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Correspondance avec George Sand, lettre vu

2. Voir sur ce point la Correspondance de Flaubert (lettre à madame X*** (7 août 1846) et les Soitvenirs littéi^aires tle M.Maxime Du Camp, t. II, ch. xxvii.

ces deux seules intrigues de cœur. Encore faut-il noter qu'il subit la seconde plutôt qu'il ne la chercha, et qu'il semble s'en être lassé assez vite, si tant est qu'il ne s'en soit pas lassé dès la première minute. Madame Louise Colet, dont le sentimentahsme exigeant se combinait, paraît-il, avec des virtuosités erotiques assez singulières, contribua sans doute à entretenir chez son amant la nervosité morbide qui l'avait atteint déjà; elle ne put, en tout cas, se faire aimer ; elle ne parvint pas môme à provoquer chez lui un attachement des sens quelque peu profond et durable. Les lettres qu'il lui adressait et qui ont été publiées gardent en dépit d'efforts contraires, une froideur désespérante. Beaucoup de rhétorique : presque pas de sincérité, à moins qu'il ne lui échappe des confidences dans le genre de celle-ci :

Depuis que nous nous sommes dit que nous nous aimions, tu te demandes d'où vient ma réserve à ajouter : pour toujours. Pourquoi? C'est que je devine l'avenir, moi ; c'est que sans cesse l'antithèse se dresse devant mes yeux. Je n'ai jamais vu un enfant sans penser qu'il deviendrait un vieillard, ni un berceau sans songer à une tombe. La cotitcinplation d'une femme me fait rêver à son squelette.

Pour compléter ces bizarres galanteries, il lui jure a qu'il l'aura bien aimée avant qu'il ne l'aime plus », et, en attendant c(^tte échéance, il ne lui cache pas « le dégoiit inouï >^ qu'il a de lui-même, en oppo-

sition avec « la leiidresse toute chrétienne » qu'il éprouve à son égard, et dont elle semble d'ailleurs modérément satisfaite^ Dans cette correspondance amoureuse, où la tristesse de la rupture imminente, inévitable, forme un des thèmes habituels du dialogue, on devine l'homme f[ui, avec sa justesse d'appréciation ordinaire et sa franchise brusque, s'avouait rebelle à tout un ordre de sentiments et de sensations :

C'est une chose singulière comme je suis ûcarté de la femme. J'en suis repu comme doivent l'être ceux qu'on a trop aimés. .le suis devenu impuissant par ces elïluves magnifiques que j'ai trop sentis bouillonner pour les voir jamais se déverser. .Je n'éprouve même vis-à-vis d'aucun jupon le désir de curiosité qui vous pousse à dévoiler l'inconnu et à chercher du nouveau 2.

Il vécut ainsi dans une sorte de continence, sinon matérielle au moins morale, et il ne comprit l'amour, ses tortures ou ses voluptés, que par un concept de son imagination. Grave lacune dans son génie, si l'on en croit M. Maxime Du Camp^ dont la thèse en principe serait défendable, mais qui, en l'appliquant à son ami, nous semble être tombé dans la

1. Correspondance, I" série, lettres à madame X*** (7 et 9 août 1846).

2. Correspondance, 1" série, lettre à Alfred Le Poittevin (26 mai 1845).

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