TROISIÈME POINT
L'amour qu'on doit avoir pour ses idées est la condition fondamentale du bon style. Ce point me semble établi, je n'y insisterai pas davantage. Mais il me reste à remplir la partie la plus haute et la plus sacrée de ina
tâche de prédicateur : il me reste, ô Mesdemoiselles! à vous exhorter à la vertu, afin que par un effet naturel de la parfaite pureté de vos âmes, vos idées soient toujours belles, nobles et simples, dignes enfin de votre amour.
C'est une chose malheureusement trop certaine, que la beauté de la forme et du style suffit pour rendre immortels le mal, le mensonge et Terreur. Une vérité exprimée sans talent meurt tout entière ; une erreur exprimée avec talent peut être sauvée tout entière. Le style est donc une puissance redoutable : craignez de vous en servir pour autre chose que pour le triomphe du bien et de la vérité. Pour que votre intelligence se maintienne dans les plus hautes régions de la pensée et qu'elle y vive comme dans son élément, il faut que vous viviez vous-mêmes dans l'amour et la pratique habituelle du bien. La droiture morale est la meilleure sauvegarde de la rectitude intellectuelle. Quand le cœur se corrompt, bientôt Tesprit se fausse, et les plus grands pécheurs sont les plus grands sophistes. «Les hommes, a dit un écrivain sacré, ont mieux aimé les ténèbres que la lumière » ; pourquoi? «parce que leurs œuvres étaient mauvaises ». Que vos pieds suivent donc le sentier du devoir, et vous aurez toujours le front dans la lumière.
Vous voyez comment une simple question de style et de goût, envisagée à un certain point de vue, peut devenir une question qui intéresse la morale. Et cela résulte de Tintime union de ces trois choses : le beau, le vrai, le bien. Les plus grands penseurs ne les ont jamais séparées; leur harmonie n'est méconnue que des petits esprits, de ces sophistes que je nommais tout à l'heure.
des critiques sans portée et des artistes sans haute ambition^ dont l'étroite cervelle ne connaît qu'une beauté inférieure et dégradée, parce que leur cœur n'en cherche et n'en aime point d'autre. Les philosophes qui ont écrit sur l'art les choses les plus élevées et les plus profondes, ont été en même temps des prédicateurs de vertu.
Le grand philosophe d'Alexandrie, Plotin, pose en principe, dans sa théorie esthétique, que la beauté du sujet qui contemple est la condition première de l'intuition du beau. « Rentre en toi-même, dit-il magnifiquement, et si tu n'y trouves pas encore la beauté, fais conmie l'artiste qui retranche, enlève, polit, épure sans relâche, jusqu'à ce qu'il orne sa statue de tous les dons de la beauté.... Alors, plein de confiance en toi et n'ayant plus besoin de guide, regarde en ton âme, tu y découvriras la beauté. Que chacun de nous devienne beau et divin, s'il veut contempler la beauté et la divinité. Jamais l'œil n'eût aperçu le soleil s'il n'en avait pris la forme; de même, si l'âme ne fût devenue belle, jamais elle n'eût vu la beauté. » — Et Milton a dit avec une égale sublimité de style : « Il faut que le poëte soit lui-même un poëme vivant, c'est-à-dire une composition, un modèle des choses les plus belles et les plus honorables ; qu'il ne présume pas chanter dignement les louanges des héros et des cités fameuses, s'il n'a pas lui-même réalisé dans la pratique de sa vie tout ce qui est digne de louange.»
