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Poèmes barbares: La Forêt vierge

2 Poèmes tragiques : Sacra lames.

niincnt mulliplos, au lieu de s'arrèler à l'un de ses aspects particuliers, son moi ou le moi de ses semblables. 11 osait là une énorme entreprise, et il ne semble pas y avoir échoué, quoique, à vrai dire, l'immense ampleur donnée h son champ d'étude soit peut-être une des causes qui ont rendu son œuvre peu accessible à notre espril . Sa psychologie s'est étendue dans un domaine tellement vaste qu'on a fini parfois par ne plus l'apercevoir, et que certains ont conclu de ce chef qu'elle n'existait pas. La simple vérité, c'est qu'elle a déconcerté les lecteurs en franchissant les limites habituelles qu'on lui assigne, et que, non contente de s'attacher à l'homme seulement, elle a essayé d'embrasser l'univers.

Que la tentative d'ailleurs ait réussi ou avorté d'une manière absolue, peu importe pour le moment. Nous ne voulons la considérer que comme une résultante du tempérament néo-asiatique qui constitue le caractère dislinctif du poète. Jusqu'ici le génie hindou et le sien propre, sans se joindre complètement et s'identifier, tout en gardant au contraire chacun leur marque spéciale, ont suivi deux voies parallèles assez voisines l'une de l'autre. Ils se rapprocheront encore davantage sur la question du but final de la vie et des destinées qui nous attendent au lendemain de la mort. Leurs deux théories sur ce point vont se confondre dans

la lueme formule, et l'on pressent ce qu'elle sera devant les prémisses posées : anéantissement irrémissible de l'être individuel, ([ui, apparu une seconde hors du vide, y rentre et s'y perd à jamais,

Comme une Kowtte d'eau dans l'Océan immense '.

Conclusion médiocrement nouvelle en soi, et qui, par conséquent, ne mériterait guère d'être notée, puisqu'elle est le dernier terme très connu d'une foule d'écoles philosophiques de l'antiquité ou de notre époque; conclusion étrange néanmoins par les dispositions morales avec lesquelles elle a été envisagée des ascètes bouddhistes d'abord, de M. Leconte de Lisle ensuite. Pour des raisons nombreuses et assez obscures, — et malgré ce qui a pu être enseigné ])ar les grands penseurs de notre monde européen avant ou après le christianisme, — l'homme de l'Occident aime la vie et aspire à la prolonger jusqu'aux limites éternelles ; l'homme de l'Orient la dédaigne ou la hait ; il la regarde s'éteindre avec indifférence, à moins qu'il ne s'efforce à hfder et à achever sa propre destruction. Depuis Achille, plus heureux de « cultiver la terre au service d'un homme pauvre que de régner sur les ombres de ceux qui ne sont plus- », jusqu'au Karl Moor de Schiller, insoucieux des

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