Richelieu et Mazarin
Pendant son long séjour en Italie, Vouet s'était fait le disciple des maîtres de l'école bolonaise ; tout ce qu'il a peint à Rome est dans leur manière. L'action de Vouet sur ses contemporains a été réellement considérable, cependant il ne faut pas l'exagérer; à l'imitation de l'école florentine, Vouet substitua le goût de ses maîtres favoris. L'importance que l'on attribue à l'école qu'il fonda à Paris, nous parait se réduire à l'importation des types du Guide, du Guercbin, de l'Albane et des Garracbes.
Il est à remarquer toutefois qu'il s'opéra un grand changement dans la manière de Vouet à son retour de Rome; et ce changement est à noter, parce qu'il prouve incontestablement que le milieu dans lequel il se retrouva eut sur lui autant d'action qu'il en exerça luimême sur ses contemporains. Ce milieu, il faudrait le faire connaître avec plus de détails que nous n'avons pu en donner tout à l'heure; mais nous sommes fort heureux déjà d'en pouvoir signaler l'existence, parce que c'est là, et non pas seulement dans le Vouet, que sont les origines de notre école du xvn6 siècle.
Tout en faisant à Paris de grands tableaux d'après les maîtres bolonais et quelquefois d'après ceux de Venise, Vouet exécuta un certain nombre d'oeuvres moins importantes et dont le caractère est absolument différent de celui de ses grandes peintures. Dans sa jolie et gracieuse composition de Vénus et Adonis ', dans celles représentant Diane et Endymion *, un repos de la Sainte Famille ', la Sagesse montrant à un jeune prince le temple de la Vertu4, le sujet allégorique peint pour la reine d'Angleterre 5, dans les grotesques « peintes dans le cabinet et les bains de la Reine au Louvre •, * et dans les quatre Vertus qui sont placées aujourd'hui au palais de Versailles 7, Vouet n'est pas seulement très-français, gracieux, élégant, clair, agréable, comme quelques-uns de ses élèves8, mais le tableau de Neptune et
1 Gravée par Michel Dorigny, 1643. — Cette peinture de Vouet est au musée de l'Hermitage.
1 Grave par Michel Dorigny, 1643.
• 3 Gravé par Michel Dorigny, en 1649.
* Gravé par Fr. Perrier, en 1632. — On prendrait ces personnages pour Mentor et Télémaque.
* Ce tableau représente une allégorie sur le mariage de Charles Ier, roi d1 Angleterre, avec Henriette de France, et sur 1 alliance anglo-française ; les léopards anglais sont enchaînés avec des lis. Ce tableau a été peint pour la maison de la reine d'Angleterre, appelée Ottelan. Michel Dorigny Ta gravé en 1639.
* Ces grotesques ont été gravées par Dorigny. On y trouve la légèreté, la grâce, l'élégance, le goût et l'esprit de l'ornementation française. Le type des ornements de l'école d'Antoine et de Jean Lepautre est bien là.
"*f ** 7 Elles ont été gravées par Dorigny.
8 Par .exemple Lesueur, dans sa première manière. Au reste, jusqu'à David, on retrouve dans tous les maîtres français les mêmes types et le même goût.
XVII®, XVIII0, XIXe SIÈCLES 61
d'Amphitrite ' nous rappelle même la manière de Boucher. Vouet n'est pas le seul artiste du xvh6 siècle qui nous rappelle ainsi la manière de Boucher; nous la retrouvons encore dans le bas-relief de Girardon représentant des Nymphes au bain et décorant la cascade de l'allée d'eau, dans le parc de Versailles. Dans le repos de la Sainte Famille, dont on vient de parler, le tombeau antique, au pied duquel est assise la Vierge, le paysage et tous les accessoires sont dans ce style qu'on est convenu d'appeler le style Boucher ou le style du xviii» siècle, qui n'est autre que le style français et qui est permanent dans notre école, malgré tout ce qu'on a tenté pour le faire disparaître. Qu'on le trouve détestable ou charmant, peu importe; il est tel. C'est le produit du terroir et de la sève française ; il est le même en littérature et en peinture. Notre poésie ne ressemble pas à celle de l'Italie, de l'Angleterre, ou de l'Allemagne; notre prose non plus; tandis que notre poésie et notre prose sont absolument les mêmes que notre peinture, quand elle est demeurée bien française. Cet art français que l'on a nié, ce goût français que l'on a insulté, que l'on s'est efforcé de détruire, existent donc; qualités et défauts, on ne les trouve que chez nous. Aux invectives inintelligentes de ses adversaires, j'oppose l'admiration de toute l'Europe pendant deux siècles.
