La Réaction
L'antique, qui paraissait vaincu, se releva. Vers le milieu duxvuic siècle commença une réaction contre le style de Boffrand, contre le goût français. En même temps que Vien cherchait à modifier la peinture, Jacques-Ange Gabriel, premier architecte de Louis XV*, essaya de réformer a le mauvais goût » qui dominait dans l'architecture : pour cela, il fit les deux pavillons des ailes du château de Versailles avec leurs colonnes et leurs frontons ! Heureusement pour samémoire, Gabriel est l'auteur de la belle salle d'opéra du château de Versailles. On lui doit encore les deux colonnades de la place de la Concorde, l'École Militaire, à Paris, et le Petit-Trianon.
Boulce, mort en 1799, fut le principal auteur de la réaction. Cet
1 Monuments érigé» à la gloire de Louis XV, p. 6. 1 Gabriel mourut en 1 782.
XVIIe, XVIIIe, XIX6 SIÈCLES 123
homme, qui n'a produit qiie l'hôtel ftrunoy, exerça une influence considérable par son enseignement et entraîna l'école. Il fit prévaloir les règles de l'architecture antique, ses formes, sa sobriété d'ornements, ce que Ton convint d'appeler la sévérité dans l'art, et dont les grands murs du Panthéon, absolument nus en dedans et en dehors, sont un célèbre exemple. Dès lors, Paris et la France vont se couvrir de temples grecs, de monuments romains, de pastiches déplorables ; toutes nos traditions disparaissent. Soufflot, en 1 764 , commence l'église de Sainte-Geneviève, qui deviendra le Panthéon. «Jamais, a-t-on dit, Timitation de l'architecture antique ne s'était produite aussi complètement » que dans cette œuvre sans inspiration, copiée dans toutes ses parties, et dans laquelle on n'a su présenter que des pierres nues, froides, sans autre ornement que la perfection des joints1. Bouchardon décorait sa fontaine de Grenelle d'un ordre ionique ; Gondouin construisait l'École de médecine, et de Wailly FOdéon, en style antique ; Brongniart appliquait l'ordre de Pœstum au couvent des Capucins, devenu aujourd'hui le lycée Condorcet. Louis, dans ses galeries du Palais-Royal et dans son beau théâtre de Bordeaux, ne connaît aussi que les ordres antiques, mais il les emploie en homme de génie. Pendant ce temps (1771), Antoine élevait l'hôtel des Monnaies de Paris, et Chalgrin construisait Saint-Philippe-du-Roule et l'hôtel Saint-Florentin. Mique, l'architecte de la reine Marie- Antoinette, dessinait à la mode anglaise les jardins du Petit-Trianon. Ainsi,on renonçait à tout ce qui était français; on copiait la Grèce, et, à son défaut, l'Angleterre. On allait à l'aventure ; on s'amusait à ces restaurations du passé, à ces mascarades d'emprunt, sans songer à la Révolution qui allait éclater et qui allait elle-même s'égarer dans la plus absurde imitation des républiques grecques.
En même temps que notre architecture perd soù originalité, elle perd son influence extérieure. Nous ne trouvons plus employés par les étrangers que Michel dlxnard, qui a beaucoup bâti en Allemagne ; Antoine, qui a construit des châteaux en Angleterre et en Espagne, ainsi que l'hôtel des Monnaies de Berne. Peyre éleva pour l'Électeur de Trêves le palais de Goblentz ; de Wailly fit le célèbre salon Spinola à Gènes ; Louis travailla en Pologne ; Thomas de Thomon éleva de nombreux édifices à Saint-Pétersbourg, etClérisseau fut chargé, en 1773, par l'impératrice Catherine II, de faire le9 plans d'un palais exactement semblable à celui des empereurs romains. « Les meubles répondront à l'édifice, et tout doit être dans le costume des anciens. » Après avoir conçu cette idée extravagante, c'est à l'Académie de pein-
ce
• Les contemporains critiquèrent Vertement la nouvelle église ; Patte principalement ; qui lui valut les plus grossières injures de h part de Grimm. — Voyez Qrimm, t. IV,
ture de Paris que la Gzarine s'adressa pour lui demander « un sujet en état de diriger ce superbe monument ». Glérisseau eut l'insigne honneur d'être jugé t le plus propre à répondre aux vues de l'Impératrice ».