L'objet de Famour, ce n'est pas précisément la beauté ;
c'est, comme le dit très-bien Platon, la production dans la beauté. C'est un désir profond de nous perpétuer et de laisser après nous quelque chose de nous-mêmes. C'est une aspiration de toute notre nature mortelle vers l'immortalité. Or, l'amour le plus élevé est évidemment celui qui a pour objet la perpétuité non de notre corps mais de notre esprit, et la production non dans l'ordre de la beauté physique, mais dans l'ordre de la beauté intellectuelle et morale. Aussi les grands artistes, les grands philosophes, sont-ils pour la plupart des génies solitaires, étrangers ou rebelles aux liens de la famille. Leur véritable épouse, c'est la Beauté ; leurs vrais enfants, ce sont leurs œuvres; et, lorsqu'avec le beau, ils produisent et perpétuent ces vérités utiles, fécondes, ces sentiments généreux qui éclairent etquiréchautfent les générations successives, leur postérité est aussi innombrable que celle des patriarches de la Genèse, l'humanité avec respect les appelle bienfaiteurs et pères.
Le jour où un esprit jeune et vigoureux sent pour la première fois l'aiguillon de l'amour, est un jour d'inquiétude et de tourment. Mais rien n'est comparable à son bonheur, quand il commence à produire. Je ne parle pas ici des petits vers, des tragédies en cinq actes, des romans, des épopées et des drames que nous avons tous composés à l'âge de seize ans. Ces premières productions de l'adolescence sont rarement originales; ce ne sont pas nos vrais enfants, et nous les renions plus tard. L'ivresse de volupté dont je parle est celle qui s'empare de notre esprit, le jour où nous conce-
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vons noire première idée générale. Cette première idée, étant notre découverte, n'est souvent qu'un paradoxe; elle est mêlée d'un peu de vrai et de beaucoup de faux: mais, tout entiers à la joie de posséder enfin une idée qui soit de nous, qui soit à nous, nous aimons mieux nous aventurer témérairement dans l'erreur que de sacrifier une seule parcelle de notre propriété. Notre idée s'étend, se multiplie; de degré en degré, elle embrasse l'infini, où elle se perd. Tout à l'heure, ce n'était que l'étotfe d'une dissertation; maintenant, c'est la matière d'un livre, d'un livre qui n'aura pas de conclusion et qui sera le point de départ de beaucoup d'autres.
Nous écrivons ce livre et il est très-défectueux, parce que, novices encore, nous ne sommes pas maîtres de notre instrument. Mais déjà nous avons des idées et l'amour de nos idées; déjà l'encourageante indulgence d'un juge clairvoyant peut reconnaître en nous la présence et l'action d'un souffle inspirateur, et nous savons bien nous-mêmes que jamais aucune production ne nous donnera autant de plaisir que celle de ce premierné de notre amour. — Plus tard, instruits par l'expérience, ayant appris à connaître à nos dépens le goût du public, nous écrirons moins pour nous-mêmes et plus pour les autres, car nous voudrons surtout faire adopter aux autres les idées que nous aimons. Nous aff'ectionnerons moins les paradoxes, nous ne redouterons plus tant les lieux-communs. Nous puiserons à pleines mains dans le fonds éternel et toujours nouveau de la vérité universelle, cherchant l'individualité
moins dans nos idées que dans l'expression de nos idées (1), et les vérités nous sembleront d'autant plus belles et meilleures à dire, qu'elles seront d'une simplicité plus idéale, d'une utilité plus pratique^ d'une humanité plus bienfaisante.
