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Le Livre de mon ami, avant-propos

être intellectuel, il faut voir surtout en M. Pierre Loti un organisme sensitif. A côté de l'un qui comprend, V àulre perçoit ; et quand il analyse parfois le mal de son propre cœur, il le iïiit moins par goût de la spéculation philosophique que pour le plaisir de regarder et de raconter, sans chercher même à conclure. « Enfantin et pervers ' », a-t-on dit de lui en deux mots qui le dépeignent avec une entière exactitude, et il apparaît évidemment, ou bien comme le produit très simple d'une race très compliquée, qui aurait infusé dans un sang ardent et jeune quelques germes de mort, de vieillesse el d'ennui; ou bien, — ce qui est plus vrai, — comme un raffiné qui, de naissance, aurait atteint jusqu'au blasement et qui s'efforcerait à redevenir primitif. La passion de la vie exotique à demi sauvage, — naturelle pour un barbare, — marque déjà chez un Européen du xix^ siècle presque une sorte de dépravation ; et le phénomène n'est pas sans précédents dans l'histoire, si nous reculons seulement d'une centaine d'années derrière nous. Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand ne tiennent-ils pas dans leur époque la place qu'occupe actuellement M. Pierre Loti dans la nôtre? Eux aussi, fils d'une société très savante et très lasse, ils ont voulu, dans la mesure du possible, fuir loin de leur humanité. On se les

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