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Poésies complètes, t. l", Ténèbres

T H É Û 1' II I L E G A f T I E i; . 57

à celle léthargie aljsolue, où l'èlre perd luiile capacité de souffrir parce qu'il a jierdu toute possibilité de sentir.

Xe jjIus ]icnser, ne plua aimer, ne plus hdir : Si dans un coin du cœur il éclôt un désir, Lui couper sans pitié ses ailes de colombe ; Èlrc comme est vn mort étendu sous la tombe; Dans rimniobiiité savourer lentement, Comme un philtre endormeur, C anéantissements

Tous les soucis du uiailre, à une ceitaine période de sa carrière, se condensent en ces souhaits sinistres. Les poèmes qu'il compose se déroulent en longues élégies, où il dissèque avec une minutieuse persistance ses misères et ses tristesses ; et il écrit les Ténèbres ou la Thcbaïdc, cette thébaïde dans laquelle son vœu le plus ardent serait d'aller consonnner par les rudes jouissances de l'ascétisme le suicide de son àme et de son intelligence.

Mon rêve le plus cher et le i)lui caressé.

Le seul qui rie encore à mon cœur oppressé,

C'est de m'ensevehr au f.md d'une cliartreuse.

Dans une solitude inabordable, affreuse;

Loin, bien loin, tout là-bas, dans quelque Sierra

Bien sauvage, où jamais voix d'homme ne vibra,

Dans la forêt de pins, parmi les âpres roches

Où n'arrive pas même un bruit lointain de cloches ;

Dans quelque Thébaïde, aux lieux les moins hantés.

Comme en cherchaient les Saints pour leurs austérités*.

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