Poèmes tragiques : V Aboma
210 LES ARTISTES LITTÉRAIKES.
vierge [)ar l'aversion pour l'iiomme destructeur et la lutte conlre ses conquêtes \ émanant des astres suspendus dans l'infini, planant au-dessus de l'Océan, des « steppes de la mer », alors que
... Le ciel magnifique et les eaux vénérables Dorment dans la lumière et dans la majesté, Comme si la rumeur des vivants misérables N'avait troublé jamais leur rêve iUimilé -.
Remarquons qu'en ces passages ce ne sont point des symbolisnies qui vivent, comme ceux qu'avait enfantés par milliers le génie hellénique, et que les disciples de l'art grec, l'auleur des Érinnyes aussi bien (|ue les autres, ont depuis adoptés quelquefois ; ce ne sont pas des divinités plus ou moins humaines qui se superposent à des forces ou a des formes de la nature, et qui deviennent à peu près indépendantes de leurs origines pour prendre les habitudes, les passions, l'intelligence, le langage humains. Le maître n'a jamais substitué son âme à l'âme de la création ; il ne lui a pas prêté des sentiments ou des paroles complexes qui ne pouvaient appartenir qu'à lui seul. Mais devinant ce qu'il y a d'idée dans l'attitude ou les cris inarticulés des monstres, dans les mouvements ou l'immobilité même des choses, il a cherché à traduire le rêve entier de la Maya, sous ses modes indéfi-