Poèmes barbares
'i. Poèmes tragiques.
2()('> LES AUTISTES LITTÉUAIUES.
Maya! Maya! torrent des mobiles chimères,
Tu fais jaillir du cœur de rhomme universel
Les brèves voluptés et les haines anières,
Le monde obscur des sens et la splendeur du ciel.
Mais (ju'est-ce que le cœur des hommes éphémères,
0 Maya ! sinon loi, le miraye immortel ?
Les siècles écoulés, les minutes prochaines,
S'abîment dans ton ombre en un même moment,
Avec nos cris, nos pleurs et le sang de nos \eines;
Éclair, rêve sinistre, éternité qui ment,
La Vie antique est faite inépuisablement
Du tourbillon sans fin des apparences vaines '.
N'est-ce là qu'un reflet exotique, amené par une sorte de dilettantisme bizarre ? Faut-il ne voir dans ces descriptions que les jeux d'esprit d'un versificateur habile, séduit par le pittoresque oriental? Malgré les affirmations fournies par les critiques qui inclinent vers cette hypothèse, et quelle que soit la valeur de leurs motifs, un argument de logique pure, en dehors de toute question d'appréciation personnelle, vient prouver, scmble-t-il, d'une irréfutable manière l'absolue sincérité de l'auteur. D'un bout à l'autre de ses ouvrages, — sauf en quelques points spéciaux que nous étudierons, — il suit trop strictement son système jusqu'aux extrêmes conséquences, il en possède trop bien, non seulement les aspects superficiels, mais aussi l'essence intime, pour qu'on puisse admettre une minute qu'il l'a adopté à titre