‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 17 sur 202 · XVIIe siècle · texte numérisé non relu

XVIIe siècle

Lorsqu'en 1595, Henri IV résolut d'achever la galerie du Louvre1, « nos grands artistes du xvie siècle, les plus nobles représentants de la Renaissance française, étaient tous au tombeau. La génération qui les suivait n'avait ni cette sûreté de goût, ni ce grand fonds d'imagination ou d'originalité qui jusque là nous avait garantis de la contagion italienne. Nous devenions plus enclins à chercher nos exemples au delà des monts, à mesure que les progrès du mal y devenaient plus rapides. Les deux seuls architectes qui se fussent montrés fidèles aux traditions de l'antique et du xv° siècle, et qui eussent tenté, au moins en théorie, d'y ramener l'Italie, tout en les reniant trop souvent dans leurs œuvres, Vignole et Palladio, avaient cessé de vivre. Maderne régnait seul, et le terrain se préparait pour

1 Entre le pavillon Lesdiguières et les Tuileries; l'autre partie est du temps de Henri II.

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les ambitieuses folies de deux hommes alors au berceau : le Berninet le Bonromini1. »

Jusqu'à Mansart l'influence étrangère pesa de plus en plus sur notre architecture. On introduisit dans la décoration de la grande galerie du Louvre, élevée sous Henri IV*, Tordre colossal, « une des plus grandes licences du xVi6 siècle italien1, » et notre architecture pervertie fit un pas de plus .dans la voie funeste de l'imitation servile d'une architecture en décadence. Le palais du Luxembourg, bâti par Desbrosses 4 pour Marie de Médicis est, au moins dans sa décoration, une imitation du palais Pitti à Florence. Le portail de Saint- Gervais (1616), œuvre du même architecte, est emprunté aux portails de l'église du Jésus et de Saint-André-della-Valle, à Rome ; on blâme justement la superposition de trois ordres dans la façade d'un édifice dont l'intérieur n'a pas d'étages superposés, et on regrette de voir Desbrosses faire un tel emprunt à l'architecture italienne *.

Le dôme de la petite église des Carmes, de la rue de Vaugirard, celui de l'église delà Sorbonne (1635-53), construit par Lemercier, et le dôme du Val-de-Grâce (1654-65), bâti par Lemuet, sont une nouvelle importation italienne.

Enfin quand Louis XIV veut achever le Louvre, c'est au Cavalier Bernin qu'il s'adresse. On lui demande d'abord des projets, qu'il envoie; on y fait des corrections, qui le scandalisent0; enfin on se décide à le faire venir à Paris (1665). Pour vaincre les résistances du Cavalier, Louis XIV lui écrivit de sa main; pendant son voyage en France, il reçut des honneurs extraordinaires. Puis, quand le Bernin eut arrêté ses projets, le tout se trouva laid, incommode, manquant de goût et de bon sens7; on ne pouvait exécuter les plans du Cavalier, qu'à la condition de détruire l'œuvre de Pierre Lescot. On aurait eu beaucoup de peine à se débarrasser du Bernin, si la rigueur de l'hiver ne fût venue en aide à Colbert et à Perrault. Bernin partit, pour l'Italie avec un brevet de 12,000 livres de pension; il est le der-

1 Vitet, Le Louvre, dans la Revue contemporaine, t. III, p. 390. 1852.

• Peut-être par J.-B. Ducerceau.

» Vitet, loc. cit.

4 Salomon Desbrosses et non pas Jacques.

5 Voyez les Etudes d'architecture en France, par Léon Vaudoyer, dans le Magasin pittoresque, 1845.

• Home, 2 décembre 1664 ; lé duc de CrÉquy à Colbert :

• Monsieur, je fus jeudy dernier chez le cavalier Bernin et estant entré avec luy en discours sur lé nouveau dessin que vous m'avez mandé que le Roy souhaitoit qu'il fist pour le Louvre, il me parut extrêmement scandalisé de la manière dont on avoit traité celuy qu'il a déjà envoyé. 11 me dit mesme ces paroles que Ton y avoit fait plus d'observations et trouvé plus de défauts qu'il ne falloit de pierres pour le b&stir...» (Lettres de Colbert, collection verte, Bibl. nation.)

