Poèmes barbares: l'Anathème
lions des poètes du désespoir, — chez Cliateaubriand ou chez Alfred de Musset, par exemple: — elle regarde en avant plutôt qu'on arrière ; elle cherche le soulagement de nos douleurs mentales, non pas dans un retour chimérique vers le passé, mais dans une marche ascendante vers les champs illimités que nous ouvre l'avenir. Et ce sera seulement si l'avenir nous fait aussi banqueroute, que, préférant alors l'inconscience absolue à l'unique conscience d'une irrémédiable agonie, nous nous résoudrons à nous perdre dans le morne refuge de l'oubli (t du néant. Alors
...Terre épuisée où ne germe plus rien Qui puisse ulimenter l'espérance inûnie, Meurs ! Ne prolonge pas la muette agonie ; Rentre pour y dormir au flot diluvien.
Et toi qui gis encor sur le fumier des âges, Homme, héritier de l'homme et de ses maux aecrus. Avec ton glohe mort et tes Dieux disparus, Vole, poussière vile, au gré des vents sauvages'.
Si cette conception du monde, relativement optimiste, est peu fréquente chez M. Leconte de Lisle, on la retrouve cependant à plusieurs reprises. Elle est à noter dans un de ses premiers essais, — qui plus est, un de ceux qu'il a empruntés à l'Inde, — dans Çunacêpa, qui se termine par une sorte d'hymne au bonheur et à la jeunesse. L'auteur,