‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 51 sur 202 · PORTRAITS DE PERSONNAGES INCONNUS · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE PERSONNAGES INCONNUS

Un portrait d'homme. — Au musée de Copenhague.

Un comte, probablement grand veneur de Prusse, sous le règne de Frédéric-Guillaume Ier. En costume de chasse, avec la croix de Saint- Jean, une carabine à la main ; une gibecière de laquelle sort un oiseau tué. On voit la tête et le cou d'un chien de chasse. — Dans la collection Hendel, à Halle 8.

Portrait d'une dame presqu'en profil ; elle est dans une fourrure brune; la poitrine est couverte d'une étoffe blanche brodée d'or. — A la galerie de Ludwigslust.

Portrait d'une jeune dame vue de profil; elle a un chapeau à plumes ; la poitrine nue ; le reste de la personne est couverte de riches vêtements et de pierreries ; les mains sont gantées. — A la galerie du vieux château de Schwerin.

Portrait d'un vieillard salzbourgeois, barbu, tenant son chapeau sur sa poitrine. — Au musée de Brunswick.

Portrait d'une vieille femme salzbourgeoise, en chapeau vert ; les deux mains jointes et tenant un livre. — Au musée de Brunswick.

Portrait d'une jeune fille salzbourgeoise, en chapeau de paille, les mains jointes. — Au musée de Brunswick.

Portrait d'une jeune fille portant un chapeau de paille ; elle pose la main sur une corbeille de fruits. — A la pinacothèque de Munich.

1 Ulrique de Prusse. Un portrait en buste de cette princesse est dans le palais du roi. à Berlin.

1 Lettre de Pesne à la princesse royale de Suède, du 5 mars 1746 ; dans les Archive.; de Vart français, t. IV, p. 42.

3 Notice delà collection des tableaux de Hendel, à Halle (en allemand), in-12, Halle. (Bibl. nation., V. 2635 F.).

Portrait d'un peintre ayant un manteau fourré. — A la pinacothèque de Munich.

Portrait d'une jeune fille tenant une paire de pigeons. — A la galerie de Dresde.

Portrait d'une paysanne à sa fenêtre ; légué par le comte Algarotti au roi de Prusse1.

Une Dame vêtue de noir.

Une tête d'homme.

Un Vieillard. — Tous les trois au palais du roi, à Berlin. * Un Jeune homme. — A la galerie du professeur Wilhelm Krause, à Berlin.

Un militaire, peint en 1749. — A l'Ermitage.

Cette longue nomenclature de portraits fait connaître de quelle réputation jouissait Pesne à la cour de Berlin. Aussi ne sera-t-on pas surpris que Frédéric le Grand ait écrit, un jour d'enthousiasme, le 14 novembre 1737, à son premier peintre, une épître de 78 vers qui commence ainsi :

Quel spectacle étonnant vient de frapper mes yeux ! Cher Pesne, ton pinceau t'égale au rang des dieux *.

Ce que Voltaire interpréta ainsi, dans une lettre à madame Denis : « que le roi ne regardant jamais le peintre, ce dernier était pour lui invisible comme Dieu. »

En 1723, Pesne se rendit à Paris, où il fit quelques portraits; puis il alla en Angleterre en 1724 ; mais les portraits de la famille royale qu'il peignit n'eurent pas de succès •; et pour finir ce qui regarde les portraits de Pesne, disons que dans les derniers temps de sa vie, il dut augmenter de zèle et d'application, parce qu'il trouva un rival redoutable dans F.-W. Weidemann.

Il convient maintenant de nous occuper des peintures d'histoire de Pesne. En 1720, notre artiste, déjà membre de l'Académie de Paris comme portraitiste, s'y fit recevoir, le 27 juillet, en qualité de peintre d'histoire, en envoyant de Berlin, comme morceau de réception, un tableau représentant Dalila coupant les cheveux à Samson.

Pesne a peint en Prusse un grand nombre de plafonds et de tableaux d'histoire. Les plafonds qu'il a exécutés sont d'une couleur fraîche et vigoureuse qui se ressent de ses études à Venise ; cependant les Allemands qui ont parlé de lui, préfèrent unanimement ses portraits à ses grandes peintures. A Charlottenbourg, Pesne a représenté au plafond du grand salon, le Festin des Dieux ; il a peint en-

1 Fiorillo.

* Voir l'édition des Œuvra de Frédéric publiée à Berlin.