7 Voyez dans Blondel, Arch. franc, , t. IV, tous les détails de cette affaire, avec les plans et élévations des projets de Perrault, de Bernin, de Lemercier et de Marot. Les projets de Bernin sont d'une étonnante laideur.

nier grand artiste Italien appelé en France avec apparat; mais on tomba de Bernin en Perrault. La colonnade du Couvre, espèce de placage sans fenêtres, reposant sur un Immense soubassement, couronné d'un plmple cordon de belustres & Jour, avait mille défauts \ d'abord elle consacrait le triomphe dç Tordre colossal; elle faisait disparaître pour la première fois notre Vieux système de toiture f t et ce (jue les architectes italiens du xvp siècle avaient respecté était détruit « par un médecin de le faculté de Paris * i eUe jetait l'architecture française dans une voie d'Imitation exagérée de l'architecture grectjue; elle était en pleine contradiction avec le style de l'édifice; elle était trop haute, trop large, et amenait forcément la surélévation si f&çbeuse des façades de la cour, et la destruction de la façade méridionale (jue venait de construire Levau É.

La colonnade du Louvre fut élevée de 1657 à 1674. A la même époque, Fr, Biondel construisait la porte Saint-Denis, eu prenant ses modèles dans l'architecture romaine, dans la colonne Trajane, dans la colonne rostrale du Capitole et dans les médailles romaines.

Pendant que Desbrosses, Perrault et Biondel faisaient de l'architecture italienne et antique, l'architecture française se soutenait et luttait. Çalomon de Gaus, contemporain de Desbrosses, faisait pour rélecteur Palatin, à Jïeidelberj, les constructions les plus originales et les plus remarquables jardins. Mais ce fut dans la construction des hôtels et des châteaux, élevés en si grand nombre pendant le règne de Louis XIII (voy. p. 63-64) et dans la nécessité de bâtir d'une manière raisonnable des habitations appropriées aux tneaurs, au* besoins et au climat du paya, que l'architecture française trouva le principe de son salut; si elle n'avait eu A construire <jUe des monuments d'apparat, elle fût demeurée anti-française.

A en croire Tallemaitf et Sauvai, la marquise de Rambouillet serait le premier auteur de ces changements; peu satisfaite de tous les dessins qu'on lui présentait, elle fit elle-même le plan de son hôtel. « C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers à côté pour avoir une grande suite de chambres, à exhausser les planchers, et à faire des portes et des fenêtres hautes et larges et vis-à-vis les unes des autres; et cela est si vrai, que la reine mère, quand elle fit bâtir Luxembourg, ordonna aux architectes d'aller voir l'b6tei de Rambouillet, et ce soin ne leur fut pas inutile \ » N'est-il pas intéressant de voir cette femme célèbre exercer sur notre architecture une influente semblable à celle qu'elle a eue sur les lettres t

< Biondel (Arek. /tonp., IV, 61), dira tolua tard que dans k 4dç<wttttoa d'ua pftW* f l*s comble* apparenta «mV contraires a to blenaéawe. • • Voye« au? rwatota <Jn tfivm* Ftxoéltai travail «ta M* Vite* daaa la.R#w coin

tmporatne.

3 Tallemant des Réaux, éd. in- 12, t. 111, p. 213.

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Ûe tous les hôtels de cette époque, les principaux <juj subsistent à Paris sont l'hôtel Lambert, construit par Levau, J'hôtel Lauzim et l'hôtel de Nouveau, à la Place-Royale '•. Parmi les principaux châteaux, on peut citer comme types : le château de Maisons, par François Mansart; le château de Versailles de I*ouis XIII (16ît), par Lemercier, qui a construit encore }e château de Richelieu È\ le château de Ruel*; le château de Lavardin dans le Maine, par J. Jlarot; le château de Vau*, bâti en 1653 par Levau pour le surintendant Fouquet, qui exerça sur ce mouvement français une si excellente influence.

Au milieu des projets présentés pour l'achèvement dû Louvre^ cçlui de Jean Marpt, conçu dans l'esprit de P. Leseot, se distingue par ses caractères français et par son élégance; c'est uns admirable protestation du bop sens et du géqiQ national cçntre lçs projets du Ben^fl, et de Perrault.