Sur la seule beauté digne d'être aimée, écoulez dV bord la sagesse antique s'exprimant par son plus noble et plus éloquent organe, Platon :
Celui qui veut s'y prendre comme il faut, dit ce grand théoricien de l'amour, doit considérer la beauté de l'àme comme bien plus relevée que celle du corps, de sorte qu'une âme belle, d'ailleurs accompagnée de peu d'agréments extérieurs, suffise pour attirer son amour et ses soins, et pour qu'il se plaise à y enfanter les discours qui senties plus propres àrendrelajeunessemeilleure. Parlait sera amené à considérer le beau dans les actions des hommes et dans les lois, et à voir que la beauté morale est partout de la même nature; alors il apprendra à regarder la beauté physique comme peu de chose. De la sphère de l'action, il devra passer à celle de l'intelligence et contempler la beauté des sciences ; ainsi arrivé à une vue plus étendue de la beauté, libre de l'esclavage et des étroites pensées du servile amant de la beauté dé telle femme ou de tel homme ou de telle action particuhère, lancé sur l'océan de la beauté et tout entier à ce spectacle, il enfante avec une inépuisable fécondité les pensées et les discours les plus magnifiques et les plus sublimes de la philosophie... Celui qui, dans les mystères de l'amour, s'est avancé jusqu'au point oii nous en sommes par une contemplation progressive et bien conduite, parvenu au dernier degré de l'initiation, verra tout à coup ap})araître à ses regards une beauté merveilleuse, celle, 6 Socrate ! i[ui est la tin de tous
(1) « Proprie communia dicere. »
ses travaux précédents : beauté éternelle, non engendrée et non périssable, exempte de décadence comme d'accroissement, qui n'est point belle dans telle partie et laide dans telle autre, belle seulement en tel temps, en tel lieu, dans tel rapport, belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là ; beauté qui n'a point de forme sensible, un visage, des mains, rien de corporel... qui est absolument identique et invariable par elle-même ; de laquelle toutes les autres beautés participent, de manière cependant que leur naissance ou leur destruction ne lui apporte ni diminution, ni accroissement, ni le moindre changement. Quand de ces beautés inférieures on s'est élevé jusqu'à la beauté parfaite et qu'on commence à l'entrevoir, on n'est pas loin du but de l'amour. En effet, le vrai chemin de l'amour, c'est de commencer par les beautés d'ici-bas, et les yeux attachés sur la beauté suprême, de s'y élever sans cesse en passant, pour ainsi dire, par tous les degrés de l'échelle, des beaux corps aux beaux sentiments, des beaux sentiments aux belles connaissances, jusqu'à ce que de connaissances en connaissances, on arrive à la connaissance par excellence, qui n'a d'autre objet que le beau lui-même, et qu'on finisse par le connaître tel qu'il est en soi. 0 mon cher Socrate ! ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle... Je le demande, quelle ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempler le beau sans mélange, dans sa pureté et sa simplicité, non plus revêtu de chairs et de couleurs humaines, et de tous ces vains agréments condamnés à périr, à qui il serait donné de voir face à face, sous sa forme unique, la beauté divine?... N'est-ce pas en contemplant la beauté éternelle qu'il pourra produire non des images de vertus, mais des vertus réelles et vraies, parce que c'est la vérité seule qu'il aime? Or, c'est à celui qui enfante la véritable vertu qu'il appartient d'être chéri de Dieu. C'est à lui, plus qu'à tout autre homme, qu'il appartient d'être immortel (1).
(1) Le Banquet^ traduction de M. Cousin.
Ainsi parle Platon. — Mais, si nous voulons nous élever à la plus haute théorie de Taniour, faisons un pas de plus, entrons dans la sphère de la charité pure, du dévouement, de l'humilité, du sacrifice; complétons la philosophie païenne par la religion chrétienne, et Platon par Pascal :
La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.
Tout féclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de fesprit. La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair. La grandeur de la Sagesse, qui n'est nulle part sinon en Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différant en genre...
Il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles, comme s'il n'y en avait pas de spirituelles, et d'autres qui n'admirent que les spirituelles, comme s'il n'y en avait pas diuûniment plus hautes dans la Sagesse.
Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits; car il connaît tout cela, et soi; et les corps, rien. Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité: cela est d'un ordre infiniment plus élevé. De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée; cela est impossible, et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de .vraie charité; cela est impossible, ot dun autre ordre, surnaturel.
Quittons ces régions élevées et redescendons sur la terre.
