux petite modèles en bronze de celte statue, 6 petites statues en bronze, représentant : une Divinité marine, Junon, Thétis, Vulcain, Vénus et Apollon, et deux belles copies de l'enlèvement des Sabines.
* Places au Cabinet des gemmes.
9 Jean de Bologne fit pour Luca Grimaldi, six statues en bronze de grandeur naturelle : la Foi, l'Espérance, la Charité, la Justice, la Force et la Tempérance ; — six enfants en bronze ; — sept bas-reliefs aussi en bronze, représentant J.-C. amené devant le grand prêtre ; J.-C. flagellé à la colonne ; J.-C. couronné d'épines ; J.-C. montré au peuple; J.-C. condamné à mort; J.-C. conduit au calvaire; J.-C. mis au sépulcre. Ce dernier bas-relief, qui sert de devant d'autel, est le plus beau. Il fit aussi pour l'autel de cette admirable chapelle un crucifix de bronze. — Soprani, Vit a de'pittori, scultori cdarchitetti gcnovesi; 2e édit. çubliée par Rat ti, in-4°, Gênes, 1768.
4 La description de Gênes par Ratti dit que nos deux artistes décorèrent le salon de l'Université destiné aux fonction a académiques, et Qu'ils firent à l'église de Saint- Jérôme, jointe au palais de l'Université, des bas-reliefs de bronze et six statues colossales en bronze : la Foi, l'Espérance, la Charité, la Justice et deux autres Vertus.
5 Fantozzi donne une autre explication de ce bas-relief*
« Le bas-relief à droite représente, dit Fantozzi *, Gôme aux pieds du pontifie assis sur un trône ; il reçoit de ses mains la couronne, la chlamide et le sceptre. Cet événement eut lieu le 5 mars 1670. A gauche du piédestal, le même prince entre victorieux à Sienne ; dans la troisième partie, il est représenté lorsque le Sénat le créa duc de la Patrie. Le mouvement du cheval indique le commencement du trot; la pose du cavalier est noble, gracieuse et naturelle ; son vêtement tient le juste-milieu entre le costume du temps et les conventions adoptées par la sculpture. L'homme et le cheval ont un ensemble parfait. »
Jean de Bologne travailla ensuite à l'église du couvent de Saint- Marc, à Florence, dans la chapelle destinée à recevoir les reliques de saint Antonin, évoque de Florence. Il exécuta avec l'aide de Francheville, la statue du saint évêque couché sur la châsse, quatre anges, plusieurs bas-reliefs, le tout en bronze, et les belles statues de marbre1.
Puis, il fit le modèle de l'enlèvement de Déjanire, qui n'a pas été coulé en bronze ; — les modèles de plusieurs belles statues de centaures.
En 1594, le Grand-Duc lui fit l'honneur de visiter ses ateliers *.
Jean de Bologne termina en 1599 le fameux groupe en marbre d'Hercule tuant le centaure ; Francheville l'aida dans ce travail, l'un des chefs-d'oeuvre du maître, placé aujourd'hui à la galerie des Lansquenets ou d'Orgagna, à Florence.
Il exécuta ensuite, avec l'aide de Tacca, trois statues de marbre pour les tombeaux de la chapelle royale, et, en 1601, il alla à Pise avec Francheville. Baldinucci dit seulement qu'il y fit deux anges de bronze pour le dôme. Pandolfo Titi 4 entre au contraire dans de grands détails sur les ouvrages faits à Pise par Jean de Bologne et son élève. En 1601, dit-il, ils remplacèrent les fameuses portes du dôme de Pise, du sculpteur pisan Bonammi, brûlées dans l'incendie de 15951. — A l'un des deux bénitiers du dôme, se trouve un groupe
* Fantozzi, p. 393-95, indique comme ayant été faits à Saint-Marc, les ouvrages Suivants : deux autels de pierre sereine et" d'ordre ionique, exécutés en 1580 sur les dessins de J. de Bologne ; — une statue de S. Zénobi ; —le dessin de la chapelle de S. Antonin ; — la statue do ce saint, en habits pontificaux et donnant sa bénédiction. — Lés six statues de marbre ont été exécutées par Francheville, tous la direction de son maître ; elles représentent : S. Jean-Baptiste, S. Philippe, S. Thomas d'Aquin, S. Antoine l'abbé, S. Kverard et S. Dominique (1589).