Jfais de tous les architectes du temps, le représentant le plus éminent de la tradition française est Libéral Bmand, « esprit expressif et pur, dit M. Vitet, égaré comme Le^ueur dpns cette bruyante épo* que, » auteur du frontispice du bureau des marchands drapier? $ Paris \ et qui fera plus tard « le vrai chef-d'œuvre de son temps, 1a grande cour des Invalides, ce cloître militaire, dout la destiu&Hou est si admirablement éorite sur ces m^les arcades, sur ççg gobre* profils *. »

Nous signalerons parmi les décorateurs de l'époque : Çh. Errard? Jean Marot, Antoine Lepautre et principalement Jean Lepautre. Oa a vu précédemment quelle avait été l'importance d'Errard; ses ornements sont en général dans le goût antique et italien de la Renaissance. Nous ne croyons pas qu'il subsiste encore aucune œuvre décorée pur Errard, mais nous pouvons citer comme exemple de son style les gravure» représentant la décoration des appartements de la

Reine au Vieus-Louvr o i tes arabesque» sont 4'un* composition

excellente t.

Jean Marpt a pubUé « Diverses invention* nouvelles pour des cheminées avee leurs ornements » et des placartaj son style se rapproche tout-Mbit de celui des Lepautre*

Àntotae Lepautre décora les plafonds de rhâtel du marquis d»

1 Oui S été l'Hôtel de là mairie de l'ancien huitième arracUsseouBt,

* b SMyswiM çhAtwv ft iïkhlicu, gw* par Jt Marotf U feuille* i»faliP

4t»OJUr,

'vue* dn cbfteeu, d* RueJ et de eea jardina, dans k t. H de Y4rekUt à h wh \ c'est dâà tout YemJUe*t par l'aspect général, les détail» et la» fontaioee.

* Gravé dans VAnhttoeture françoise de Blonde^

s Vitet, loc. cit., p. 418. — Bruand'a construit tout l'Httal de» Invalida», fauf l'église du dôme.

* Volume H. d. 30 du Cabinet des estampes.

Fontenay-Mareuil d'ornements forts élégants1; mais son frère Jean * Lepautre, dessinateur et graveur d'architecture, est bien plus im- ' portant par son talent original et varié. Jean Lepautre, malgré ses emprunts à l'Italie, est un des représentants les plus brillants de l'ornementation française. Jusqu'à Bérain et Boffrand, tout le monde suivit ses errements. La Chambre des Muses, à l'hôtel Lambert, la galerie d'Apollon, les premiers salons de Versailles (voir page 68) sont les échantillons les plus caractérisés de « l'ornementation à la Lepautre; » mais pour apprécier toute la fécondité, la richesse et le bon goût de l'artiste, il faut étudier son œuvre gravé qui est très^ considérable*.

Pendant cette période, nous ne trouvons avec Salomon de Gaus, déjà mentionné, que deux de nos architectes employés à l'étranger: Simon de la Vallée, appelé en Suède par la reine Christine, et Jacques Bruand, qui construisit, à Cologne, un hôtel pour le célèbre banquier amateur Jabach *.

Sous l'influence personnelle de Louis XIV, qui aimait les grandes choses et se plaisait à bâtir, l'architecture prit un nouvel essor. Jules~Hardouin Mansart, premier architecte du Roi, est le principal architecte de l'époque, avec Lenôtre, dessinateur des jardins du Roi ; tous les deux ont été les chefs d'une école importante. Mansart a construit les châteaux de Versailles, de Marly, du Grand-Trianon et l'église royale des Invalides *.

L'orangerie et la chapelle du château de Versailles sont les œuvres les plus remarquables de cet habile architecte; l'orangerie est d'une simplicité pleine de caractère et de grandeur, mais la chapelle