Il faut en prendre son parti : quand on croit le goût français, le mauvais goût, bien mort, il reparaît :
Chassez le naturel, il revient au galop.
M. Ph. de Chennevières dit quelque part : a Depuis que la France a produit des ouvrages d'art,elle a toujours senti à tour de rôle les courants de deux influences, celle de l'Italie et celle de la Flandre. Celle de l'Italie lui semble meilleure et plus naturelle, et plus saine, puisque, après tout, nous lui devons les grandes époques qui s'appellent le Primatice, Poussin, Le Brun, David, Ingres Il ne faut pas étudier avec de bien grosses lunettes la philosophie de l'histoire de l'art pour remarquer que l'épuisement de l'école de chacun des grands élèves de l'Italie que nous venons de nommer a eu pour réaction inévitable le triomphe, au moins passager, de l'influence du Nord. Après maître Roux et le Primatice viennent les Flamands Dubois, Francheville, Jean de Hoëy et les Porbtis; après Fréminet, Rubens; après le Poussin et Le Brun, Van der Meulen, Baptiste, Largillière, Desportes, Watteau et Chardin ; après David, l'atelier de Gros ; après Ingres, les délicieux paysagistes de notre temps, héritiers excellents de l'école hollandaise *. » Ne pourrait-on pas compléter cette observation, et la rendre plus vraie, en disant qu'à chaque période d'influence étrangère
1 Gravé par Michel Dorigny, en 1644.
2 Peintru provinciaux, t. III, p. 215.
succède une réaction française ? Après la Renaissance, on voit venir Le Sueur ; après David, toute notre école moderne.
Vouet, car il faut bien revenir à lui, devint le chef d'une nombreuse école1 ; il fut nommé premier peintre du Roi et son maître à dessiner. Noua le voyons en faveur à la Cour, tout-puissant auprès du Roi et des ministres, abusant de sa puissance et forçant Poussin à retourner en Italie ; travaillant pour Richelieu, pour les autres ministres et pour les grands seigneurs. C'est le Le Brus de Louis XIII ; il exerce une suprême autorité sur les arts ; il leur imprime une forte direction et un cachet bien marqué ; il emploie ses élèves et d'autres peintres groupés autour de lui aux grands travaux dont il est chargé, aux peintures, aux modèles de tapisseries. L'entourage de Vouet, tout-puissant à la Cour, et par cela seul indépendant de la maîtrise de 8aintrLuc,forme une espèce d'académie libre, qui a précédé l'Académie royale et qui semble en avoir préparé l'établissement.
L'époque de Youet est le moment de la renaissance de l'esprit français. Les arts brillèrent alors du même éclat que la philosophie, les lettres, la politique et les armes. Il y eut une réunion d'artistes illustres dans tous les genres*; en même temps que Vouet, paraissent Nicolas Poussin, Claude Lorrain, Valentin, le Bourguignon, qui ont vécu en Italie et dont les œuvres tiennent encore aujourd'hui une belle place dans les galeries italiennes, à côté des plus illustres maîtres du pays. Les ouvrages du Poussin vont bientôt exercer une influence considérable sur les élèves de Vouet et modifier chez plusieurs, chez Le Brun surtout, la manière du maître, exerçant ainsi une double influence sur la France et sur l'étranger.
Il faut aussi parler des Le Nain, qui continuent une vieille tradition toute française en peignant des scènes familières, dans un style simple, mélancolique, qui rappelle de loin Le Sueur et qui n'a rien emprunté à la Flandre, la terre classique du genre * ; — de Blanchard, célèbre à cette époque par sa couleur ; — de La Hire ; — des Beaubrun, peintres de portraits, dont Les peintures sont si peu connues aujour-
1 Mariette dit en parlant de Vouet : « Cet excellent peintre fait pour développer les talents dans tous tes sujets qui en renfermoient le germe. » — Abecedari$, art. Meiaan»
Vouet compte parmi ses élèves: son frère Aubin Vouet, Charles Mellin, Rcmy Wibert, Fr. TortcEat, Alf. Dufresnov, Charles Dofin, Michel Dorteny, Michel Corneille, Louis Duguernier, André Lenôtre, IPerelle l'alné, P. Mignard, Fr. Perrier, Sébastien Bourdon, Blanche t, Le Brun et Le Sueur.