1 Nagler.

core dans ce palais, au plafond de la salle à manger, Junon, Minerve et Vénus conduites à Paris par Mercure. Au plafond du grand escalier, Prométhée dérobant le feu du ciel. Au plafond d'un salon, Apollon et les Muses. Aux plafonds de deux cabinets : Vénus ordonnant à Gupidon de décocher une flèche ; r Aurore. L'Aurore ou Iris, assise sur un arc-en-ciel, chasse les fantômes de la Nuit ; derrière elle, volent des génies qui répandent des fleurs devant le Jour qui s'avance '. Au plafond de la bibliothèque, Minerve et la Poésie. A Potsdam, Pesne a peint le plafond du grand escalier de marbre. Au château de Sans-Souci, il a fait le plafond de la salle des concerts. Il a peint encore un plafond au château de Reinsberg. Parmi les tableaux d'histoire ou de chevalet de Pesne, on cite : Une Suzanne au bain (palais de Berlin). — Une jeune dame assise à une table, et tendant la main à une bohémienne qui lui dit la bonne aventure (à la galerie de Dresde). — Une cuisinière plumant un coq dinde (à la galerie de Dresde). — Cinq grands tableaux sur des sujets des Métamorphoses, dans le salon des concerts à Sans-Souci. — Trois tableaux à l'église catholique de Potsdam. — Une femme masquée, et à côté.d'elle, une vieille femme (à Gharlottenbourg). — Le Christ à table avec les disciples d'Emmaûs. — Une Vestale (autrefois au palais du prince Henri). — Une répétition ou l'esquisse de son morceau de réception, l'histoire de Samson, se trouvait autrefois chez un M. Falbe.

Pesne était l'auteur de cette priapée qui décorait la petite salle à manger de Potsdam, et dont Voltaire parle dans ses Mémoires : « On soupait, ditp-il, dans une petite salle dont le plus singulier ornement était un tableau dont le roi avait donné le dessin à Pesne, son peintre, l'un de nos meilleurs coloristes. C'était une belle priapée. » Les mœurs cyniques du grand Frédéric expliquent qu'il ait fait un dessin obscène et qu'il ait donné l'ordre à son peintre favori d'en faire un tableau ; mais nous regrettons que, pour plaire au maître, Pesne ait employé son beau talent à exécuter une œuvre de cette sorte.

On voit au palais du roi à Berlin : Des enfants faisant de la musique. — Une bohémienne disant la bonne aventure à une dame. — Un nécromancien. — Une dame et Arlequin. — La reine des Amazones devant Alexandre. — La fondation de l'ordre de l'Aigle Noir.

L'église de Sainte-Hedwige, à Berlin, renferme une Nativité du Christ, peinte par notre artiste*.

1 L'esquisse de ce plafond est ainsi décrite dans le Catalogue delà collection Hendel où elle se trouve. Ce plafond est l'un des meilleurs de Pesne, suivant Nagler et Fiorillo.

* Max Schasler, Die œfentlichen und privât Kun&tsamlungen, etc., Berlin, 1856. 2 vol. in-12.

Pesne orna quelquefois de ses figures, les paysages de Dubuisson et de G. -S. Dubois, et les tableaux de chasse de P.-C. Leygebe.

Pesne mourut en 1757, avant d'avoir terminé l'enlèvement d'Hélène qu'il peignait pour le roi de Prusse; il avait composé trente dessins et esquisses pour faire ce tableau1. Rode, un de ses élèves, acheva les deux figures que Pesne n'avait pas eu le temps de faire.

Pesne était premier peintre du roi de Prusse et directeur de l'Académie de Berlin. Ses élèves sont au nombre d'environ quarante1; parmi eux on cite Rode, Falbe, Frédéric Reclam, Emmanuel Dubuisson et Preudbomme *.