3 La maison où demeurait Jean de Bologne et où étaient ses ateliers lui avait été donnée par le Grand-Duc; c'est aujourd'hui (1855) la maison de MM. Bellini, au Borgo Pinti, n° 6815. On voit, au-dessus de la porte d'entrée, un buste en marbre du grandduc François l", sculpté par Jean de Bologne.
* Guida per il passeaiere dilettante di pittura, scnltura e architettura nêlla cita 4i Pisa; Lucques, 1751, 1 vol. petit in-8°.
« P. 6 et 7.
416 LES ARTISTES FRANÇAIS A i/ÉTRÀNGKR
de Jean de Bologne représentant le baptême du Christ, fondu en bronze par Felice Palma de Florence1 ; — au maître-autel, posé à la façon romaine au milieu du chœur, se voit un très-beau crucifix avec deux anges, le tout de bronze, fait et modelé par Jean de Bologne*. — Sur la place des Chevaliers est une fontaine avec une statue en marbre de Côme I«r; le masque qui jette l'eau et le monstre marin qui supporte la vasque furent faits par Francheville, et les registres de dépense de Tordre militaire de Saint-Etienne, qui fit faire cette fontaine accolée à son palais, montrent qu'elle fut exécutée de 1595 à 1608*. — Sur le côté du palais ducal, en face de la rue de Santa-Maria et du côté de l'Arno, est placée sur un piédestal la statue de Ferdinand Ier relevant la ville de Pi se, représentée par une femme accompagnée de deux enfants ; elle est de Francheville, d'après le modèle de Jean de Bologne, ainsi que le témoigne cette inscription : Ex archetypo Joan.Bonon. Belg. Petrus AFBAxcjLYiLL±cameracencis fecitPUis A. D. 1594*.
Après les travaux de Pise, continue Baldinucci, il fit pour Giovanni Vittorio Soderini une tête colossale de Jupiter et un jeu d'échecs d'une grandeur extraordinaire, dont l'échiquier était le pavé d'une grande salle. Alors Jean de Bologne travailla pour son bienfaiteur Bernard Vecchietti ; il fit le dessin de la façade de sa maison de la rue des Ferravecchi. Les ornements de cette maison et le ravissant petit satyre de bronze, qui est à l'angle de la rue, sont de sa main'.
Jean de Bologne exécuta ensuite une statue du grand-duc Ferdinand, en marbre, pour la place d'Arezzo. En 1599, il fit faire pour lui-même, à l'église de la Sainte-Annonciade des Pères Servites, une chapelle dite de Bon-Secours 6, destinée à sa sépulture et à celle des grands sculpteurs et architectes flamands ; les ornements de cette chapelle ont été exécutés sur ses dessins; il y fit, avec l'aide de ses élèves, des statues de marbre, des bas-reliefs de bronze représentant la Passion ; pour l'autel, un crucifix de bronze, grand comme nature, et au pied du crucifix une N.-D. de Bon-Secours. Son tombeau est dans cette chapelle; il est orné de deux .statuettes d'enfants tenant des flambeaux renversés ; ses élèves y ont aussi travaillé.
De 1601 à 1605, Jean de Bologne fit la statue équestre en bronze du grand-duc Ferdinand pour la place de la Sainte-Annonciade. Baldinucci réfute l'opinion qui l'attribue à Tacca. En 1604, il commença le cheval de bronze pour la statue de Henri IV, mais il n'acheva pas ce
• P. 7 et 8.
« P, 17 et 18.
% Cette maison est aujourd'hui l'hôtel de MM. de Corona. — Fantozzi, p. 451. « La quinzième ; elle est derrière le chœur.
travail *. Enfin en 1606, il commença aussi un cheval de bronze avec la statue de Philippe III, roi d'Espagne; Tacca termina le cheval et la statue, qui furent envoyés en Espagne en 1616.
