Correspondance, I" série, Lettre à madame X
(octobre 1847).
2o2 LES ARTISTES LITTÉRAIRES.
à l'Égyptc; revenu dans sa province, il recommencera à déplorer ses habitudes forcément casanières et à se passionner pour des projets impossibles, sans réfléchir que ces projets aventureux ne le captivent qu'en raison même de son repos obligatoire, et qu'il ne révérait qu'à son jardin dédaigné si par hasard il ne pouvait en jouir ^ .
Par là il se rapproche et il se distingue en même temps de Théophile Gautier pour qui les mœurs et la société moderne ne furent pas moins insupportables, et qui s'épuisa sans cesse à chercher autre chose, mais en connaissance pourtant de ce qu'il cherchait et, dès lors, avec la faculté de se satisfaire. Les différents voyages qu'il accomplit en pays étrangers furent pour son àme la source de joies immenses et immédiates; en Russie, à Venise, en Espagne il respira comme dans son élément, se déclara heureux et n'abandonna jamais ce bonheur qu'avec tristesse. L'auteur de i)/arfemoMe//e de Maupin savait ce qu'il voulait et le trouvait quelquefois; l'auteiu' de Madame Bovary croyait le savoir et l'ignorait en somme dune manière absolue. Ou plutôt, on peut dire qu'il ne voulait et ne cherchait rien, mais qu'il prenait pour des désirs une indélinissable activité de névrosé qui s'agitait en lui et le secouait avec fureur sans but précis et sans détermination fixe.