LE SUEUR (NicoLAS-Bmas), peinte d'histoire et de paysage, et dessinateur, né à Paris4 en 1716, mort en 1782*. Élevé de J.-B. Vauloo.— Le Sueur fit ses études à l'Académie de Paris, et obtint bientôt de la réputation, autant par son mérite que par la renommée de son nom. Il fit des portraits, des tableaux historiques et mythologiques, et des paysages. Ces toiles ont le mérite d'être bien dessinées ; mais, au demeurant, elles ont le cachet de la manière du temps, manière qu'il transporta à Berlin, où il fut appelé après la mort de Pesne, en 1737, pour prendre la direction de l'Académie royale fl. Il y apporta de notables modifications, et chercha à lui donner un plus grand essor, jusqu'à ce qu'enfin, après sa mort, Rode en reprit en sous-œuvre la réorganisation. Le Sueur publia pour l'enseignement et l'étude du dessin, un ouvrage fait en grande partie d'après ses propres dessins et gravé par D. Berger Junior; la première partie parut sous le titre de Principes du dessin, \% feuilles, 1763, in-folio, gravées à la manière rouge; il n'a paru de la seconde partie que trois feuilles contenant trois tètes d'après Van Dyck; in-folio.

Le Sueur peignit les portraits des rois de Prusse et de quelques grands du royaume. A Paris, il avait déjà fait ceux de Louis XV et

1 Nagler.

5 Les principales sources de cette biographie sont d'Argens, Janneck, la Description de Berlin par Nicolaî, Nagler, Fiorillo ; les estampes et les Catalogues des musées dont nous avons cité les noms.

3 Ce Preudhomme, peintre, né à Barlin de parents français, alla s'établir en Angleterre en 1712. Walpole dit de lui : « Il peignoit dans le goût françois, et cette manière il l'avoit prise de son maître M. Pesne », à quoi Mariette ajoute dans une note : « Tant mieux pour lui s'il faisoit aussi bien que Pesne quand celui-ci a bien fait. » — Traduction de Walpole par Mariette, mss. de la Bibl. nation., t. III, p. 167.

4 Ou dans le Languedoc, selon Nagler.

5 Nagler donne les deux dates que nous reproduisons : Mariette se trompe quand il le fait mourir en 1754, à 74 ans.

6 • Vers ,1e milieu de ce siècle, Le Sueur fut appelé à Berlin, et il y a, ce que fo crois, beaucoup mieux fait ses affaires que s'il etoit resté à Paris. Il y a trouvé de l'occupation et il est parvenu à estre directeur de l'Académie de peinture établie à Berlin. Il peint également le paysage et l'histoire, et il fait des desseins qui plaisent. • (Mariette).

du Dauphin, tous deux à cheval '. Il dessina aussi la Danaë du Titien (galerie de Sans-Souci), et Loth avec ses filles, d'après le tableau de Raphaël de la même galerie, tous deux pour être gravés, et le dernier de ces deux dessins Ta été par Preisler. Schmidt grava, d'après les dessins de Le Sueur, le tableau d'Annibal Carrache qui représente Alexandre et son médecin, et le tableau de Pietro Testa, dont le sujet est la Présentation au temple. Le Sueur jouissait d'une grande réputation comme dessinateur * ; il a fait les dessins des plafonds du palais chinois à Sans-Souci, qui ont été peints par Hubert'. Mais Le Sueur échoua dans ses restaurations de peintures anciennes, comme on peut le voir sur le tableau du Dominiquin représentant le portrait d'Artémise.

Parmi les meilleures estampes gravées d'après lui, on cite: le médecin Lieberkûhn, médaillon avec un entourage allégorique, dessiné par Le Sueur ; gr. par Schmidt.— Le monument de l'ambassadeur anglais, André Mitchel, à Berlin ; gr. par Schmidt, in-folio. —Une tète de vieillard barbu ; gravée par D. Berger, in-folio. — Tète d'enfant, gravée par D. Berger, in-4°, 1764.— Tète d'Asiatique coiffé d'un turban ; gravée par J.-G. Felber, 1760. — David, gravé par D. Berger, 1764, in-folio. —David sur le trône, pendant du précédent. — Cartouche de la grande carte de Grimée, gravée par Berger, en 1772. — Cartouche de la carte de la mer Noire, gravée par Berger en 1773.