Jean de Bologne fut le chef d'une nombreuse école ; on cite parmi ses élèves : Pierre Francheville, de Cambrai ; Anzirevelle, Allemand ; Adrien Frisio, Allemand*; Antonio Susini; Francesco délia Bella, Guasparri, son frère, Florentins; Pietro Tacca, de Carrare; le Moca.
Un grand nombre de réductions faites d'après les œuvres de Jean de Bologne ont été exécutées par lui-môme et aussi par son élève Antoine Susini et par François Susini, neveu de ce dernier. Baldinucci cite panni ces réductions si connues : des crucifix, des animaux, le groupe des Sabines, l'Hercule qui tue le centaure, le centaure qui enlève Déjanire, le cheval tué par le lion, le taureau tué par le tigre, la femme endormie que regarde un satyre, le Mercure volant, le petit cheval qui se cabre, le cheval qui marche, le paysan avec une lanterne, la femme qui se lave, les quatre travaux d'Hercule, le lion qui marche *.
En outre des œuvres citées précédemment d'après Baldinucci, on trouve dans les auteurs qui ont écrit sur l'Italie, Fantozzi et de Lalande, de nombreuses indications que nous croyons devoir cyouter pour compléter ce travail. Fantozzi mentionne à Florence * une statue en marbre et en pied de Côme Ier, tenant le sceptre en main, placée aux bureaux royaux. — Un portrait de Michel-Ange, en bronze, d'une ressemblance parfaite, à la seconde salle de la maison des Buonarotti. — L'église de la confrérie de saint Nicolas du Ceppo, bâtie en 1561 sur les dessins de Jean de Bologne. Les proportions de la principale porte sont fort belles, mais les montants font trop saillie et sont trop durs ; l'intérieur est d'ordre composite, d'une grande élégance, quoique simple en même temps, et de belles proportions. — A l'église des Angiolini ou Petits-Anges, au bénitier : un saint Jean-Baptiste. — A la place de la Sainte-Annonciation : une statue équestre du grand-duc Ferdinand Ier, en bronze, érigée en décembre 1608; cette statue, faite dans les quatre dernières années de la vie de l'artiste, est une œuvre de vieillesse et considérablement moins belle que ses autres ouvrages. — A la basilique de Saint- Ambroise : une statue en bronze de Côme II. — A l'hôtel de la Commende Castiglione (ancien hôtel Gorsi), au-dessus de la porte : le buste du
1 Tacca,- en 1611, termina la statue équestre de Henri IV, qui fut envoyée à Marie de Médias, à Paris, par le grand-duc de Toscane, en 1614 (voir le Mercure de "France de 1614). Francheville fit le piédestal avec ses statues et ses bas-reliefs.
» Paroletti, Turin à la portée de Vétranger% p. 9.
s Les frères Alinari, photographes à Florence (Maison BardiJ ont exécuté de remarquables photographies aes œuvres de Jean de Bologne.
grand-duc François Ier, que Simon Gorsi commanda à Jean de Bologne. — A l'église du Castello, près de Florence : un crucifix en bois. Lalande ! prétend que les statues de la fontaine de la place Mattei, à Rome, sont de Jean de Bologne.
PIERRE DE FRANCHEVILLE, sculpteur, né a Cambrai eu 1548, mort vers
tus. Elère de Jeau de Bologne. — Pierre de Francheville ou de Franqueville * vint à 16 ans étudier la sculpture à Paris; il y resta deux ans, puis alla en Allemagne et demeura six ans à Inspruck, faisant de la sculpture en bois; il s'y fit connaître de l'archiduc Ferdinand, qui goûta ses vastes connaissances et ses talents, et lui remit des lettres de recommandation pour Jean de Bologne, lorsqu'il partit pour l'Italie (1571).
En 1574, l'abbé Antoine Bracci voulait orner de statues la cour et les jardins de sa villa de Rovezzano , à deux lieues de Florence ; il prit des mains de Jean de Bologne son élève Francheville, en janvier 1574, et l'employa, à raison de cinq écus d'or par mois et la nourriture, à faire les statues en marbre du Soleil, de la Lune, de Gérés, Bacchus, Flore, Zéphire, Pomone, Vertumne, Pan, Syrinx» de la Nature, de Protée, et une Vénus tenant de la main droite un petit satyre qui signifie le plaisir, et de la gauche une petite femme qui représente la génération.