On écrit d'une façon bien banale et bien plate aujourd'hui. Je suppose que nos écrivains modernes n'aiment guère leurs idées; du moins ils écrivent absolument comme s^ils n'en avaient aucun souci. Dans leur fièvre et leur hâte de produire, ils ne prennent plus la peine de donner à leur pensée cette belle forme qui seule peut la faire vivre et subsister éternellement. Ont-ils encore le désir de convaincre leurs contemporains? je le veux croire; mais certes ils ont perdu toute ambition de gagner la grande victoire, celle qu'on remporte sur le temps. Tandis qu'il faudrait façonner avec soin pour chacune de nos idées le costume qui lui est propre, ils habillent précipitamment les leurs dans un uniforme tout fait, dans des phrases stéréotypées et toujours les mêmes, vieux clichés qu'on achève par cœur dès qu'on en a ouï le premier mot, qui ne distinguent plus personne, qui confondent tout le monde, et dont le vulgaire chapeau noir de notre société démocratique peut être envisagé comme la symbolique image... Ah! ceux qui rêvent l'égalité sociale ont au moins la douceur de voir leur idéal réalisé pleinement dans le style d^aujourd'hui! Tout le monde écrit de la même manière, ni très-bien, ni très-mal, avec la plus ennuyeuse médiocrité. Il n'y a plus d'originalité dans les styles, parce qu'il n'y en a plus dans les idées, parce qu'il n'y en a plus dans les esprits, parce qu'il n'y en,a plus dans les caractères.
Deux fléaux ont envahi la langue française et sont
actuellement en train de la détruire : le journalisme et les substantifs abstraits. Les substantifs abstraits nous viennent de la langue philosophique; cette innombrable armée de mots vides, incolores, a chassé de notre belle prose l'essaim léger des images vives et l'a rendue froide et pesante. D'autre part, le journalisme, l'agent le plus puissant de la dissolution de la langue, a introduit dans notre style ses habitudes débraillées. La sévère tenue du style peut ne point convenir à un article de journal; mais elle convient à un livre, et nos livres ne sont pour la plupart que des collections d'articles de journaux. Le journalisme, voilà d'un mot la littérature de notre époque, et ce mot la définit bien de toutes manières : qu'est-ce qu'un journal? une chose qui vit un jour) l'article d'aujourd'hui n'aura plus d'existence demain.
Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est l'indifférence avec laquelle nous assistons à cette mort de la langue française qui s'accomplit devant nos yeux. La littérature et le style sont le moindre de nos soucis. Autrefois, le plus grand éloge qu'on pût faire d'un livre, c'était de dire « il est bien écrit » ; aujourd'hui je doute fort que ces mots (si quelqu'un songeait à les prononcer) fussent même une recommandation. En tout cas un critique qui s'aviserait d'insister sur l'importance du style comme au bon vieux temps, serait trouvé bien suranné, un peu ridicule, et nous le renverrions dans sa province. Car nous sommes devenus bien autrement sérieux ; nous dédaignons les remarques superficielles, les questions de forme, et nous écrivons dans quelque
savante Revue ce qu'on appelle des articles de fond, c'est-à-dire trente-deux pages compactes de réflexions solides, ennuyeuses, en style lourd et abstrait. Genre de critique fort grave et plein d'instruction sans doute; mais que restera-t-il de toute cette profonde philosophie? Une seule page d'une seule de tes nouvelles, ô Mérimée ! a plus d'existence que tout cela.
Mesdemoiselles, vous pouvez faire quelque chose pour le salut de la langue française ; non pas en devenant des femmes auteurs : je ne souhaite cette gloire pour aucune d'entre vous, et je vous renvoie sur ce point aux sages et paternels avis de Béranger. Mais vous pouvez concevoir contre le mauvais style une bonne haine, et c'est un utile ami de la langue qu'un ennemi acharné du mauvais style partout où il ose se montrer.
