Poèmes antiques : Çunacâpa, chant V
2. D'après le mot de M. Émilio Castelar sur Victor Hugo: 0 C'est le plus grand poète espagnol de la langue française », nous entendions un jour définir M. Leconte de Liste, « le plus grand poète hindou de la France ».
l'homme de l'Occident veut agir et penser ; tandis que le premier n'aperçoit dans l'univers qu'un enchaînement de mirages et d'illusions tristes qu'il dédaigne de contempler et de décrire, le second proteste contre cette interprétation du monde extérieur auquel il croit, et qu'il aime. Attiré en même temps vers ces deux contraires, M. Leconte de Lisle n'a opté complètement ni pour l'un ni pour l'autre. S'arrètant à mi-chemin de sa doctrine bouddhique, il a pensé et agi, mais seulement dans le domaine des apparences et des idées ; peu à peu, il s'est intéressé aux chimères qu'enfantait son cerveau ; tout en maudissant la vie réelle, il a lini par se plaire à la vie factice dont étaient animées les créatures de son imagination, et ce qu'il nous livre de lui-même ce sont moins ses sentiments personnels que les rêves qu'il a faits.
Il en a fait de lugubrement grandioses avec les chantres des Védas, avec Valmiki et Baghavat ; de gracieux ou d'héroïques avec les Grecs ; de sauvages et de sanglants avec les barbares germains ou Scandinaves ; d'étincelants de couleur et de lumière avec les races musulmanes ; il n'est pas jusqu'aux religions polynésiennes dont les légendes ne lui aient fourni le sujet d'une scène épique ^ ; la Bible enfin, dans ce prodigieux vagabondage cà