Homère, Odyssée, clianl XI
M. Li:(;ii.\Ti: de lisi.e. 213
mystères futurs « pourvu ([ue son moi lui reste fidèle 1 », tout individu de notre race ne veut pas mourir et saccroclie (''ncri^iipiement à l'existence, préférant toujours, sauf exceptions rares, la misère, la douleur et le désespoir à l'iiypollièse d'une dissolution totale de son individualité. Pour établir la profondeur de ce sentiment instinctif chez nous et chez nos ancêtres, aucune preuve n'est plus significative que le soin avec lequel Lucrèce, dans son De Natiu-a rerum, s'attache à le combattre - ; il lui oppose ses arguments les plus serrés: il réfute par avance les protestations qu'il devine implacables ; encore ne donne-t-il sa conclusion à l'anéantissement que comme une fatalité qu'il faut admettre, sans joie peut-être, mais aussi sans tristesse, puisqu'elle nous assure la fin de toute souffrance, et surtout l'inconscience de tout regret. Chez Çakya-Mouni il n'en va pas de même ; à ses yeux le nirvana ne sera pas l'inévitable terme de l'âme, mais au contraire la récomponce des seuls élus, l'asile de béatitude réservé aux observateurs scrupuleux de la Loi, après les longues épreuves et les pénibles initiations. Là où l'écrivain romain ne marche que contraint par la force des choses et avec la résignation sombre du sage, le croyant hindou s'élance avec l'enthousiasme du mystique,