1 Destins de plusieurs palais, plans et élévations,,. 1 vol. in-fol., 1652.

* On y trouve des alcôves à la romaine, à la française, à la royale et à l'italienne (ces dernières sont tout-à-fait dans le style de Versailles); — des plafonds à la romaine, « nouvellement inventez par I. Lepaultre, > des quarts de plafonds, des ornements pour plafonds, du style le plus ricte et le plus excellent; — des intérieurs ; — des lambris « à la françoise, des lambris à l'italienne pour orner et embellir les chambres, salles, galeries et autres lieux magnifiques, inventez par I. Lepaultre, 1659 » ; — des ornements de panneaux ; — des chapiteaux, des frises ou montants à la moderne (1657); — des trophées d'armes et des montants de trophées d'armes (1659); — des lits a la romaine ; — âes grotesques, des mauresques et des arabesaues, d une très-élégante composition ; — des cheminées à la romaine avec bas-reliefs ; (les cheminées de Bérain et de Robert de Cotte, dont on parlera plus loin, sont donc bien une réaction française contre les cheminées italiennes); — des portes et des portes-cochères ;<*- des jets d'eau, des fontaines sculptées, des termes, des supports, des vases (toute la décoration des Jardins et parcs de Versailles dérive de là); — des clôtures de chapelles en menuiserie et « cerune > ; des chaires ; des bancs de chœur ; des clôtures de chœur ; des autels; des tabernacles ; des « eaux-bénitiers ; • — des dessins de toute espèce pour l'orfèvrerie religieuse (1659); — des bordures de miroirs ; — < des écussons ou entrées de cerures et autres ornements servant à embellir la cerurie > , des clefs.— Tous ces ornements sont d'un style pur, variés, élégants, agréables et, me reproche qui voudra l'emploi. trop fréquent du mot, d'un goût très-français.

1 Gravé dans le Petit Marot.

4 Ou église du dôme.

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«fonible régpmer en elle toutes les qualités du style de Mansart. Toutes ses parties sont empruntées à l'architecture antique, mais disposées d'une manière originale, et sans que la préoccupation d'employer les détails anciens fasse sortir l'architecte du plan et des dispositions générales consacrées dans les édifices religieux. Mansart a conservé en effet la toiture, le campanile, le faîtage orné, les contreforts et les gargouilles des églises du moyen âge ; il a voulu faire une sainte chapelle.

Ce que Ton observe à la chapelle du château de Versailles, on le retrouve ailleurs ; la disposition du monument est bien française ; la décoration extérieure est inspirée de Tan tique, mais avec discrétion et intelligence.

Bien que nous ayons déjà parlé de Bruand (voy. p. 111), nous ne pouvons nous dispenser de répéter qu'il construisit, sous Louis XIV, l'hôtel des Invalides, moins l'église du dôme '.

Mansart et Bérain commencèrent à modifier le système de décoration intérieure des Lepautre. On supprima les ornements sculptés des plafonds; on abandonna les grandes cheminées à bas-reliefs pour faire « les cheminées à la royale à grand miroir* » ou a cheminées à la mansarde » ; on commença à employer les glaces dans la décoration des appartements, comme on peut le voir au Grand- Trianon.

En étudiant l'œuvre gravée de Bérain, on est vraiment émerveillé du style de ses arabesques pour panneaux, du goût excellent de ses frises, de ses corniches, trumeaux, plafonds, chapiteaux, de l'intarissable variété des dessins de cheminées, dont quelques-unes sont déjà ornées de glaces entourées d'encadrements élégants. Bérain est le trait-d'union entre l'école de Lepautre et celle de Robert de Cotte.

Un très-précieux recueil de gravures « l'Architecture à la mode » nous donne tout le système de l'ornementation en usage à la fin du xvii° siècle. On y trouve des « portes d'appartements, des placards et lambris dessinez par le Sr Mansart et nouvellement exécutez dans quelques maisons roïales » ; c'est le Versailles et le Trianon du temps; — des plafonds, déjà sans peintures, avec de simples ornements en relief et dorés ; — des plans et dessins nouveaux de jardinage, par

1 Une institution importante, l'Académie d'architecture, fut établie en 1671 par Colbert ; elle se composa d'abord de Fr. Blondel et Pierre Mignard, ses fondateurs, de Louis Levau, L. Bruand, Daniel Gittard, Ant. Lepautre, François Dorbay et André. Félibien. Dans les conférences des premières années, l'Académie fixa les règles de L'art d'après l'Antique et la Renaissance ; ses guides étaient Vitruve, Palladiq, Serlio, Scamozzi, Bullant et Philibert Delorme ; les académiciens discutaient et résolvaient les difficultés, puis ils professaient dans leurs leçons les décisions prises dans les conférences. Les registres de l'Académie d'architecture sont conservés au secrétariat de 'Institut.

* Cheminées nouvelles, vol. H. d. 30 du Cabinet des estampes.