Vouet a eu autant d'influence en province qu'à Paris ; son école a rayonné dans toutes les provinces ; toutes nos écoles provinciales adoptèrent et imitèrent le style et la manière du maître.
1 Voir dans l'ouvrage de M. Cousin : Du vrai, du beau et du bien, la X* leçon, consacrée à l'école française du xvii* siècle.
•' On ne saurait trop insister sur le style si charmant et si parfaitement français du tableau des Le Nain, représentant la Nativité et que Ton voit à Saint-HUennc-du-Mont, à Paris.
xvn*, xviii» , xix* siècles 63
d'hui, mais qui ont été très à la mode, et d'après lesquelles on a beaucoup gravé ; — du Flamand Philippe de Champagne qui, dans la peinture de portraits, a toutes les excellentes qualités des portraitistes français, surtout dans son admirable portrait du cardinal de Richelieu.
A côté de ces maîtres Tiennent bientôt se placer qnelques élèves de Vouet, Le Sueur, François Perrier, Le Brun, Blanchet'j Sébastien îknirdon. En môme temps, florissalent nos excellents émailleurs de Blois, Jean Toutin, Robert Vauquer, qui découvraient de nouveaux procédés et créaient une peinture de portraits sur émail toute nouvelle, longtemps avant que Petitot vint les continuer; — les sculpteurs Guillain, Barasin et Anguier; *- les graveurs Callot, Morin, Mellan, Daret, Abraham Bosse; -* les architectes François Hansart, Antoine Lepautre, Lemetcier, Levau, Lemuetj — les déco* râleurs Ërrard et Jean Lepautre. « C'était Errard qui donnoit tous les dessins'des ouvrages qui se faisoient ches le Roi pour la sculpture, la menuiserie, la serrurerie, et généralement pour tout le travail qui dépend du dessin9. »
Il nous est impossible dans cette rapide esquisse d'apprécier chaque maître en particulier ; hous devons hous contenter de présenter des caractères généraux et de parier seulement des hommes les plus illustres.
Avec Poussin, la peinture se distingue par l'élévation du style, la sévétité du goût* la beauté et la poésie des types. Elle est sérieuse, philosophique ; elle parle surtout à l'esprit et à l'âme ; elle s'inspire de l'antique, tout en conservant une complète originalité* Mais, le grand peintre de cette époque, en Fraûce, c'est Le Sueur; ses tableaux nous offrent le type le plus parfait de la peinture vraiment française \ soa dessin est d'une pureté exquise, et toutes ses œuvrer respirent une poésie qui arrive à l'élévation, à force de simplicité et -de suavité ; dans ses compositions, à la fois si savantes et si natu-* relies, * tout est dirigé vers l'expression, tout est au service de l'esprit, tout est idée et sentiment8. *
Une des causes les plus puissantes de la renaissance de l'art français, de son développement et de son éclat, à l'époque de Vouet, se trouve dans le nombre considérable des hôtels et des châteaux que la noblesse, la magistrature, les financiers et les
1 Be* belles peintures de l'hôtel de ville de Lyon ne sont pas asseï connues»
* Voyez la biographie d 'Errard, par Guillet 3e Saint-Georges, dans les Mémeirts inédit* $w la vie et tes ouvrmfes des membres dé V Académie royale de peinture et de sculpture, publiés d'après les manuscrite provenant de cette Académie, par MM. Dussieux, Soulié, Ph. de Ghennevières, Mantz et A. de Montaiglonj % vol. in-t°, 1854.
* Voyez les Nouvelles ntkerckes but là vie et les ouvrages d'Bust. tetueur, publiées par nous, cnes Dumoulin, t vol. in*S», 4892, — Voyet surtout la leçon X dans l'ouvrage déjà cité de M. Cousin, et ÏMtudê de M. Vit* sut L*t*4ur.
ministres firent construire '. Les vieux châteaux-forts et les maisons du moyen âge disparaissaient de tous côtés, et on les remplaçait par des habitations élégantes et commodes. Il fallut les décorer de peintures, de plafonds, de lambris et de sculptures ; tous les peintres et les sculpteurs de l'époque y furent employés, mais les principaux décorateurs du temps furent Vouet, Errard et Jean Lepautre.