Le Sueur a eu, entre autres élèves, J.-Ph. Hackert, peintre de paysages \

LE GEAY (Jean), architecte, peintre et dessinateur. — Le Geay, qu'on appelle aussi Lejai ou Léger, mais à tort, jouissait d'une grande réputation vers le milieu du xvme siècle ; cette réputation arriva jusqu'à Berlin, et en 1754, il y fut appelé et devint architecte du roi. « Il y fit, dit Nagler, plusieurs plans que l'on trouva tout à fait beaux, et les Allemands reconnurent alors aux Français l'honneur d'avoir produit un des plus grands architectes du temps. » Le Geay a peu bâti, mais il a fait un grand nombre de dessins et de plans, dont quelques-uns ont été suivis dans les bâtiments élevés à Potsdam par Frédéric ; entre autres, il a fait les plans, d'après les idées mêmes du roi, et dirigé l'exécution des travaux du nouveau château près de Sans-Souci 5. Il donna aussi les plans du nouveau palais de Potsdam, ou palais de

' Gravés par Aubert.

* Fiorillo dit la même chose : « Un autre artiste de talent, c'est N.-B. Le Sueur qui fit peu de tableaux historiques, mais beaucoup d'excellents dessins. > Geschichte aer Zetchnenden Kilmte. — Franckreich.

3 Matthias Œsterreich.

4 Presque tout cet article a été traduit de Nagler.

* Description de Berlin, p. 613 et 527. Voy. aussi Patte, et l'article Boulée de la Bioqraj.kie universelle.

marbre, commencé en 1763, et qui ne fut fini qu'en 1796, sous la conduite de l'architecte Charles de Qontard\ né en1738àManheim, mort en 1802, et qui était venu à Paris étudier sous Blondel. Le Geay a construit à Berlin l'église catholique, dont il a gravé lui-même le dessin en une feuille, et encore en trois feuilles in-folio ' ; cette église a été aussi gravée par Schleuen, P. Haas et Frosbergen. C'est un édifice circulaire, à coupole surbaissée et surmontée d'une lanterne; le porche est formé par six colonnes ioniques, supportant un fronton orné d'un bas-relief et de statues aux angles. Le style général et l'ornementation de l'édifice, le maitre-autel et les peintures de la coupole, sont dans le goût français de l'époque.

En 1763, Le Geay quitta la Prusse, à la suite d'une violente querelle avec le roi au sujet du nouveau Sans-Souci. Le Geay avait fait de très-beaux plans pour ce second château, dont le grand commun, fort bel édifice, a été construit sur ses dessins. Mais le roi s'obstinant à ne vouloir d'autre entrée au palais que la fenêtre du milieu de la façade, qu'on ouvrirait jusqu'à terre, Le Geay refusa d'exécuter une pareille extravagance, et Frédéric le menaçant de sa canne, il mit la main à la garde de son épée *. Le Geay se rendit à Schwerin, travailla aussi à Rostock ; mais on ignore où et quand il est mort 4. On voit de lui, dans la galerie de Schwerin, deux tableaux sur toile représentant des sujets d'architecture. (Voy. p. 1910

ADAM (François- Gaspard-BalthazaiO, le cadet, sculpteur, né en 1710 à Nancy, mort à Paris en 1761. Élève de ses frères. — Le roi de Prusse ayant besoin d'un sculpteur pour les ouvrages dont il voulait décorer les palais et jardins de Potsdam et de Sans-Souci, fit venir Adam à Berlin, en 1748 ; il y resta jusqu'en 1760, qu'il revint à Paris *. Adam, premier sculpteur du roi de Prusse, a exécuté un Apollon tenant un livre où sont tracés, en lettres d'or, deux vers de Lucrèce [Te sociam studeo, etc.) ; cette statue, exécutée à Berlin en 1748, est en marbre. Adam a fait aussi :

Une Flore couchée ; un petit amour badine avec elle et se joue avec des fleurs ; groupe fait à Berlin en 1749 ; le piédestal est d'un beau dessin fl.

1 Guide du voyageur à Berlin, 1844, à Berlin, chez Morin. p. 197.

1 L'estampe qui est au Cabinet de la Biblioth. nation. (Topographie-Berlin), porte une note mss. qui dit que l'église a été bâtie par Le Geay.