Le Bouteux (dédiés à Louvois), qui nous montrent ce qu'étaiffet c parterres de broderie, parterres avec bosquets, cabinets et portiques de treillage » dans tous les beaux jardins de l'époque. Toutes ces œuvres de nos pères, détruites aujourd'hui, revivent pour nous dans ces estampes1. — On voit aussi dans l'Architecture à la mode, des escaliers de jardins, avec fontaines, par Le Blond ; des escaliers du jardin de Saint-Cloud, par Lenôtre; des fontaines dessinées par le Sculpteur du roi d'Angleterre, le florentin Fanelli ; et en comparant le style trivial de ce dernier avec celui des œuvres de Lenôtre, on comprend pourquoi les étrangers s'adressaient de préférence aux dessinateurs de jardins formés à l'école de Lenôtre1.

Toute la décoration du temps de Louis XIV, telle que a l'Architecture à la mode » nous la fait connaître, fut importée en Hollande par Daniel Marot, architecte de Guillaume III. Son œuvre a été gravée et publiée à Amsterdam, en 1712, en un volume in-folio '. La décoration des appartements, telle que l'entendait Marot et telle qu'il l'exécuta à Loo, est dans ce goût de Bérain, qui nous fait sans cesse pressentir celui de Robert de Cotte. L'ornementation de Daniel Marot est d un style très-agréable, d'une variété et d'une élégance extrêmes, et s'applique à tout. Les planches de l'œuvre de Marot nous montrent des décorations d'intérieur, des plafonds, des cheminées , des dessus de portes, des arabesques ; — des dessins d'ornements pour faire en broderie et en petit point, pour tapisseries de meubles et dessus de tables; des modèles de grilles, portes, clefs, « ballecons » et rampes; — des berceaux, treillages et parterres, dont plusieurs ont été exécutés aux jardins de Voorst, en Hollande; — des groupes pour pièces d'eau, exécutés aussi à Voorst (gravés en 1701); — des vases pour la maison royale de Loo ; — un recueil d'ornements pour l'utilité des sculpteurs et orfèvres, donnant des modèles de miroirs, cadres, bordures, corniches, et des dessins d'orfèvrerie de toute espèce ; — le carrosse de Guillaume III, qui est très-beau (planche 1 1 5} ;

1 Biles représentent lei parterres des hôtels de Grandmont et de Villacerf ; les jardins de Louvois, de Preslcs, de la Norville. de l'hôtel de Condé ; des berceaux, portiques et salons de treillage à Versailles. Chantilly, Sceaux, Chaville ; la maison de Benserade à Arcueil.»

* Je rejette en note ce qu'il y a encore do curieux dans • l'Architecture à la mode ». Ce sont : des panneaux, des ouvrages d'orfèvrerie, des chenets, des chandeliers, etc., par A. Loire : — des ornements de fleurs pour la broderie ; des Heurs à la persienne pour étoffes ; des dessins paur étoffes de brocart à fond d'or ou d'argent ; — des ornements d'orfèvrerie, par Androuet-Ducerceau ; — des miroirs, tables, guéridons, chenets, par J. Lepautre, dont le dessin Cbt bien en rapport avec celui de la décoration des appartements ; — des modèles pour ■ l'art d'arquebuserie » (batteries, chiens, crosses, poignées ciselées), gravés par Jacquinet et d'un goût excellent ; — des cartouches, par Jean d'Olivar ; — des modèles do grilles (celles de Versailles y sont}, des balcons, des marteaux de portes ; divers modèles de serrurerie ; des rampes d'escaliers, etc.

3 Tout ce que Daniel Marot a fait en Hollande s'y trouve gravé.

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— des modèles de chaises à porteur ; — des tableaux de portes et de cheminées ; — des portes cochères d'églises, des arcs de triomphe ; — des modèles de housses en broderie et galons ;— des lambris, panneaux, cheminées ; — des boîtes de pendules et de montres ; — le tombeau de l'illustre Cohorn, élevé sur le dessin de Marot, dans l'église de Wickel, en Frise (gravé en 1705); — le projet du tombeau du comte de Portland, « qui se doit ériger à Roon, proche Rotterdam ». On le voit, l'importation de l'ornementation française en Hollande était complète.

Cette noble et magnifique architecture de Versailles , de Marly , de Trianon, de Saint-Cloud, de Sceaux et de Meudon, eut un immense retentissement à l'étranger. Partout1 on imita nos châteaux, nos jardins, et de toutes parts on fit venir nos architectes.