Richelieu encouragea ce grand mouvement ; Anne d'Autriche et Fouquet l'imitèrent, et Louis XIV, plus tard, ne fit que suivre l'impulsion qu'ils avaient donnée9.
Il ne faut pas oublier parmi les causes principales du développement de l'école du xvii0 siècle, l'établissement de l'Académie royale de peinture et de sculpture. L'Académie se constitua en 1648, sous l'influence de Le Brun et d'Errard, avec Sébastien Bourdon, Laurent de la Hire, Sarazin, Michel Corneille, François Perrier, H. Beaubrun, Le Sueur, Simon Guillain et les Fla-
* Nous plaçons en note les noms des artistes qui ont travaillé dans les châteaux et les hôtels construits au milieu du xvn- siècle.
Richelieu les occupa tous, sans négliger le Poussin, à ses. châteaux de Ruel et de Richelieu, et au Palais-Cardinal. — Des Noyers, le surintendant des bâtiments, faisait
geindre par Errard la galerie de son château de Dangu. — Vouet décorait l'hôtel éguier. — Le marquis d'Effiat, surintendant des finances, employait Vouet et Perrier au château de Chilly. — Sarazin sculptait, à Videville, chez M. de Bullion, autre surintendant des finances, qui faisait peindre deux galeries par Blanchard et par Vouet dans son hôtel à Paris. — La galerie de l'hôtel de la Yrillière était confiée à Perrier, par M. de Phélippeaux, président de la chambre des comptes. — Le président Lambert de Thorigny employait Le Brun, Le Sueur, Perrier et le paysagiste Pat cl à décorer sa somptueuse demeure. (L'hôtel Lambert est aujourd'hui a M. Te prince Czartoryski ; la plus grande partie de ses peintures est actuellement au Louvre, mais la galerie de Le Brun existe encore. Voyez le volume de gravures publiées par Duchange, 1 vol. in-fol. 1740.) — MM. de rieubet et de Guénégaud, trésoriers de l'épargne, le président Briçonnet et le prince de Condé firent beaucoup travailler Le Sueur. — M. de. Nouveau, général des postes, fit peindre par Le Sueur et par Le Brun plusieurs plafonds à son splendide hôtel de la Place-Royale ; il servait, en 1856, de mairie au huitième arrondissement ; les deux plafonds de Le Brun, qui ont été décrits par Sauvai, et les bas-reliefs de Van Opstal sculptés dans la cour, existent encore ; les plafonds de Le Brun représentent le Point du jour et la Réception de Psyché par Jupiter). — Le commandeur de Jars, le fameux banquier Jabach, le duc d'Aumont, M. de la Bazin ière, trésorier de l'épargne, chargèrent tous Le Brun de décorer leurs hôtels. — M. de Brctonvilliers, président de la chambre des comptes, employait Vouet, Bourdon, Charmeton et Baptiste à la décoration de son hôtel.
de toutes ces splendeurs, de toutes ces belles maisons et de leurs peintures.
Nous ne pourrions, sans une extrême injustice, omettre dans cette note, les œuvres importantes exécutées pour les églises et les couvents ; il faut bien* dire, au moins, que Le Sueur peignit pour les Chartreux, pour Saint-Germain-î'Auxerrois, Saint- Gervais et Saint-Martin de Tours, La Sire et Le Brun pour les Capucins de Paris. Les Carmélites et les Minimes employèrent aussi un grand nombre d'artistes, et de toutes parts on sculpta de nombreux tombeaux.
XVII0, XVIII», XIXe SIECLES 6$
mands Juste d'Egmont et Gérard Van Opstal. L'art, jusqu'alors enchaîné par les règlements de la Maîtrise1, devint libre sous la protection du Roi, et cette véritable révolution inaugura une nouvelle époque *.
De même que le cardinal Richelieu, la reine Anne d'Autriche protégea les arts ; elle fit construire le Val-de-Grâce et employa à sa décoration les Anguier et les deux Champagne ; Le Sueur peignit son appartement des bains au Louvre, et Le Brun fit pour son oratoire le Crucifix aux anges. Pendant ce temps, Mazarin appelait d'Italie les derniers peintres de ce pays qui vinrent en France, Romanelli et Grimaldi, pour peindre les plafonds de son hôtel (aujourd'hui la Bibliothèque nationale). On transformait aussi le vieux château de Yincennes en une belle résidence à la mode nouvelle, et Philippe de Champagne était chargé de l'embellir.
