XF/770 siècle
Dès les dernières années du règne de Louis XIV, après la mort de Le Brun, la sculpture se dégagea de la peinture. En arrivant à sa liberté d'action, la sculpture devint originale et toute française avec Coyzevox, Nicolas Goustou et Guillaume Goustou, qui suivirent les traces du premier. La sculpture décrivait les mêmes évolutions que la peinture, et dans ce grand travail qui s'accomplissait alors et transformait notre école, Coyzevox et les Goustou furent les équivalents de Bérain, de Watteau, de Lemoine, de Robert de Gotte et de Boffrand.
Les types les mieux caractérisés de la sculpture de ce temps sont les quatre figures de nymphes, provenant de Marly, que Ton voit actuellement sur la terrasse du jardin des Tuileries1, et les anges sculptés en bas-relief sur les portes des quatre chapelles du dôme des Invalides1. Il n'y a plus rien dans ces statues ni dans ces basreliefs qui rappelle l'antique ou l'Italie : c'est un art nouveau, né sur notre sol et sorti de notre génie national. On reprochera plus tard à cette élégante sculpture de tomber dans l'afféterie, mais il faut lui reconnaître alors des qualités éminentes et l'originalité la plus complète.
La sculpture resta dans cette voie jusqu'à la fin du xvm« siècle, conservant une partie des mérites des chefs de l'école, la grâce, l'esprit, l'habileté du ciseau ; mais les mêmes raisons qui amenèrent la décadence de la peinture produisirent aussi la décadence de la sculpture •.
On voit au musée du Louvre quelques échantillons de la statuaire de cette époque, dans les morceaux de réception de Thierry (une Léda), de Falconet (une Baigneuse) et de Pigalle (un Mercure attachant ses talonnières). La Léda et la Baigneuse sont de charmantes statuettes de jolies filles parisiennes; quant au Mercure, c'est un beau jeune homme, également de type français. L'antique n'a plus rien à voir en tout ceci.
Les étrangers furent enthousiastes et avides des œuvres de nos
1 Les deux statues du côté de la rue de Rivoli sont de Qbyzevox, les deux autres sont de Goustou.
* Ces anges sont de N. Coustou et de Coyzevox; ile ont été gravés par Gochin, pi. 42 et 83 de l'ouvrage de l'abbé Pérau,
* Parmi les causes de la décadence do la sculpture sous Louis XV, le rapport sur l'état des Beaux-Arts, présenté par la quatrième classe de l'Institut à l'empereur Napoléon 1", signale surtout : l'ignorance des artistes, la négligence absolue qu'ils mettaient à cultiver leur esprit. Tous demandaient à Cochin des dessins pour les grands monuments dont ils étaient chargés (mausolées, statues équestres), et qu'ils étaient incapables de composer. Le dessin original du mausolée du maréchal de Saxe, par Pigalle, a été fait par l'abbé Gougenot et arrangé par Cochin ; le tombeau du Dauphin a Sens, par Goustou, a été fait aussi d'après un dessin de Cochin (p. 123, 127.}
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sculpteurs; tous furent employés au dehors, à ce point que la France est le pays le plus pauvre en morceaux de sculpture du xvine siècle, et qu'il est impossible d'y juger aujourd'hui les sculpteurs du temps1. L'électeur de Bavière avait appelé Ch.-Cl. Duhut. Le premier sculpteur de Frédéric le Grand était Adam, le cadet ; Pigalle, Bouchardon, Guillaume II Goustou, Lemoyne, Vassé, travaillaient à Paris pour Sans-Souci. Gh.-Fr. Hutin était premier sculpteur de l'électeur de Saxe. En Angleterre, l'illustre Rouhillac exécutait de nombreux et beaux travaux, et réformait la sculpture' anglaise qui en était encore aux types et aux procédés du moyen âge. Saly était premier sculpteur du roi de Danemark. Philippe V, roi d'Espagne, appelait Frémin, Thierry, Bousseau, les deux Dumandré (Hubert et Antoine), Michel Robert, Pierre Pitué et Verdiguier, pour peupler ses jardins de Saint- Ildefonse de groupes et de statues qui lui rappellassent Versailles. A Parme, nous rencontrons J.-B. Boudard ; à Rome, Edme Bouchardon*; avec lui, L.-S. Adam, Michel- Ange Slodtz ; à Turin, Ladatte. En Russie, Falconet et mademoiselle Gollot étaient chargés par Catherine II d'élever le monument de Pierre le Grand; Gillet travaillait à Moscou; Vassé, à Saint-Pétersbourg; Fr.-Guill. Dubut, à Saint- Pétersbourg et à Varsovie; Vernier, graveur en pierres fines, à Saint- Pétersbourg. Nous retrouvons mademoiselle Gollot, devenue madame Falconet, sculptant en Hollande, J.-Ph. Bouchardon travaillait en Suède, en même temps que Larchevêque, chef d'une importante école à Stockholm, d'où est sorti Sergell.
Les orfèvres, qui ne sont en réalité que des sculpteurs en métaux précieux, étaient aussi célèbres que nos autres artistes, soit par le bon goût de leurs œuvres, soit par les importants perfectionnements apportés à la partie matérielle de leur art. Claude Ballin II, orfèvre de Louis XV, a surtout travaillé pour l'étranger : les cours de Portugal, d'Espagne, d'Italie, de Saxe, de Bavière, de Russie, le prince Eugène à Vienne, le Grand Turc lui-même, possédaient des œuvres importantes de Ballin. Toutes les tables des souverains de l'Europe « étaient ornées des chefs-d'œuvre » de Pierre Germain et de Thomas Germain. En parlant de ce dernier, l'abbé Lambert dit : a II n'y eut aucune cour de l'Europe qui ne recherchât avec avidité les ouvrages de cet incomparable artiste. »
La serrurerie avait autant de réputation que l'orfèvrerie. Destri- • ches, de Paris, sous Louis XV, exécutait pour le Portugal des grilles dont les contemporains vantent l'élégance.
1 Une grande partie de leurs œuvres principales, statues équestres; etc.. a été détruite pendant la Révolution. Voyez Patte, Monuments (levés à la gloire de Louis XV, 1 voL in-folio.
1 L"Écorché de Bouchardon eut un grand succès ; partout il servait à l'enseignement du dessin. En 1766, Wille l'envoie à M. (Eser, directeur de l'Académie de peinture de Leipzig. Il a fallu l'Écorché de Houdon pour détrôner celui de Bouchardon .
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L art du fondeur pvait reçu de tels perfectionnements par les soins de Gof, Commissaire des fontes de l'Arsenal, qu'on imita partout ses pfocédéd, et qu'on l'appela à Copenhague pour éoulef la statue de FfôdéHc V, inodelée par Saly !.