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Petit Traité de Poésie française, ch. ix, le Rondeau

mémo pour le sonnet, à quoi servira de donner « de la pompe, de l'ampleur, de la force et de la magnificence^ », aux tercets phxjslquement plus courts que les quatrains de manière qu'ils semblent plus majestueux, à quoi servira cette interversion des rôles, sinon à placer en relief l'aisance avec laquelle un maître se joue des plus redoutables épreuves?

D'aucuns jugeront puéril cet ensemble de lois et de formules que nous analysons, et nous n'en analysons que le petit nombre. Ils s'étonneront qu'après avoir flétri les bouts-rimès, raillé l'acrostiche ou la glose, traité de casse-tète chinois les sonnets retournés, losange.^, serpentins et autres, M, Théodore de Banville manifeste un si prodigieux enthousiasme pour le lai, le virelai ou le chant royal, qui pourraient aussi bien se ranger parmi les amusements ou « curiosités poétiques ». Somme toute, il y a entre ces formes multiples une différence de degré, non pas une diversité de naUire, et elles ne se distinguent guère que par leur fabrication plus ou moins pénible. Pourquoi donc recommander cellesci, alors que l'on proscrit celles-là? pourquoi reculer à mi-chemin et ne pas pousser le système à ses dernières limites? La sainte logique l'exigeait ; heureusement l'intuition artistique, chez l'auteur des Cariatides, a prévalu sur les raisonnements de l'esthète, et, s'il n'a pas hésité devant des subtilités de

1. Pelit Traité de Poésie française, ch. vui et ix, le Sonnet.

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mécanisme qui n'ont rien à voir avec la littérature, il s'est arrêté juste à temps sur la ponte qui le conduisait à l'absurde.

S'il n'eût obéi, d'ailleurs, qu'à sa naïve, mais très sûre et très sincère inspiration de poète, il n'eut pas môme été si loin. Un secret instinct l'avertissait qu'on ne réalise pas l'idéal du beau parce qu'on a prestement résolu des problèmes on apparence insolubles ou exécuté des travaux qui semblaient impossibles, et il n'était pas homme à confondre les puissants contournements de membres dans les statues d'un Michel-Ange avec les extraordinaires dislocations du plus souple des acrobates. Vaguement, il se rendait compte que, la poésie étant essentiellement subjective, personnelle, elle peut être étudiée et commentée, mais elle ne s'apprend, ne se règle ni se définit, et, à plusieurs reprises, il en arrive à déplorer les difficultés de facture qui la paralysent, à maudire les dogmes fixes dans lesquels on l'a immobilisée depuis trois siècles, et en qui on a fini par croire qu'elle était contenue tout entière.

Avant Ronsard, dit-il, pas de règles, pas d'entraves, pas de liens. Depuis Roûsard — et par lui (il faut bien l'avouer), nous avons eu au contraire tout un arsenal de règles. Y avons-nous gagné quelque chose ? — Nous y avons tout perdu au contraire. — L'hiatus, la diphtongue faisant syllabe dans le vers, toutes les autres choses qui ont été interdites, et surtout l'emploi facultatif des

rimes masculines et féminines, fournissaient au poète de génie mille moyens d'effets délicats, toujours variés, inattendus, inépuisables. Mais pour se servir de ce vers compliqué et savant, il fallait du génie et une oreille musicale, tandis qu'avec les règles fixes les écrivains les plus médiocres peuvent, en leur obéissant fidèlement, faire, hélas ! des vers passables.

Et, comme suprême desideratum, il ajoute quelques pages plus loin :

J'aurais voulu que le poète, délivré de toutes les conventions empiriques, n'eût d'autre maître que son oreille délicate, subtilisée par les plus douces caresses de la musique. En un mot, j'aurais voulu substituer la science, l'inspiration, la vie toujours renouvelée et variée à uue loi mécanique et immobile i.

Là en effet était la vraie doctrine. Comment alors ii'a-t-il pas compris la faute où il tombait en rédigeant à son tour tout un code prosodique plus complet, plus minutieux, plus rigide qu'aucun de ceux précédemment édictés ? Si tous les règlements, — quels qu'ils soient, impératifs ou restrictifs, — ne doivent produire en matière d'art que des résultats néfastes, était-il nécessaire d'en ressusciter d'anciens et d'en promulguer de nouveaux? C'est cependant à quoi tend d'un bout à l'autre le Traité de Poésie française, et c'est à quoi il est trop bien parvenu, au grand dommage de notre développement littéraire. Nous avons dans notre école con-

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