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Souvenirs littéraires, t. Il, ch. xxi

sent pas faits à son image : il les a conçus et mis au jour avec un sentiment voisin du dégoût ; en se défendant plus tard de visées réalistes, on peut dire que parfois il les a presque désavoués ' .

Quoique modifiée par des motifs que nous examinerons plus tard, la note primordiale et dominante, en effet, de l'imagination, de la personnalité artiste chez Gustave Flaubert, c'est une tendance incessante, irraisonnée, tyrannique vers l'outrance en toutes choses, dégénérant souvent en un besoin impérieux et morbide de l'impossible. Sa haine du bourgeois est restée légendaire; et, pour se l'expliquer, il n'y faut pas voir seulement le puéril respect d'une tradition romantique, mais plutôt considérer qu'il résumait en ce vocable toutes les idées de sagesse moyenne, d'équilibre et de pondération, qui, d'instinct, lui étaient en horreur ^ S'il est vrai

1 . Voir de nombreux passages de la correspondance de Flaubert ; entre autres, la lettre cxxi de la Correspondance avec George Sani: « Notez que j'exècre ce qu'on est convenu d'appeler le réalisme, bien qu'on m'en fasse un des pontifes. »

2. ot J'appelle bourgeois, disait-il, quiconque pense bassement. » Guy de Jlaupassant, Préface à la Correspondance de Flaubert avec George Sand.

qu'il ait consacré son existence à la poursiiilo et ;ï l'adoration du beau, il faut ajouter, d'autre pari, qu'il a toujours fait consister le beau dans les exagérations du fond et de la forme ; admirateur très éclectique, dès qu'il voyait dans un acte, dans une parole ou dans une œuvre un grossissement de la réalité, il ne s'est guère soucié d'établir des catégories et des limitations, ni d'astreindre son esprit ta un choix parmi les innombrables tableaux que lui présentait le monde. Un jour, dans une de ses lettres, il a pu écrire cette phrase curieuse: « L'ignoble me plaît : c'est le sublime d'en bas ' . « Et non seulement l'ignoble, mais aussi le grotesque bouffon ou le mélodramatique tourmenté, l'extraordinaire ou le monstrueux. Sa nièce, madame Caroline Commanville, a écrit de son oncle qu'il avait « un attrait infini pour les excessifs dans tous les genres ^ » ; et rien n'est plus exact, la platitude ou le ridicule même ne le rebutant pas, pourvu qu'ils fussent poussés à un certain degré. — Ses lectures oscillent ainsi d'Eschyle à Pigault- Lebrun, des poèmes bibliques aux tragédies de Voltaire •\ des comédies d'Aristophane aux hallucinations sanglantes et lubriques du marquis de

1. Correspondance, I"» série, lettre à madame X*'* (4 septembre 1846).

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