‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 19 sur 202 · LA PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DES URSINS

A Madrid, le 18 décembre 1712.

« Un voyage que j'ay fait aux eaux de Baignières, Monsieur, et la deffense que les médecins font à ceux qui prennent des remèdes de lire et d'écrire, m'ont empêché de vous marquer que j'avois reçu votre dernière lettre. Je serois tien fâchée que vous puissiez croire que ce fût faute d'attention pour vous, vous estimant autant que je le fais. J'ay trouvé à mon retour à Madrid des plans de M. Carlier pour faire les jardins du Retiro, auxquels Leurs Majestés Catholiques ont donné leur approbation. Elles seront cependant bien aises auparavant que de les faire mettre à exécution que M. le duc d'Antin les fasse voir au Roy dont elles ont une grande opinion du goût. Vous aurez la bonté s'il vous plaist, Monsieur, de m'en mander votre sentiment. Le Roy et la Reyne vous en seront fort obligez. Je vous la seray infiniment si vous estes aussi persuadé que je vous prie de i'estre du plaisir que j'aurois si vous vouliez bien me faire la grâce d'estre un peu de mes amis.

LA PRINCESSE DBS URBIKS. »

lionn, 9 mars 1717.

• J'ai reçu Monsieur, avec vos lettres du 13 de l'autre mois, les desseins que vous m'avez envoyez pour la rue à former en face de mon palais. Le tout, comme le reste qui part de vostre grand génie, est parfaitement bien pensé et je ne puis qu'admirer

1 Carlier était un architecte envoyé par Robert de Cotte à Madrid ; il y travaillait sous sa direction.

XVIIe, XVIIIe, XIXe SIÈCLES 121

avec combien d'exactitude et de précision vous vous accommodez d'abord à mes idées. Vous voulez bien, Monsieur, que je vous en témoigne ici toute ma reconnoissance et que je vous demande pour mes bastiments la continuation de vos bons conseils dans toutes les rencontres où j'en pourray avoir besoin. C'est ce que je ne doute pas que par vostre honnêteté ordinaire vous ne m'accordiez avec plaisir ; et en attendant je suis toujours avec la plus parfaite estime, Monsieur, véritablement tout à vous.

josbph clément, Électeur *. »

Robert de Cotte fut employé aussi par le roi de Piémont ; il agrandit, embellit et rendit commode le palais de la Vénerie. Duparc, chef jardinier de S. A. R., exécuta, sous la direction de Robert de Cotte, ces divers travaux.

Alexandre le Blond, architecte renommé et célèbre dessinateur de jardins, fut appelé, en 1716, à Saint-Pétersbourg, devint premier architecte de Pierre le Grand, avec 40,000 livres de pension *, et construisit le château de Peterhof et ses jardins, qui sont une splendide imitation de ceux de Versailles *.

<t Les étrangers, disait Patte en 1765, sont dans la plus grande ad-

1 Ces lettres sont conservées dans les : Papiers de Robert de Cotte, au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale.

* Frédéric le Grand, Considérations sur l'état de la Russie.

3 Lefort (Henri), neveu de l'amiral Lefort, mort en 1699, fut son successeur comme conseiller intime du czar. Il le précéda en France pour choisir et recruter les artistes et ouvriers oui devaient travailler en Russie (171b). Le Cabinet historique de juillet 1856 (p. 188 et suiv.) a publié, d'après un mss. de laBibl. nation, (supp.fr. 2724) diverses pièces fort curieuses qui nous font connaître les noms de tous les artistes et ouvriers qui partirent en 1716 pour Saint-Pétersbourg. Voici les noms et professions des membres de cette colonie qui allèrent en Russie :

Le Blond, architecte.

Nicolas Girard, dessinateur dudit sieuV Le Blond.

Antoine Tessier, dit Derville, id. id.

Girard Seluem, machiniste.

Jean Michel, menuisier, et son compagnon René Sualem.

Nicolas Pinau, sculpteur.

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Charles Tapa, constructeur et inspecteur des bâtiments. Edme Bourdon, appareilleur et tailleur de pierre.

A^cSSd&fcr, dit lAweurance, j «»U1«»" «• *•"••

François Foy, maçon.

Charles Leclerc, charpentier.

Paul Joseph Sualem, compagnon machiniste.

Guillaume Belin, serrurier, et deux compagnons.

Jean Noiset de Saint-Mange, ciseleur.

Etienne Sauvage, fondeur.

Jean Lombard, orfèvre bijoutier, et son compagnon Edme Bourgeois.

Jean Fari, jardinier.

Jean- Jacques Gaucher, \

PterVeLGTjon™qae' »»P««e™ haussier, de. Oobelin».

Jean- Baptiste Bourdin, J

Pierre Camousse, \

François Camousse, son fils, j

Philippe Camousse, son frère, > tapissiers basselissiers.

Arnoui Masson, V

Noël Ranson, J

miration en voyant nos hôtels toodernes, distribués arec tant d'intelligence, décorés avec tant d'agréments, et meublés avec tant de goût et d'élégance. Toutes ces inventions heureuses valurent la réputation la plus brillante à l'architecture françoise. La plupart des souverains, pour en profiter, se sont empressés d'attirer dans leurs États des architectes de notre nation. Parcourez la Russie, la Prusse, le Danemark, le Wurtemberg, le Palatinat, la Bavière, l'Espagne, le Portugal et l'Italie, vous trouverez partout des architectes françois qui occupent les premières places, indépendamment de nos peintres et de nos sculpteurs. Paris est à l'Europe ce qu'étoit la Grèce lorsque les arts y triomphoient; il fournit des artistes à tout le reste du monde «. »

Boffrand, en effet, construisait le grand palais de Wurtzbotirg f>our le prince-évêque de cette ville ; près de Mayence, il fit la belle fontaine du château de la Favorite ; l'Électeur de Bavière lui avait fait bâtir sa maison de chasse de Bouchefort, dans les Pays-Bas. Ce même Electeur avait à son service Cuviller. Patte était employé par le duc de Deux-Ponts ; Nicolas Pigage par l'électeur Palatin. Le Geay était premier architecte du roi de Prusse, et De la Guepière du duc de Wurtemberg. L'ingénieur Labelye construisait le fameux pont de Westminster à Londres. Nicolas-Henri Jardin et Louis-Henri Jardin à Copenhague, Marquet et Mouret à Madrid, Derizet à Rome, bâtissaient de nombreux édifices, palais, églises, hôpitaux. Les PP. Jacquier et Le Sœur restauraient le dôme de Saint-Pierre ; Bernard dessinait des jardins à Turin; Abeille et François Blondel élevaient les premiers monuments dignes de ce nom à Genève. Vallin de la Mothe, premier architecte de Catherine II, couvrait Saint-Pétersbourg de monuments très-français, dans lesquels l'élégance s'alliait à la grandeur.

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