‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 16 sur 202 · La Réaction · texte numérisé non relu

La Réaction

La réaction se fit dans la sculpture en même temps que dans la peinture et pour les mômes raisons ; l'équivalent de Yien se trouve dans Bouchardon. Caylus et Grimm se tenaient pour satisfaits du style plus sévère de leur sculpteur favori, et nul ne pensait alors que la statuaire française arriverait bientôt à n'être qu'une plate imitation de la sculpture grecque. Il est vrai que Bouchardon ne faisait pas pressentir Chaude tj de même que Vien ne semblait pas devoir aboutir à David» et Gabriel à Percier.

Notre école alors. faisait un bon usage de l'antique; elle s'en servait avec mesure pour anoblir et élever le goût, mais elle ne renonçait ni à la batureni au goût français pour adopter une prétendue nature idéale et ce goût pseudo-antique qui est si détestable. Les sculpteurs de la réaction modérée, Bouchardon, Pigalle, Allégrain, Gaffiéri» GIch dion, Pajou, iloudon et le médailleur Duvivier, suivaient la manier* française de Coustou et de Goysevox; mais ils étaient plus forts et pluB purs que les successeurs de ces deux grands artistes. Les bustes de Caffléri, si pleins de naturel et de vie \ la Baigneuse d'ÀUégrain, les sujets gracieux de Glodion, la Psyché de Pajou, son admirable buste de ia Pubarry, les médailles de Duvivier, tous les ouvrages de Houdon, le plus original et le plus vigoureux talent de TépoqUe, avaient relevé l'école.

Julien poussa la réaction plus loin; la statue de la Jeune fille à 1A chèvre est de notre meilleur style français ; mais la tète est tout-èfait copiée ou imitée de l'antique» La date explique cette nouveauté* la statue de Julien est de 1787, c'est-à-dire de Tannée du Socrate de David. Mous ne sommes encore qu'à la seconde manière de David} quand le peintre arrive à sa troisième manière, Julien (bit alors la statué de Ganymède, ouvrage raide et froid, imitation Complète de la statuaire antique, et Gartellier, Bosio, Gbaudet paraissent*

Pendant cette période, nos sculpteurs, moins nombreux que dans la période précédente, sont aussi beaucoup moins employés à l'étranger. Cependant Houdon fit à Rome une célèbre statue de Saint»

* L'espace noua manque pour parler de la sculpture d'ornements qui tient une grande place au xvtu* siècle ; Il faut au moins rappeler les noms de Nicolas Pinault, de Jules Dugoulon, do Robillon ci de François Ronûé, les plus célèbres artistes en ce genre.

ft A propos du buste du médecin Borie, Diderot écrivait qu'il était « ressemblant à faire mourir do peur un malade. •

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Bruno ; pour les Etats-Unis il exécuta la statue de Washington. Roland travailla pour le prince de Salm-Kibourg. On trouve à Gènes, Philippe de Beauvais ; à Parme, Edmond Petitot, Laurent Guyard et Julien dit de Parme ; en Saxe, Acier, sculpteur? à la manufacture de porcelaine ; en Pologne, André Le Brun.

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La sculpture avait été entraînée par le mouvement dé l'opinion fi imitef l'antique autant que la violence de la mode l'exigeait. S'il est impossible de faire un tableau absolument gréé, tien n'empêche le sculpteur de faire une oeuvre complètement imitée de* statuaires anciens * il lui suffit dé prendre un personnage mythologique ou historiée, et de lui donner les formes dont il a mille modèles sous les yeux. C'est à quoi la Aéaction aboutit. Nos sculpteurs ne pro*

duisirent plus autre chose que des statues prétendues grecques; sous prétexte de sévérité et de grand style, la sculpture n'enfanta que des œuvres d'une raideur et d'une sécheresse désespérantes, sans originalité, sans goût, sans aucun style. Ce même que les peintre*, les sculpteurs abusèrent du nu et des attitudes théâtrales, et copièrent l'antique sanfe le comprendre; quand ils eurent à traiter des sujets modernes ou des personnage* contemporains, ils les transformèrent à l'antique* On peut citer parmi les plus ridicules exemples, la 4ta*

tue du général Dugommier1 par Chaudet et celle du général Leclera parDupaty ". Dugommier est revêtu d'un manteau drapé à l'antique, qui ne laisse voir de son uniforme que les bottes à éperons et le collet de l'habit ; sa tête est couverte d'un casque grec ; il porte la barbe tout entière ; c'est une tête absolument calquée sur celle d'un guerrier grec; on croit être devant Un soldat Spartiate, mais les bottes à éperons et une bombe qui est aux pieds de la statue rappellent qu'il est question d'un général moderne ; il est impossible d'imaginer un pareil contre-sens. Quant au général Leclerc, Dupaty l'a représenté absolument nu.

Chaudet fut le plus habile sculpteur de l'époque ; malheureusement pour lui» la plupart de ses dfeuvres capitales sont détruites. Quant à koittef Gois, Bridah4 Bosio, Roland, Cartellier, Letiiot, t)upaty, etc., ils forment la plus déplorable école de sculpture que nous ayons jamais eue *.

1 {$• 1563 du musé* de Versailles.

1 N* 1378 du musée de Versailles.

1 ÎHOkmli (Piéfrè~PhUtoe), httbUe ciseleur ei fabricant de bronzes (hé à Paris ëfe 1751, mort en 1843), élève de Pajou,a exécuté pour le roi d'Angleterre, Georges IV, de grands candéladres, et pour le comte A* Demidof, un vase an malachite, une table et fit temple (de 6 m. , 10 Je n.), en btohih doré, enrichi dé malachite et de lapb-lazuli.

Aussi nous n'avons pas à citer pour toute cette période, un seul nom de sculpteur français à l'étranger. C'est en raison directe du caractère français de notre école que ses artistes sont employés et ont de l'influence en Europe. L'Europe ne les appelle et ne les occupe qu'à la condition qu'ils lui apportent des idées et des formes françaises.

Une réaction énergique a été faite, sous la Restauration, contre cette sculpture pseudo-antique, par Gortot d'abord, puis par David d'Angers, le grand sculpteur moderne, l'auteur de Philopémen, par Pradier, charmant sculpteur de genre, par Rude et Barye. Les dignes élèves de ces grands maîtres, MM. Bonassieux, Gavelier, Dieboit, Guillaume, Oliva, ont soutenu victorieusement l'honneur de l'école dans le concours de l'exposition universelle ; ils lui ont maintenu le premier rang que leurs maîtres lui avaient reconquis, non seulement dans la statuaire, mais encore dans tous les arts qui en dépendent.

En même temps, M. Friedeiich travaillait pour la Prusse et le duché de Bade; M. le comte de Nieuwerkerque, pour la Hollande, où il a fait une des meilleures statues équestres de notre époque, celle de Guillaume le Taciturne; MlIe de Fauveau s'était fixée à Florence; M. Lemaire faisait de beaux frontons à l'église Saint-lsaac de Saint- Pétersbourg; M. Rochet travaillait pour la Savoie et le Brésil ; David d'Angers et Pradier exécutaient de nombreux ouvrages pour divers pays de l'Europe.

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