Le surintendant Fouquet exerça sur les arts une influence trèsconsidérable. Son premier peintre, car il eut un premier peintre comme Louis XIV, et le même, fut Le Brun, qui avait « la conduite des ouvrages du château de Vaux et qui y prit la conduite des décorations ingénieuses de plusieurs fêtes galantes et pompeuses que M. Fouquet y fit faire pour le divertissement de toute la Cour*. » Comme Louis XIV, Fouquet eut la passion des grands travaux et des fêtes pompeuses ; comme le Roi il accorda aux lettres une protection éclairée et pleine de goût. Le mouvement qui s'accomplit autour de Fouquet forme la transition entre l'école sévère du cardinal de Richelieu et l'école fastueuse de Louis XIV.
Le rôle que la France avait eu avant le xvi° siècle recommença, lorsqu'il y eut de nouveau une école française. Nos artistes furent
1 L'Académie de Saint-Luc de Paris ou la Maîtrise des peintres de Paris, créée en 1391, avait des règlements, des jurés, et était organisée comme les corps de métiers; elle jousesait du droit d'empêcher de travailler tous ceux qui n'étaient point de la communauté. Elle ■ tourmentait cruellement les peintres et les sculpteurs qui voulaient jouir de la liberté et de la franchise qui appartiennent naturellement aux arts et qui ne leur ont jamais été contestées ailleurs qu en France. » L'Académie de Saint- Luc, vaincue en 1648, fut détruite en 1776, après quatre siècles d'existence. Son histoire est absolument inconnue ; nous croyons cependant pouvoir affirmer que c'est elle en partie qui a conservé, à Paris, les traditions et le goût français pendant tout le xvi" siècle et le commencement du xvu*. Le Sueur et Le Brun furent d'abord membres de l'Académie de Saint-Luc ; un des premiers tableaux de Le Brun « le Bénédicité, > si différent de ce qu'il fit ensuite, doit évidemment représenter les inspirations qu'il avait puisées dans le corps de la Maîtrise. Les archives et les collections de F Académie de Saint-Luc furent dispersées en 1776. Un contemporain déplore « l'anéantissement d'une école où se formèrent autrefois ces artistes fameux, lTionneur et l'élite des artistes français, la dispersion des tableaux précieux où le jeune artiste puisait des lumières, l'extinction des moyens qui annonçaient leur talent. ■
* Voir les Mémoires pour servir à l'histoire de V Académie royale de peinture et de sculpture^ 2 vol. in-12; publiés par M. A. de Montaiglon, en 1853, dans la Bibliothèque Eltévirienne. — Voir aussi les registres mss. de l'Académie conservés à l'Ecole nationale des Beaux-Arts.
3 Guillet de Saint-Georges, Vie de Le Brun, t. I, p. 20; dans les Mémoires sur les membres de l'Acad, roy. de peint, et de sculpture.
employés souvent au dehors, en Italie principalement, où la peinture et la sculpture commençaient à décliner1.
Fréminet, en 1603, avait beaucoup travaillé pour le duc de Savoie; mais, Simon Vouet ouvrit à Rome même une école qu'il dirigea de 1613 à 1627. Avec lui nous trouvons aussi à Rome, Charles Errard, qui eut comme décorateur une très-grande célébrité en France et à l'étranger ; Yalentin ; Stella ; Charles Meilin ; François Perrier; Pierre Mignard; Guillaume Courtois; Jacques Courtois, dit le Bourguignon; Poussin et Claude Lorrain; il n'y a vraiment plus que des Français, et des plus illustres, qui peignent à Rome. — A Turin, c'est Blanchard ; — à Venise, ce sont deux paysagistes importants, Monsù Giron et Noël Cochin, et Michel Sobleau; — en Pologne, nous trouvons La Hire, le père; — en Suède, Sébastien Bourdon; — Jacques Sarazin et Anguier sculptaient en Italie et en Angleterre; — Callot faisait ses premiers chefs-d'œuvre à Florence ; — Mellan gravait à Rome les portraits du pape Urbain VIII (1631, in-4°), du cardinal Bentivoglio et du marquis Jùstinien, des titres de livres et bien d'autres œuvres importantes8; — Thomassia tenait école de gravure à Rome.
Les étrangers commencèrent aussi à venir se former à Paris ; par exemple, Sébastien Bourdon fût le maitre de Théodore Van der Schuur •.