Lenôtre a travaillé pour la Prusse, pour l'Angleterre et à Rome même. « Il estoit estimé de tous les souverains de l'Europe, et il y en a peu qui ne lui ayent demandé de ses desseins pour leurs jardins. On ne doit pas s'étonner si Ton a vu sous le règne du Roi de grands hommes de tous les arts. Comme ce monarque a soin de leur fortune, Ils ont plus de temps pour étudier et pour se rendre parfaits dans tout ce qui peut contribuer à la satisfaction et à la gloire de la France1. »

Son neveu Desgots dessina plusieurs jardins en Angleterre. Les jardins de Nymphenbourg, en Bavière*, sont absolument imités de Versailles et de Marly; on y retrouve les hautes charmilles, les arbres taillés, les portiques en treillage; seulement c'est une imitation faite avec une extrême maladresse. — Les jardins et les châteaux de Weissenstein et de Geibach, dessinés et élevés pour les comtes de Schœnborn par Salomon Kleiner, ingénieur de l'électeur de Mayence4, sont aussi une pure imitation; les façades, l'ornementation intérieure, les jardins, les charmilles, les pièces d'eau, tout est français avec un peu de Borromini, pour donner à l'ensemble le mauvais goût nécessaire à une œuvre allemande de ce temps. — Citons enfin les jardins de Herrenhausen dessinés dans le style français ; ce château fut bâti par Georges Ier, électeur de Hanovre, pour sa maîtresse la comtesse de Platen.

Le prince Louis de Bade, le fameux chef des armées impériales, s'était fait construire, à Rastadt, un château * qu'il avoit bâti en petit sur le modèle de Versailles 5. *

1 En Suède principalement.

* Meratre galant, 1700. septembre, p. 279.

1 Voir les gravures de Cari Remshart, d'après Us dessins da Disal, au Cabinet des estampes (Topographie-Bavière ; Munich).

4 Les gravures ont été publiées en 1728 ; voir au Cabinet des estampes, TopographifBavtère.

5 Mém. du duc de Saint-Simon, éd. in-12, t. VIII. p. 1.

Delamonce était architecte de rélecteur de Bavière ; Du Ry et Jean de Bodt, chassés par la révocation de redit de Nantes, s'en allaient le premier à Cassel, le second en Prusse et en Saxe , et tous les deux élevaient dans leur nouvelle patrie d'admirables édifices. Libéral Bruand construisait, en Angleterre, le château de Richemont; Pouget, ou Puget peut-être, donnait à lord Montaigu les dessins pour reconstruire son hôtel. Daniel Marot travailla beaucoup en Hollande, Jean de la Vallée, en Suède, et Vennes, à Genève. Mansart lui-même travailla, avec la permission du Roi, pour un souverain étranger, le duc de Lorraine. On lit dans le journal du marquis de Dangeau, à la date du 28 janvier 1700:

« M. Mansart partit lundy pour Nancy ; le Roi renvoie à M de Lorraine qui l'en avoit instamment prié pour prendre ses avis sur tous les embellissements qu'il veut faire à son palais de Nancy et à ses jardins, et pour accommoder deux maisons de campagne qu'il veut faire accommoder aussi. M. de Lorraine compte d'employer 200,000 écus à cette dépense-là. »

« 5 février. Pendant que le Roi se promenoit l'après-dînée (à Marly), M. Mansart arriva revenant de Nancy ; il a donné des desseins trèsmagnifiques à M. de Lorraine pour ses bâtiments et ses jardins, qui ne lui coûteront que 500,000 francs. M. de Lorraine a voulu faire un fort beau présent à Mansart qui n'a pas voulu le recevoir ; mais on croit que le Roi lui commandera de le prendre. »

« 6 février. Le Roi a permis et ordonné même à M. Mansart de recevoir le présent que lui veut faire M. de Lorraine ; ce présent est un diamant de mille pistoles et une belle calèche avec huit chevaux que M. de Lorraine lui envoyera incessamment. Ceux qui avoient donné à M. de Lorraine des desseins pour ces bâtiments et ses jardins demandoient deux millions pour exécuter ces desseins ; M. Mansart a fait les desseins beaucoup plus beaux et il en coûtera les trois quarts moins ».

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