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Petit Traité de Poésie française, ch. m

2. « L'athéisme, ou négation de notre essence divine, amène nécessairement la suppression de tout lyrisme dans ce qu'aux époques athées on nomme à tort : la poésie... N'est pas poète celui qui n'a pas le cœur d'un héros, et que ne brûlent pas une immense charité et un immense amour. Tout ce que l'égoïsme

M. THÉODORE DE BANVILLE. oll

fantaisie d'un artiste savant avec les stériles combinaisons où sV^puise l'obstination d'un maniaque ))^. Est-ce à dire que lui-même ne soit pas tombé parfois dans la confusion dont il garde les autres ? et, quand on examine avec soin sa théorie, n'y découvre-t-on pas constamment l'admiration et l'apologie plus ou moins voilées du tour de force ?

En admettant même comme article de foi indiscutable le culte absolu de la rime, on se demande en quoi la consonne d'appui, si impérieusement obligatoire, augmente la valeur d'une sonorité musicale et la rend plus suggestive ! Que certains mots à terminaisons éclatantes ou ternes, vibrantes ou sourdes, rudes ou au contraire un peu molles, jouissent concourir dans une large proportion à rellel général, la chose est possible ; ce sont peut-être là des minuties un peu subtiles ; mais, après tout, quand une littérature a franchi ce qu'on est convenu d'appeler sa grande époque, elle ne vit et elle ne prospère que par des subtilités de sentiment, dMdée et de Tonne. Elle paraît bien pourtant dépasser le l»ut, quand, comme ici, elle exige l'identité des deux consonnes « qui, dans les mots qui riment ensemble, se trouvent placées immédiatement devant la der-

ronge et détruit de toi, elle le ronge et détruit en même temps de ta poésie. » {Petit Traité de Poésie française, ch. vi et xi.) 1. Petit Traite de Poésie française, ch. x.

312 LES AUTISTES LITTÉRAIUES.

nière voyelle ou diphtongue pour les mots k rime masculine, et immédiatement devant l'avant-dernière voyelle ou diphtongue, pour les mots à rime féminine ^ » . Il est manifeste qu'elle multiplie alors les entraves uniquement pour le plaisir de mettre à l'épreuve la dextérité de Tartisle, el sans profit aucun pour la plus-value artisti(|ue de l'œuvre.

Ce qui est plus bizarre dans le cas qui nous occupe, c'est que, si la règle draconienne édictée par M. Théodore de Banville avait jamais été rigou reusement observée par les maîtres de notre siècle, elle irait précisément à l'encontre du résultat qu'il cherche. 11 oublie tous les textes en prétendant que (( le poète consentirait plutôt à perdre en route un de ses bras ou une de ses jambes qu'à marcher sans la consonne d'appui^ ». Il oublie que, non seulement elle a été négligée par Lamartine ou Alfred de Musset, mais souvent aussi par Victor Hugo, par Théophile Gautier et par lui-même. Il ne songe pas surtout que, — son système étant admis ; — du moment que « la première condition de la rime, pour ne pas endormir, est d'éveiller la surprise ^ » la première condition de la loi prosodique devrait être de ne pas réduire le nombre des mots susceptibles de s'apparier. Sinon, le lecteur, avec un jjeu

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