3 Frédéric le Grand, etc., ou Mes Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, par Thiébault, 5 vol. in-8% Paris, 1827 ; t. I, p. 277.

* Nagler. Il semblerait d'après Thiébault qu'il es? revenu végéter *t mourir à Paris.

5 Mariette, Abecedario, t, I, p. 9.

• C'est derrière le piédestal de cette statue que Frédéric faisait enterrer ses chiens. Chacun est recouvert d'une pierre sur laquelle est gravé son nom. La chienne Byges, peinte par Pesne, est enterrée la première. (Ma Un. QSsterreich.)

Gléopfttre se faisant piquer le sein par un aspic ; un petit amour tâche de l'arrêter ; la douleur de Gléopâtre est très-naturellement rendue ; faite à Berlin, en 1750 ; en marbre.

Le triomphe de Galatée, dans le bassin du milieu du jardin de Sans- Souci. — Lucrèce, la Volupté, dans le salon du milieu de ce château *.

Le Feu ; groupe représentant Vulcain remettant des armes à Vénus; 1756 ; en marbre. — La Terre ; groupe représentant un roi qui laboure et un enfant; 1758 ; en marbre. Ces deux groupes sont sur des piédestaux ornés de bas-reliefs ayant rapport aux figures.

Apollon (1752) ; — Diane sortant du bain (1753) ; — Junon (1753) ; — Jupiter (1754) ; — Mars en fureur lance un javelot; commencé par Adam et achevé par Sigisbert Michel, à Berlin, en 1764 ; — Minerve (1760). Ces six statues de marbre, de 8 pieds 2 pouces, sont autour du grand bassin qui est au pied des terrasses du jardin de Sans-Souci.

Le buste du chancelier de Gocceji.

Adam a commencé la statue du maréchal de Schwerin, tué en 1757; cette statue a été terminée par Sigisbert Michel. Pendant qu'il était pensionnaire à Rome, Adam avait fait pour le roi de Prusse un Faune qui tient une grappe de raisin ; c'est une belle copie d'un antique du Gapitole ■.

MICHEL (Thomas), sculpteur, mort en 1751 à Berlin. — Thomas Michel fut l'un des sculpteurs du roi de Prusse ; mari d'Anne Adam, il fut sans doute amené à Berlin par Gaspard Adam pour partager ses travaux et sa bonne fortune '.

MICHEL (Sigisbert), sculpteur. —, Sigisbert Michel succéda en 1764,

en qualité de sculpteur du roi, à Adam ; il a achevé la statue de Mars en fureur et celle du maréchal comte de Schwerin.

« En 1770, il quitta Berlin, dit Mathias Oesterreich, sans qu'on en ait su la raison, et retourna à Paris. » On trouve la raison de sa retraite dans une pièce très-curieuse insérée dans les Archives de l'art français \

1 Notes mss. sur divers plans de Sans-Souci, conservés au Cabinet des estampes ; (Topographie-Berlin).

« Description de Berlin, p. 113, 321, 608. 519, 520, 521, 522. — Matthias Œsterreich, Description de la collection du roi de Prusse, 1 vol. in-8<\ 1774, Berlin.

s Archives de V art français, t. I, p. 180.

Après

vant aucune réponse à plusieurs réclamations, il lui écrivit une lettre de reproches et d'injures dont j ai vu la copie entre les mains du chargé d'affaires de France. Cette lettre, écrite ab irato, n'était pas mal rédigée j le ton en était ferme et hardi ; elle était môme assez noble et philosophique ; il n'y avait d'injures que par le fond des choses ; mais à ce dernier égard, on n'y trouvait aucun ménagement, Les filous, les subor-

C'est un placet adressé par Michel à l'empereur d'Allemagne, chef souverain de tous les Etats allemands. Le vieil et infortuné sculpteur s'adresse à Sa Majesté Impériale et Royale Joseph II, pour obtenir justice contre un roi qui dispose de 300,000 hommes, et lui adresse la requête suivante :

