Poèmes tragiques, lu Maya
de simple curiosité littéraire. Un rhéteur, si presli gieuse que nous supposions sa rhétorique, ne tient guère contre un examen quelque peu approfondi ; sans conviction véritable, et grâce à une certaine dextérité de main, il arrive à emprunter les procédés de forme ; il n'empruntera jamais, sans y croire. 1(^ fonds même d'une doctrine.
Un des dogmes sur lesquels s'appuie celle-ci, c'est que la vie universelle ne se composant que d'un déroulement continu de représentations spécieuses, d'idées sans réalité positive, toutes ces représentations ou idées équivalent les unes aux autres devant le néant suprême ; l'homme, l'animal, la matière brute se rangent sur le même degré ; la moindre hiérarchie se trouve détruite dans le monde, et il n'est pas un être ou un objet qui possède des droits particuliers à la pitié, à l'amour, au respect plus étendu des croyants. Cette théorie d'égalité à outrance, qui eût pu séduire par son originalité un imitateur incrédule, mais qui alors eût été copiée servilement sur un mode didactique, M. Leconte de Liste l'avait comprise, et il l'a fait passer dans ses écrits avec une spontanéité si vraie que le lien philosophique qui la rattache à l'hide se montre à peine visible. 11 ne la formule nulle part ; il l'observe presque partout. Tandis qu'il réduit la psychologie humaine à ses grandes manifestations générales, et qu'il ne lui
'208 I.I'S AUTISTES LITTKUAIRES.
donne par conséquent qu'un développement restreint, il communique au reste de la nature, bestiale, végétative ou même inerte, une acuité de pensées et de sentiments, où se révèle le panthéiste oriental. Sauf Alfred de Vigny peut-être, personne avant lui n'avait eu la vision aussi intense de cette âme simple mais vivante de la bête; personne n'avait parlé des amours, des rancunes, des terreurs, des mélancolies qui s'agitent ou qui sommeillent dans les cerveaux inférieurs. Le désespoir morne et la sourde fureur du vieux loup à qui l'on a égorgé sa femelle et ses petits, vibrent d'une émotion singulièrement plus fougueuse que les douleurs sculpturales des héros antiques ou barbares :
... L'angoisse éti-eint son cœur obscur,
Un âpre frisson court le long de ses vertèbres.
Il est seul désormais sur la neige livide. La faim, la soif, l'affût patient dans les bois. Le doux agneau qui bêle ou le cerf aux abois, Que lui fait tout cela puisque le monde est vide ?
Sa langue fume et pend de sa gueule profonde. Sans lécher le sang noir qui s'égoutte du flanc, Il éi'ige sa tête aiguë en grommelant; Et la haine, dans ses entrailles, brûle et gronde '.
De même la tristesse poignante qui s'exhale de la