Vous écrivez vous-mêmes (vous devriez écrire) quelques compositions littéraires pour vos professeurs : exposez-vous courageusement à la critique; pardonneznous un excès de zèle dans les corrections dont nous noircissons vos pages, et ne vous fâchez pas, souriez de notre maladresse, si parfois nous avons la main un peu lourde. Nous autres vieillards nous ne sommes pas galants, et n'étant plus nous-mêmes bons à rien, nous ne savons vous offrir que les rudes conseils de notre vieille expérience. Ne vous offensez pas de nos façons d'ours mal léchés, et profitez de nos conseils. — Ecoutez ce que Béranger écrivait à une demoiselle qui lui avait envoyé ses fables :
« Mademoiselle,, j'ai lu votre recueil avec un vif intérêt, et cet intérêt m'a fait regretter que vous n'ayei pas donné plus de soin à votre style. Oh! Mademoiselle, pourquoi, avant de publier, n'avez-vous pas eu ridée de me faire connaître vos fables manuscrites ? Je suis d'âge malheureusement à ce que les demoiselles s'adressent à moi sans inconvénient. Je me serais permis quelques observations dictées par ma vieille expérience, et sans doute vous les eussiez mises à profit... Vous avez un esprit et des sentiments distingués, une imagination heureuse et une raison saine. Que vous faut-il encore? le secret du style. Vous allez me trouver bien hardi de vous jeter ainsi ma critique au nez, sans en être prié par vous... Les négligences de La Fontaine, que j'ai tant étudié, vous ont, selon moi, fait croire qu'il n^était pas un maître travailleur en fait de langage. Revenez de cette erreur. La Fontaine corrigeait beaucoup et longtemps... Sans doute il soignait peu ses rimes; mais il n'a jamais égalé votre négligence sur ce point, et vous ne trouverez chez lui rien de pareil à titres ti ministres, un et voisin, rechef ei bec, belles et merles, et à beaucoup d'autres, un peu moins fortes pourtant... Respectez la langue. Le vieux chansonnier s'est aperçu que vous supprimiez un peu trop Vs de la deuxième personne du présent de l'indicatif dans les verbes de la première conjugaison... Mais, direz -vous encore, M. de Lamartine souvent en use ainsi. Il n'en fait pas mieux, Mademoiselle. Et puis, M. de Lamartine a fait Jocelyn', quand vous aurez fait votre Jocelyn ^ — et je n'en désespère pas — nous vous passerons bien
dès peccadilles, qu'aujourd'hui nous nous faisons un devoir de reprendre.... »
Je me résume. — a Négliger le style, c'est ne pas aimer assez les idées qu'on veut faire adopter aux autres. » Aimez donc vos idées, c'est la première condition du bon style.
Choisissez entre vos idées, c'est la seconde condition. c( Fouillez longtemps dans votre cerveau (c'est encore Béranger qui parle), pour vous assurer qu'à côté de l'idée que vous y puisez, il ne s'en trouve pas une meilleure qui rit de voir que vous lui préfériez une sœur moins fraîche et moins jolie. »
Et permettez-moi de vous donner en finissant quelques conseils plus particuliers.
Ne prenez jamais la plume que si vous avez quelque chose à dire. — Ne dispersez point en trois pages ce que vous pouvez condenser en une. — Fuyez les mots vagues de la langue philosophique. — Remplacez le plus possible les substantifs abstraits par des adjectifs et par des verbes. — Soignez votre écriture; l'écriture est le miroir de l'âme, une écriture lâche et négligée est . l'indice d'un esprit nonchalant. — Soignez votre orthographe; les fautes d'orthographe peuvent avoir du charme sous la plume de l'auteur de Jocelyn : mais tant qu'on n'a pas fait son Jocelyn, les fautes d'orthographe ne sont qu'un défaut de soin ou d'instruction. — Ne publiez pas de poésies ; mais, si vous faites des vers, évitez la rime de titres avec ministi^es et de belles avec merles. — Respectez la langue! respectez la langue I
Oh! ne touchez pas à la Reinel La Reine, Mesdemoiselles^ c'est la langue française. Puissiez-vous la maintenir dans son intégrité, dans sa majesté, dans sa pureté, et ne jamais supprimer Vs à la deuxième personne du présent de l'indicatif dans les verbes de la première conjugaison! Ainsi soit-il .