« L'année 1764, le roy de Prusse ayant l'intention d'avoir à son service un sculpteur françois ; m'étaïnt distingué dans le nombre des artistes, Sa Majesté, pour m'exciter à sortir de ma patrie et quitter mon établissement, me signa un contrat en calité de son premier sculpteur, ce contrat est composé de dix articles, pas une seule n'a été exécuté;

» La statue de Mars posée à Sans-Soucy a été le premier ouvrage exécuté avec l'applaudissement du roy, par ses expressions, me disapt : Elle est belle, très-belle ;

» Le monument du chancelier de Coccey, placé dans la cour souveraine et la statue du feld-maréchal-général Schwerin, posée dans la place royal de Berlin reçurent les mêmes aplaudissemens;

» Ces deux monument ne m'ont pas été payez, je réclame mon salaire, j'ay les titre les plus fort, lettre du roy, lettre du ministre, du baron de Eniphausen; mais aucuin tribuneaux ne peut rien en connoitre, j'ay affaire à un roy qui a 300,000 homme ; je suplie donc Sa Majesté Impérial et Royalle de faire à mon égard, un acte de justice et d'humanité, car je suis âgée de 78 ans et suis grand père. Je mouray de fain est toutes ma famille, si je ne recois ce qui m'est du. La somme n'est que 21 ,250 livres pour deux monument En Marble ; sur lesquelles j'ay suez sans et Eaux ; ces deux monument Existe, le roy a été satisfait, et ne ma pas payez.»

La cour de Vienne paraît avoir donné suite à la réclamation de Sigisbert Michel : on lit en effet, à la suite de sa requête, les lignes suivantes :

« V. M. verra par les deux nottes officielles, dont copie est ci-jointe, que j'ai employé en vain la médiation de Son Ex. le ministre des relations extérieures, et que le eonseil privé de Berlin s'est condamné lui-même par ces deux notes f. »

VAN LOO ( Ch arles -Améd6e-Philippb), peintre, né en 1715 on 1718, à Turin ; on ignore la date de sa mort. Fila et élève de J.-B. Vanloo. — Amédée Vanloo

fut peintre du roi de Prusse et résida à Berlin de 1748 ■ à 1769. Nous

neurs, las voleurs de grands chemins y étaient offerts comme objets de comparaison qui méritaient la préférence, parce qu'au moins on avait contre eux des recours ou des moyens de vengeance. Frédéric méprisa cette lettre dont on n'a jamais parlé, » mais il ne pava pas.

1 Yoy. sur ce sculpteur, Bachaumont, t. XXVII, p, 311.

* Livrets des adresses des membres de l'Acad. de peint, et de sculpt. de Paris. Ces livrets m'ont fourni des indications très-précieuses et oies dates qu'on ne trouve que là.

connaissons parmi les œuvres de cet artiste : le portrait en pied de Frédéric II, exposé au salon de 1769 (gravé par P.-Gr. Langlois en 1785); le portrait du prince de Prusse, Frédéric-Henri, peint en 1765 (gravé par Schmidt en 1767); une fresque représentant la Religion, à l'église de Saint-Nicolas de Potsdam. Vanloo a fait aussi des cartons pour les tapisseries exécutées à Berlin dans la manufacture de Vigne *. 11 a peint aux appartements d'État du château de Potsdam un plafond représentant l'apothéose du Grand-Électeur; il a fait aussi à Sans-Souci, à la grande salle de marbre, le plafond qui représente l'Assemblée des dieux pour recevoir Ganymède, et deux tableaux : le sacrifice d'Iphigénie et l'école d'Athènes *. Il a peint également les plafonds du nouveau Sans-Souci* et a fait deux portraits de Frédéric, en 1764, l'un pour l'impératrice d'Allemagne et l'autre pour le prince de Kaunitz, son ambassadeur 4.

DUBUISSON (Jran-Baptibtk Gayot), peintre de fleurs. — Cet excellent peintre de fleurs et de fruits était né en France ; il séjourna longtemps en Italie, où Pesne épousa sa fille, et ils vinrent ensemble à Berlin. Dubuisson alla ensuite à Dresde et mourut à Varsovie, à 75 ans. La galerie royale de Berlin possédait de J.-B. Dubuisson deux ports de mer et deux paysages dont les figures avaient été peintes par Pesne B.

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