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I. Les Contemporains, t. I"', Théodore de Banville

de côté les critiques de détail et la question de savoir s'il mérite des éloges ou s'il est condamnable, il nous semble devoir suggérer une dernière observation plus générale que les autres, infiniment plus large et plus haute. Bon ou mauvais, — et pour une minute l'admettrait-on comme excellent, — par le simple motif de son existence, il constitue une date dans l'histoire du romantisme, et une date inoubliable : celle où la grande école, qui battit son plein de 1830 à 1840, eut terminé son évolution, et, après une longue période d'activité et de gloire, retomba dans la mort.

Il en est des cycles artistiques, littéraires ou poétiques comme des individus ou des sociétés ; aucun jusqu'à présent n'a joui d'une vie immortelle et aucun ne peut se vanter qu'il en jouira jamais. Déterminés par des causes souvent inconnues, mais non pas forcément inconnaissables, ils suivent une marche fatale, naissent, grandissent, s'étiolent, et enfin disparaissent, quelquefois à l'heure môme oi^i on les croyait irrévocablement fondés et indestructibles. D'abord bouillonnants et enflammés, doués d'une force d'expansion qui ne connaît pas de résistence, on dirait que peu à peu ils perdent leur chaleur, qu'ils se condensent et qu'ils se cristallisent dans une attitude qui ne se modifiera plus. Ce sont encore choses brillantes, admirables et précieuses, mais inanimées et froides, et qui désor-

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mais appartiennent au passé. On en fera des imitations plus ou moins savantes et réussies ; on ne ressuscitera pas ce qui a cessé de vivre.

Or, du jour où, sur une forme d'art, ont suryi les commentateurs, législateurs, exégètes et grammairiens, il est permis de dire qu'elle est cristallisée, immuable et morte. On lui a imposé des barrières fermes qu'elle ne doit pas franchir ; on la divisée et analysée jus(iu'en ses moindres parcelles sous prétexte de lui enlever ses scories; on l'a com[)riméc en des moules restreints pour la faire i)lus solide ; par cela seul qu'elle devenait susceptible d'être ainsi conduite et pliée à la règle, elle a montré qu'elle était épuisée, engourdie, près de s'éteindre; et riiomme ou les hommes qu'on pourrait accuser de lui avoir porté le coup de grâce, et que, plus tard, on déclarerait volontiers les agents responsables de sa ruine, ne sont coupables d'autre tort que d'être arrivés à l'heure précise de la lin inévitable, et d'avoir été inconsciemment les hérauts, les divulgateurs de l'événement. — Quoi que réserve l'avenir à l'auteur du Traité de Poésie française, il n'échappera probablement pas au reproche d'avoir précipité vers la décadence ou même tué le romantisme, lui qui pensait l'avoir consolidé. En réalité, il ne fit ni l'un ni l'autre ; son influence, si tant est qu'elle soit appréciable, ne fut ni si mauvaise ni si heureuse, et la justice impartiale considérera sa doctrine

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moins à titre de cause que simplement à titre d'ejjct. Dans notre littérature, un phénomène analogue à celui que nous venons d'indiquer se produisait déjà il y a deux siècles, et quelque paradoxal, quelque désobligeant même que semble un rapprochement, il serait impossible de ne pas songer ici à Boileau et à son Art poclique. A l'heure exacte où se terminait la période de producLion active et puissante du classicisme, son plus sincère admirateur, et en même temps un de ses plus remarquables représentants, se figurait le fixer pour toujours en l'immobilisant dans une sorte de tfailé didactique. Quand il publia son travail, Corneille et Molière avaient achevé leur œuvre ; La Fontaine avait écrit ses Contes, Psyché, Adonis et la plupart de ses Fables; Racine seul devait encore composer quatre grands drames, Iphigcnie, Phèdre, Esther et Athalic. Après eux, qui restat-il pour continuer le mouvement? Personne : et tout le génie de Voltaire ne parvint jamais à ranimer cette versification régulière, pure, froide ei sèche que lui avait légué le législateur du Parnasse. — En sera-t-il ainsi pour M. Théodore de Banville? La postérité seule en jugera sans doute souverainement. Mais, dès aujourd'hui, des signes non équivoques nous mettent au moins en droit de formuler une présomption.

ECOLES ET TEUSC^iNALlTES DIVERSES

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