Ibid., str. lxxii
solvant esprit d'analyse l'enveloppent de façon qu'il ne peut plus éprouver ni sensation ni sentiment. Son état habituel, c'est de s'écouter vivre et penser ^ ; il est sans cesse au-dessus, ou plutôt à côté du monde réel ; rien ne l'intéresse — rien ne l'émeut, actes d'héroïsme ou crimes, sublimités ou infamies -. — Et pourtant, il est homme ; les passions humaines grondent en lui, d'autant plus furieuses qu'elles ne trouvent pas d'issue extérieure par oi^i s'épanclicr, et qu'elles sont contraintes de se refouler les unes les autres et de se replier sans cesse sur elles-mêmes : « J'ai en moi un trésor de haine et d'amour dont je ne sais que faire et qui me pèse horriblement. Si je ne trouve à les répandre, je crèverai, et je me romprai comme ces sacs trop bourrés d'argent qui s'éventrent et se décousent ^. » Il en arrive à souhaiter d'abhorrer quelqu'un ; ou d'être souffleté d'une insulte qui le réveille; ou d'éprouver une misère atroce, une douleur violente qui fasse « germer une larme au fond de son œil tari* ». Toute excitation, quelle qu'elle fût. lui semblerait désirable, pourvu qu'elle fournît un alimenta son activité passionnelle. A plusieurs reprises, il médite le rêve d'être un autre