‹ Les artistes littérairesChapitre 99 sur 160 · Le Génie des Religions, liv. 111^ ch. li · texte numérisé non relu

Le Génie des Religions, liv. 111^ ch. li

phiquc des sectateurs de Vichnou ou des disci[)lcs du Bouddha, n'avait pas moins vivement occupé le jeune créole de la Réunion ; tous devaient se rencontrer un jour au même point d'arrivée, d'autant plus que les conclusions désolantes auxquelles conduisait la doctrine de Çakya-Mouni n'étaient pas pour déplaire au poète contemporain. A l'heure de sa vie où il se trouvait alors, pauvre, inconnu, découragé, indéterminé dans son but, cette désespérante constatation de la vanité de toutes choses, cette recherche continue et savamment raisonnée du néant lui apparaissaient comme un sombre refuye à sa douleur ; la tristesse de l'ascète oriental correspondait à la sienne ; il goûta un plaisir amer à s'en pénétrer tout entier, et travailla ainsi à aigrir encore dans son âme le mal intérieur qui l'envahissait déjà. Dès ce moment, du moins, la marche artistique à suivre lui était enfin tracée. La parole de ses ancêtres des rives du Gange avait forcé à jaillir de son esprit l'inspiration latente; il n'avait plus qu'à la laisser librement agir pour édifier ses poèmes. Transformée par la différence des leinps, des milieux, de toutes les circonstances ambiantes, elle allait faire éclore une œuvre extraordinaire, où des lecteurs superficiels n'ont vu parfois que des pastiches plus ou moins dissinmlés, mais où un examen quelque peu attentif découvre une pensée forte et merveilleusement originale.

M. LECOiNTi; DE LISLK. 203

Les principes qu'accepte M. Leconle de Lisie pour base à sa piiilosopliie, s'ils sont nouveaux pour nous pcut-èlre, émanent pourtant d'une métaphysique conçue il y a plusieurs milliers d'années, et, suivant une méthode très exacte, il les déduit parallèlement à la plus lerme orthodoxie bouddhique. On peut les ramener au résumé que nous en avons donné déjà : Kien n'existe, tout est illusion et mensonye,

... llicn n'a de siibslaiicc et de réalité; Rien n'est vrai que l'uniqnc et morne éternité : 0 lîrahma! louli; chose est le rère d'un rêve '.

La même formule revient sans cesse sous la plume du maître, soit en des termes identiques, soit avec des variantes. Elle emplit non seulement toutes les pièces imitées de sujets hindous, mais on la retrouve dans les dernières strophes du fragment moderne intitulé Midi -, on la retrouve dans la Ravine Saint-GiUes , dans la Dernière Vision, dans l'O/'be d'or •\ dans Fiat Nox '% surtout dans les douze vers qui terminent les Poèmes tragiques, et qui domient en un raccourci puissant un si formidable exposé de la Création :

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