L'Art romantique, ch. xii
voir l'auteur des Fleurs du Mal préconiser la poésie comme un des genres qui rapportent le plus, et qui donnent des intérêts, tardifs souvent, en revanche très gros. Était-ce son idée vraie ? D'une façon générale, non. Mais par un besoin de réaction contre lui-même, il faut qu'il s'inflige des démentis, quel que soit le sujet qu'il traite. Il a à peine employé quelques mois de sa vie à s'occuper de politique, et il a trouvé le moyen de formuler deux déclarations sur le même point, diamétralement opposées l'une à l'autre.
En 1846, considérant les républicains comme des utilitaires, ennemis de tout art, « bourreaux de Vénus et d'Apollon S » il les avait désignés aux colères de la force armée, et il avouait que rien n'était plus doux à son cœur que de leur voir « crosser religieusement les omoplates ' » . En 1848, exalté par les allures dramatiques de la révolution, il se posait, dans un journal qu'il dirigea deux jours, en montagnard intransigeant : il chantait l'Assemblée nationale, poursuivait de ses malédictions le roi détrôné, et son enthousiasme aboutissait à cette exclamation : « Honte à qui n'est pas bon républicain! 11 n'est pas de ce siècle-^. »