J.-J. Rousseau, Confessions, part. II, liv. Vil
qui l'empêcha de rouler jamais bien profondément dans les abîmes du désespoir el du scepticisme '. Malheureusement — et malgré les efforts tentés au début du siècle pour ressusciter des dogmes qui agonisent — le christianisme semble une religion qui ne marche plus que par la force de la vitesse acquise antérieurement, et dont chaque jour qui s'écoule ralentit encore l'impulsion. Pour qui sait juger impartialement les choses, son rùle moral paraît fini dans l'hisloire do l'huinanité, et l'heure n'est pas loin peut-être où la doctrine du rêveur de Nazareth entrera d'une manière définitive dans le passé, aussi bien que les théogonies des Hellènes, des Celtes et des Scandinaves, sur les ruines desquelles elle avait assis sa puissance, Nul ne peut rien à ces évolutions fatales : les poètes, les tempéraments d'une sensibilité aimante et délicate, les contemplent et les signalent, pleins de terreur. Tous, l'un après l'autre, ils viennent pleurer sur le dieu qui se meurt avec l'angoisse de se trouver bientôt seuls en face du néant ; et tandis que, affolé devant la voûte céleste où sa pensée ne pressent que le vide glacé et obscur, Alfred de Musset s'en prend naïvement à Voltaire de son incrédulité-, tandis que Victor
1. Premières Méditations poétiques, commentaire de la pièce V.