Après avoir achevé ces ouvrages avec l'approbation de son maître, Francheville alla à Rome ; il y étudia beaucoup et rapporta plusieurs modèles à Florence, entre autres le torse du Belvédère. Il aida Jean de Bologne dans l'exécution des Sabines et de l'Hercule tuant le centaure, fin 1585, il fit pour Lucas Grimaldi, noble Génois, deux statues colossales de Jupiter et de Janus, placées dans la cour de son palais, Il fit, pour la chapelle de Matteo Senarega, dans la cathédrale de Gènes, six statues de marbre, les quatre Evangélistes, saint Ambroise et saint Etienne protomartyr \ A son retour à Florence, les Niccolini lui firent faire dans leur chapelle, À Sainte-Croix, les statues de Moïse, d'Aaron, de l'Humilité, de la Virginité et de la Prudence *.
En 1589, il exécuta, d'après les modèles de Jean de Bologne, à l'église de Saint-Marc des Frères prêcheurs, six grandes statues de marbre, citées p. 415, note 2. Le 30 avril de la même année, à l'entrée de madame Christine de Lorraine, femme du grand-duc Ferdinand Ier, il fit, pour décorer la façade de la cathédrale, six grands colosses de terre, de plâtre et de stuc, dont trois furent ensuite mis à l'entrée de
' Sur l'orthographe de son nom, voir les Archives de V&rt fra%ç*\*y t. III, p. 40. Les contemporains l'appellent Frangueville, et en Italie Pietro Francavilla.
* Soprani, t. 1, p. 423.
4 Ces statues, dit Fantozzi, p. 202, sont d'une grande beauté ; l'exécution en est d'une hardiesse étonnante, en même temps que d'un soigné extrême.
l'église, savoir : saint Zanobi et saint Poggio, évèques de Florence, et saint Miniato.
Il sculpta, pour les Zanchini, une statue en marbre de Jason, tenant la toison d'or ' ; — pour Averardo Salviati, un Apollon ; — une statue de marbre représentant le Printemps, placée sur la culée du pont de la Sainte-Trinité.
Francheville fut ensuite envoyé à Pise par le grand-duc Ferdinand pour y exécuter la statue de Gôme I" (voir p. 416) ; il y fit encore la statue de Ferdinand Ier (voir p. 416) et le modèle du château des Prieurs, pour l'ordre des chevaliers de Saint-Etienne. Francheville demeura plusieurs années à Pise ; il y travailla beaucoup l'anatomie, fit plusieurs modèles d:écorchés en terre cuite, très-employés par les artistes d'alors, et divers modèles d'anatomie, assez semblables, nous paraît-il, à ce qu'a fait de nos jours M. Auzou. La ville de Pise, pour le récompenser de ses travaux, lui donna le droit de cité .
Revenu encore à Florence, il fit pour Duccio Mancini une statue de Mercure, placée plus tard au jardin Boboli ; — pour les Michelozzi, à leur villa de Bellosguardo, une statue en marbre, que Fantozzi* dit être la Pitié ; — pour la ville d'Arezzo, il sculpta, peut-être d'après le modèle de Jean de Bologne, la statue de marbre du grand-duc Ferdinand premier *.
Ayant fait une statue d'Orphée, en marbre, pour Jérôme de Gondy, établi en France, et Henri IV ayant vu cette statue*, le roi de France voulut s'attacher Francheville, qui passa à son service en 1601. Avant de quitter Florence, il sculpta deux statues de marbre, la Vie active et la Vie contemplative, que Ton voit dans la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, dans l'église de la Sainte-Annonciade*.
Fantozzi ajoute à cette liste des œuvres de Francheville plusieurs beaux bustes placés au cloitre de la sacristie du couvent de Sainte- Marie des Anges ; — un Mercure tuant Argus, au palais Pitti •.